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Dictées du mois de mars 2016

Toutes prochaines dictées :

Vendredi 18 mars, au lycée Jean-Pierre-Vernant de Sèvres : « Dictée francophone des lycées », en visioconférence, dans le cadre de la Semaine de la langue française. Plusieurs centaines d’élèves participeront :

– plusieurs classes du lycée de Sèvres

– le lycée international de Saint-Germain-en-Laye

– le lycée français de Varsovie

– le lycée La Bourdonnais, de l’île Maurice

– le lycée français de Madrid

– le lycée Gaio Valerio Catullo de Rome

– le lycée Ceccioni de Livourne.

On l’aura compris : cette dictée est réservée aux scolaires, de la seconde à la terminale.

 

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Le lendemain, toujours à Sèvres, la dictée grand public, au Centre international d’études pédagogiques (CIEP), à 14 heures. Inscriptions vivement souhaitées avant vendredi 18 (pour avoir une idée du nombre de participants par catégories, et mieux préparer la ou les salles), mais elles  seront acceptées jusqu’au dernier moment, au CIEP même.

Renseignements et inscriptions :  jp.colignon@orange.fr et

06 07 59 17 08.

 

 

 

Le mot du 21 décembre 2015

« victoire à la Pyrrhus »

      Qu’il s’agisse des récentes élections régionales en France ou bien des élections générales en Espagne de ce dimanche 20 décembre 2015, les commentateurs tout comme un certain nombre de dirigeants politiques parlent de « victoire(s) à la Pyrrhus ». Cela, à propos du ou des partis réputés être sortis vainqueurs des urnes…

             Considéré comme étant l’un des plus grands hommes de guerre de son temps  –  après Alexandre  –,  le roi d’Épire (puis de Macédoine et de Thessalie) Pyrrhus Ier faillit vaincre Rome et imposer la suprématie de l’hellénisme. Les querelles et rivalités entre cités grecques le privèrent à plusieurs reprises des réserves en hommes et en moyens matériels qui eussent été nécessaires face à la puissance romaine.

            Pyrrhus Ier (vers -312 av. J.-C.  –  -262 av. J.-C.) menaça en effet Rome en Italie même, en intervenant dans la Grande-Grèce, c’est-à-dire dans la partie méridionale de la Botte où les Grecs avaient établi des colonies, notamment à Tarente. C’est cette dernière cité, qui, craignant des attaques romaines, appela à l’aide Pyrrhus… Ce dernier vainc les Romains à Héraclée (-281), puis les met en déroute à Ausculum (-279), mais au prix de telles pertes qu’il aurait constaté, lucide (les versions varient, mais l’idée est identique) : « Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains… je rentrerai seul en Épire ».

            Ce « mot historique » a alors donné naissance à l’expression victoire à la Pyrrhus, qui s’applique à des succès trompeurs, aux résultats très aléatoires, quel que soit le domaine.

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Des soucis ont entraîné, entre autres, le retard de la publication du concours de fin d’année. Ce sera chose faite dans la journée. Les réponses devront être envoyées avant le 3 janvier à minuit. Les cinq premières réponses exactes, complètes, seront récompensées (à défaut, les réponses les plus approchantes).

           

 

Le mot du 10 décembre 2015

La question du jour  + l’articulet « dico » du jour  +  la citation du jour  + le proverbe du jour

Jeudi 10 décembre 2015

La question du jour

            « Pourquoi écrit-on « la Ville Lumière » pour désigner Paris, mais « la Ville éternelle » pour Rome ? »

            Question récurrente… qui appelle une réponse toute simple et logique !  Le premier surnom est formé de deux substantifs, d’où les deux majuscules obligatoires. Le second est constitué d’un nom et d’un adjectif, et, comme le substantif précède l’adjectif épithète, application de la norme française : quand le nom est devant l’adjectif, seul le premier prend la majuscule. Donc : la Ville éternelle, et idem pour la Ville rose (Toulouse), la Ville rouge (Albi), la Ville sainte (Jérusalem)…

 

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L’articulet « dico » du jour

opus incertum   n. m. (inv. pour le Petit Robert)  (du latin : « ouvrage irrégulier »)

C’est un appareillage de dalles de forme irrégulière disposées de telle sorte qu’elles s’encastrent sans laisser de vide.

            Il n’y a pas de trait d’union, et ce nom s’écrit en caractères normaux (il ne se met pas en italique dans un texte en romain), sans guillemets. Le Petit Larousse n’en fait pas une entrée : le terme est seulement cité au sein de l’articulet opus. Les dictionnaires éludent le problème de l’accord ou de l’invariabilité au pluriel, à l’exception du Petit Robert, qui, lui, se prononce pour l’invariabilité.

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La citation du jour

            « Que d’hommes se pressent vers la lumière non pas pour voir mieux, mais pour mieux briller ! » (Friedrich Nietzsche.)

