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Le mot du 13 décembre 2015

treize

 

            Dimanche 13 décembre 2015 : Sainte-Lucie (avec deux majuscules et un trait d’union… et non pas un « tiret », comme disent ceux qui confondent le signe orthographique et grammatical avec le signe de ponctuation).  Donc : C’est la Sainte-Lucie, mais : C’est la fête de sainte Lucie…  Sainte Lucie (le prénom vient du latin lux, « lumière ») est la patronne des aveugles et des électriciens. Notamment en Scandinavie, sa fête est une date importante, correspondant au premier jour à partir duquel le soleil se couche plus tard que la veille, dans l’hémisphère Nord. D’où le proverbe « À la Sainte-Luce [Lucie], le jour avance du saut d’une puce ».

            On écrit, avec une majuscule à treize : l’Histoire des Treize. Balzac a donné ce titre à la réunion de trois de ses courts romans : Ferragus, la duchesse de Langeais et la Fille aux yeux d’or.  « Treize »  est en l’occurrence le surnom que Balzac donne à treize  hommes qui constituent une sorte de société secrète…

            Le nombre 13 suscite une phobie (= la triskaïdékaphobie,  en grec ancien : « peur  du  13 »),  par  superstition  :  çà ou là, on note qu’il n’y a pas de chambre n° 13 dans un hôtel, qu’il n’y a pas de siège 13 dans une salle de spectacle ou dans un avion, qu’un gratte-ciel passe de l’étage 12 à l’étage 14, etc. Cette peur du nombre 13 remonterait à la cène : le Christ et ses douze disciples, dont le traître Judas (d’où la crainte d’être « treize à table »1)…

            Parfois, et toujours par superstition,  certaines personnes, sans doute pour conjurer le sort, se placent sous la protection du nombre 13. Ainsi, Paul Derval, directeur des Folies-Bergère, à Paris :  à la tête du fameux établissement pendant quasiment un demi-siècle, il imposa que tous les titres des spectacles soient formés de treize lettres… comme le total des lettres de Folies et de Bergère !  (Bergère est le nom d’une rue proche, et non un adjectif épithète pluriel qualifiant les « folies ».)

 

 

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  1. À la maîtresse de maison qui, affolée, constatait qu’il y avait treize personnes attablées, le romancier, journaliste et humoriste Alphonse Karr fit observer : « Non, madame, nous sommes douze et… Karr ! ».

 

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La citation du jour

            « Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gouvernement d’un État. » (Richelieu.)

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Le mot du 15 décembre 2014

cardinal

            Le pape François, sous une apparence bonhomme, ne mâche pas ses mots, y compris, ces derniers temps, à l’égard des cardinaux, du moins à l’égard de ceux d’entre eux qu’il juge incompétents, incapables d’évoluer, confits dans la routine…

            L’adjectif cardinal (-ale, –ales, –aux) est dérivé du latin cardinalis, lui-même issu de cardo. Le cardo était un « gond », et aussi l’axe – surtout en parlant de l’axe nord-sud – qui divisait en deux un camp romain, ou une ville romaine. Cette séparation était obligatoire, et associée à la division par un axe ouest-sud : le decumanus.

            Le cardo était donc l’axe essentiel de l’organisation générale des cités. Cardinalis, après avoir eu le sens particulier de « qui concerne les gonds », « qui concerne la porte », a pris l’acception de « principal, essentiel, capital, fondamental… ».

            Au sein de l’Église, on en vint ainsi à employer l’adjectif pour désigner des religieux qui étaient à des positions charnières, qui servaient de pivot, des prêtres « principaux » placés à la tête des paroisses importantes de Rome : des prêtres cardinaux.

         Ces prêtres cardinaux, hiérarchiquement inférieurs aux évêques, devinrent, puisqu’ils étaient dans Rome, des proches du pouvoir papal, des auxiliaires directs du souverain pontife… L’adjectif se mua en substantif, au sens de « prélat choisi par le pape », et cardinal fut dorénavant le nom d’une dignité surpassant celle du simple évêque ou archevêque. Ce dernier était donc un… « point cardinal ». ☺

         En revanche, un cardinal peut être aussi évêque ou archevêque – le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris – et devenir camerlingue, c’est-à-dire le deuxième personnage de l’Église catholique, chargé d’administrer les affaires temporelles de l’Église en cas de vacance du Saint-Siège.

            Par allusion à la robe rouge du cardinal (mais cette robe est souvent noire, aussi : le protocole extrêmement précis de l’Église fait varier la couleur des soutanes selon les circonstances), plusieurs emplois figurés et locutions diverses ont été, ou sont encore, employés : faire cardinal a signifié « décapiter » ! ;  avoir son cardinal (ou : ses cardinales), en argot, s’appliquait à la période des menstrues ; ceux qui en… pincent pour le homard le surnomment le « cardinal des mers » (un surnom qui n’est justifié qu’après la cuisson : le homard est bleu, sinon !) ; cardinalisé a signifié « rendu rouge », et se dit toujours au sens de « qui a été nommé cardinal »…

            Richelieu a souvent été surnommé « l’Homme rouge » (aussi « le cardinal rouge »… ce qui est nettement entaché de pléonasme !), le plus souvent avec une connotation péjorative à l’égard du premier ministre de Louis XIII. Alexandre Dumas surtout, dans les Trois Mousquetaires, et aussi Victor Hugo ont contribué à donner du cardinal une représentation négative. L’auteur des Misérables, dans Marion de Lorme, ajoute le sang à la pourpre cardinalice quand l’un  de  ses personnages dépeint ainsi Richelieu en cardinal doublement rouge : « Prenez garde, messieurs ! Le ministre est puissant : / C’est un large faucheur qui verse à flots le sang ;  /  Et puis, il couvre tout de sa soutane rouge,  /  Et tout est dit. »

            Le portrait est par trop expéditif à l’égard d’un personnage qui fut sans doute l’un des plus grands hommes d’État que la France ait eus… La preuve, même le libertaire Pierre Perret (l’homme des « jolies colonies de vacances ») dit dans Mon almanach (Le Cherche Midi, 2014) : « […] il a mouillé plus d’une fois la soutane pour son pays […]. Il a filé de sérieux coups de paluche à la marine militaire et marchande, aux manufactures, à la soierie, à la tapisserie et à flopées d’autres encore. »

                  

Le mot du 17 novembre 2014

confident

         M. Jouyet, incontournable membre, semble-t-il bien,   de  l’oligarchie des « 2 000 familles », intrigue par ses amitiés multicartes, multipartis,  un jour ministre de M. Sarkozy, un autre jour secrétaire général de l’Élysée, et confident depuis de nombreuses années de M. Hollande. (Seulement  de M. Hollande ?…) L’ « affaire » du déjeuner avec M. Fillon ne devrait pas cesser d’intéresser les journalistes d’investigation… et les citoyens avides de clarté et d’honnêteté.

            Des romanciers en panne d’inspiration, en proie à la peur, à l’angoisse de la page blanche – la leucosélophobie  –,  ne devraient pas être en peine d’aller  à la « pêche à la ligne » à partir des multiples pistes, hypothèses, suppositions qui imposent évidemment à l’esprit des termes extrêmement variés : duplicité, camaraderie complice, convivialité excessive, caquet inconséquent, double jeu, « billard à deux, trois bandes », clan d’anciens de l’ENA, tactique politicienne, roueries implicites, manipulations tous azimuts… Reste à en tirer, si possible, LA vérité.

            La confidentialité consiste à maintenir le secret sur des informations, sur des intentions, sur des sentiments… Le terme est évidemment de la famille de  confidence – terme emprunté au latin confidentia, « confiance, assurance ».

            Confidence a donc eu l’acception, au sens classique, de confiance entre amis proches, avant de prendre la signification de communication d’une chose sous réserve du respect du secret (mettre dans la confidence).

            Au théâtre, confident(e) désigne, certes, celui ou celle à qui l’on confie un secret, mais, en fait, ce personnage secondaire évite au personnage principal, le protagoniste1, de multiplier les apartés, les discours à la cantonade, les apostrophes à l’adresse du public. Le spectateur est mis dans la confidence, est amené à partager les sentiments les plus intimes des différents personnages. Éventuellement, le procédé des confidences permet de rappeler au public distrait ou peu perspicace le résumé de l’action écoulée, les motivations de chacun, etc.

            Si, dans l’Histoire, des confidents ont joué – ou jouent – un rôle non négligeable (le père Joseph du Tremblay, « éminence grise » de Richelieu ; saint Éloi pour Dagobert Ier ; Olivier Le Daim, ou le Daim, pour Louis XI…), au théâtre ils ne jouent que les « seconds couteaux » : leur rôle n’est pas… tranchant ! En effet, indispensables auprès des héros des pièces de théâtre, à seule fin de renseigner le spectateur sur les faits et gestes de chacun, y compris sur les desseins les plus obscurs des personnages principaux, ils se risquent rarement à donner avec fermeté et autorité des conseils enjoignant au protagoniste de modifier son comportement ou de prendre de nouvelles décisions.

          Ce manque d’énergie interdit de voir dans ces confidents ou confidentes du théâtre d’authentiques amis, puisque les véritables amis, dit-on, sont ceux qui parlent avec la plus grande franchise, sans ménager, éventuellement, leurs proches.

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1.À l’origine, protagoniste était figé au singulier au sein d’une histoire, d’un conte, d’une pièce de théâtre, etc., parce que dans le théâtre grec antique il y avait UN acteur principal, en grec « le premier acteur » (de prôtos, « premier », et agônizesthai, « concourir »), face au chœur. On  ne  pouvait  pas  parler de(s) « protagonistes » d’une affaire. Aujourd’hui, le pluriel est licite et très employé.