 

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Le proverbe du jour

            « La superstition est le nom que les ignorants donnent à leur ignorance. »

 

 

 

Le mot du 23 juin 2015

démission

            L’ancien rugbyman Serge Bianco a démissionné de sa fonction de président  du club de Biarritz : la fusion avec Bayonne, qu’il prônait, n’a pas été ratifiée par les deux tiers de l’assemblée réunie mardi 23 juin…

            Le mot démission peut susciter des commentaires divers…  Une démission consiste à se démettre d’une fonction, d’une charge, d’une dignité, etc., ou à rompre un contrat de travail : donner sa démission, lettre de démission… La démission est donc une rupture, volontaire le plus souvent, de la part de celui qui choisit de rompre. L’acte peut donc s’assimiler, à juste raison parfois ou souvent, à un fait de résistance, à la manifestation d’une âme forte, d’un caractère fier peu enclin aux compromissions ou à l’omerta…

       Mais démission est par ailleurs synonyme d’abandon, de renonciation, d’abdication, de fuite devant des difficultés, et le démissionnaire, quand même serait-il de personnalité forte, attachante et respectée, rejoint – aux yeux de l’opinion publique, voire de certains de ses propres amis  –  les individus pusillanimes et frileux. Ce qui peut être très injuste… Démission peut être qualifié de « mot Janus »* !

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*Janus est un dieu romain à deux visages opposés. C’est le dieu des Commencements et des Fins, ayant un visage tourné vers le Passé et l’autre vers l’Avenir.

 

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La question du jour :

            « Est-il correct d’écrire : « Rome se montre soucieux de ménager la France » ? Ne faut-il pas dire : « se montre soucieuse » ? »

            On écrit : « Rome était moins ensoleillée que de coutume ». Il s’agit de la cité, de la ville, et aujourd’hui, quelle que soit la terminaison du nom, on considère que le mot ville est sous-entendu. Donc on écrit : « Oslo était envahie par la brume ; Ottawa a été très embellie par l’aménagement de jardins fleuris. »

            En revanche, quand le nom d’une capitale est employé pour désigner un État, le gouvernement d’un pays, c’est le masculin qui est de règle : « Londres se montre très préoccupé par la situation au Moyen-Orient ».  

 

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La citation du jour :

            « Tout le monde peut faire des erreurs, et les imputer à autrui : c’est faire de la politique. » (Georges Clemenceau.)

Le mot du 15 décembre 2014

cardinal

            Le pape François, sous une apparence bonhomme, ne mâche pas ses mots, y compris, ces derniers temps, à l’égard des cardinaux, du moins à l’égard de ceux d’entre eux qu’il juge incompétents, incapables d’évoluer, confits dans la routine…

            L’adjectif cardinal (-ale, –ales, –aux) est dérivé du latin cardinalis, lui-même issu de cardo. Le cardo était un « gond », et aussi l’axe – surtout en parlant de l’axe nord-sud – qui divisait en deux un camp romain, ou une ville romaine. Cette séparation était obligatoire, et associée à la division par un axe ouest-sud : le decumanus.

            Le cardo était donc l’axe essentiel de l’organisation générale des cités. Cardinalis, après avoir eu le sens particulier de « qui concerne les gonds », « qui concerne la porte », a pris l’acception de « principal, essentiel, capital, fondamental… ».

            Au sein de l’Église, on en vint ainsi à employer l’adjectif pour désigner des religieux qui étaient à des positions charnières, qui servaient de pivot, des prêtres « principaux » placés à la tête des paroisses importantes de Rome : des prêtres cardinaux.

         Ces prêtres cardinaux, hiérarchiquement inférieurs aux évêques, devinrent, puisqu’ils étaient dans Rome, des proches du pouvoir papal, des auxiliaires directs du souverain pontife… L’adjectif se mua en substantif, au sens de « prélat choisi par le pape », et cardinal fut dorénavant le nom d’une dignité surpassant celle du simple évêque ou archevêque. Ce dernier était donc un… « point cardinal ». ☺

         En revanche, un cardinal peut être aussi évêque ou archevêque – le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris – et devenir camerlingue, c’est-à-dire le deuxième personnage de l’Église catholique, chargé d’administrer les affaires temporelles de l’Église en cas de vacance du Saint-Siège.

            Par allusion à la robe rouge du cardinal (mais cette robe est souvent noire, aussi : le protocole extrêmement précis de l’Église fait varier la couleur des soutanes selon les circonstances), plusieurs emplois figurés et locutions diverses ont été, ou sont encore, employés : faire cardinal a signifié « décapiter » ! ;  avoir son cardinal (ou : ses cardinales), en argot, s’appliquait à la période des menstrues ; ceux qui en… pincent pour le homard le surnomment le « cardinal des mers » (un surnom qui n’est justifié qu’après la cuisson : le homard est bleu, sinon !) ; cardinalisé a signifié « rendu rouge », et se dit toujours au sens de « qui a été nommé cardinal »…

            Richelieu a souvent été surnommé « l’Homme rouge » (aussi « le cardinal rouge »… ce qui est nettement entaché de pléonasme !), le plus souvent avec une connotation péjorative à l’égard du premier ministre de Louis XIII. Alexandre Dumas surtout, dans les Trois Mousquetaires, et aussi Victor Hugo ont contribué à donner du cardinal une représentation négative. L’auteur des Misérables, dans Marion de Lorme, ajoute le sang à la pourpre cardinalice quand l’un  de  ses personnages dépeint ainsi Richelieu en cardinal doublement rouge : « Prenez garde, messieurs ! Le ministre est puissant : / C’est un large faucheur qui verse à flots le sang ;  /  Et puis, il couvre tout de sa soutane rouge,  /  Et tout est dit. »

            Le portrait est par trop expéditif à l’égard d’un personnage qui fut sans doute l’un des plus grands hommes d’État que la France ait eus… La preuve, même le libertaire Pierre Perret (l’homme des « jolies colonies de vacances ») dit dans Mon almanach (Le Cherche Midi, 2014) : « […] il a mouillé plus d’une fois la soutane pour son pays […]. Il a filé de sérieux coups de paluche à la marine militaire et marchande, aux manufactures, à la soierie, à la tapisserie et à flopées d’autres encore. »

                  

Le mot du 11 juin 2014

Triumvirat

          Le bureau politique de l’UMP a confirmé à l’unanimité, nous a-t-on dit, la désignation d’un triumvirat à la direction provisoire du mouvement jusqu’à novembre 2014, dans l’attente d’un nouveau président du parti. La nouveauté, sans doute résultat d’un compromis, est l’arrivée de M. Jean-Luc Chatel comme secrétaire général chargé d’administrer l’UMP « au nom et avec » ledit trio, composé de trois anciens Premiers ministres : MM. Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon.

          Terme remontant à l’histoire de Rome, triumvirat (du latin triumviratus, « commission de triumvirs ») a désigné la charge, la dignité, de triumvir, et aussi l’ensemble de trois triumvirs. Un triumvir (de trium, gén. de tres, « trois », et de vir, viri, « homme ») n’était pas forcément un individu tout-puissant se situant aux plus hauts échelons de Rome : c’était un magistrat inférieur au sein d’un collège composé de trois membres (probablement pour que, justement, aucun de ces trois personnages ne puisse devenir trop puissant…). En revanche, les triumvirs pouvaient être investis de pouvoirs exceptionnels pour administrer la branche qui leur était attribuée : voirie, surveillance de prisonniers, police nocturne, inventaire des domaines…

     Toujours dans l’histoire romaine, triumvirat a désigné particulièrement, cette fois, trois puissants personnages qui s’entendirent (peut-être pas tout à fait sincèrement, et provisoirement) pour se partager le pouvoir. Le premier triumvirat sortit de l’alliance de Pompée, Crassus et César… et se termina par la guerre civile après la mort de Crassus. César et Pompée, sans doute dès le début, souhaitaient chacun que le tiercé fût dans l’ordre, à leur profit. Ou, mieux, qu’il n’en restât qu’un !

            Le second triumvirat associe Octave, Antoine (ou Marc Antoine) et Lépide. Cela se terminera, pour Antoine, par la défaite d’Actium, et l’époux de Cléopâtre se suicidera. Ayant le champ libre, Octave se muera en Auguste, empereur tout-puissant.

            Dans l’histoire de la France, le terme est assez souvent utilisé pour désigner les trois hommes que l’on considère comme avoir dominé le Comité de salut public : Robespierre, Couthon et Saint-Just.

            Triumvirat sera assez souvent repris dans la langue pour désigner l’association de trois personnes détenant un pouvoir quelconque, exerçant une influence, etc. Le terme est parfois utilisé humoristiquement pour qualifier l’association de trios très divers : trois défauts, trois personnalités de milieux professionnels, trois notions, trois dirigeants syndicaux, trois chefs cuisiniers, trois sportifs… Pour cette raison, même quand le vocable est employé de façon neutre, et sérieusement, on ressent une notion qui ˗ et c’est injuste ˗ oscille entre le péjoratif et la moquerie narquoise. Ce ressenti s’applique également à troïka, mot russe qui, à l’origine, désigne un grand traîneau ou landau tiré par trois chevaux, et qui a été couramment repris pour parler d’une direction à trois (personnalités, institutions ou pays). Là encore, le terme est usité très souvent avec une intention sarcastique ou critique à l’égard de ces trios divers, à qui l’on reproche de tout décider arbitrairement et/ou de détenir trop de pouvoir(s).

            On ne peut pas, pour éviter cette connotation, utiliser, par référence à Alexandre Dumas, « les trois mousquetaires » (qui pourrait d’autant mieux aller qu’il y a ici aussi un… quatrième mousquetaire : ce secrétaire général qui est adjoint) : les trois politiciens chevronnés sont un peu plus près, étant donné leur âge, des trois « vieux de la vieille » (Noël-Noël, Jean Gabin et Pierre Fresnay) de Gilles Grangier, d’après René Fallet, que des fougueux bretteurs de M. de Tréville (ou… Troisville).

            Trio, utilisé pour désigner trois personnes, est, de même, employé très souvent avec une connotation familière, amusée, ou critique : « Ce trio de Pieds-Nickelés a complètement joué de travers et fait perdre à son équipe la demi-finale de la Coupe de France… ».