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Le mot du 24 décembre 2015

La question du jour  +  l’articulet « dico » du jour  + la citation du jour  +  le proverbe du jour

Jeudi 24 décembre 2015

 

La question du jour

            « Pourriez-vous me renseigner à propos de « avant-guerre » ? Dans « le cinéma d’avant-guerre », le trait d’union s’impose. Mais doit-on le mettre aussi (ou non) lorsqu’on dit « avant-guerre, nous habitions l’Essonne » ou « ce journal créé avant-guerre », ou « comme il a été écrit avant-guerre » ?… »

            Je comprends très bien que l’on puisse se poser cette question, et la perplexité me semble normale. Toutefois, je crois qu’il y a une réponse qui s’impose. Normalement, on devrait dire « avant la guerre » « avant la dernière guerre », « avant cette guerre »… « Avant la guerre, avant le conflit, avant ces événements, nous habitions à Reims… »   Comme il n’y a pas l’article/ terme de liaison, je crois que la graphie à trait d’union doit être adoptée : « Avant-guerre, j’étais journaliste localier en Meurthe-et-Moselle ».

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L’articulet « dico » du jour

czar  n. m.

            Cette graphie ancienne (parfois csar), vieillie, pour tsar  – empereur de Russie  –  ou tzar (graphie également délaissée, mais plus récemment), est considérée généralement, de nos jours, comme ayant résulté d’une erreur de transcription… De nombreux auteurs, dont Voltaire, ont suivi cette orthographe qui, à leur époque, s’était bien implantée.

            Certains estiment toutefois que cette graphie contestée peut être licite si le texte justifie l’archaïsme

 

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La citation du jour

            « Béni soit l’homme qui, n’ayant rien à dire, s’abstient d’en administrer la preuve en paroles. » (George Eliot.)

 

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Le proverbe du jour

            « Qui se fait brebis le loup le mange. »

           

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Le mot du 11 août 2015

médaille

 

     Après quelques journées de chauvinisme quelque peu exalté, de commentaires pleins d’un enthousiasme  sympathique ou par trop entaché d’enflure, un certain nombre de médias reviennent à plus de mesure, de sobriété, de justesse, au sujet du nombre des médailles remportées par les nageurs français aux championnats du monde qui viennent de se dérouler à Kazan, en Russie.

            La France est revenue avec 6 médailles sur les quelque 120 distribuées. Les États-Unis en ont remporté 23, l’Australie 16, la Chine 13, la Grande-Bretagne et la Hongrie 9, la Suède 6 aussi, l’Italie 5, et une demi-douzaine de pays 4 médailles chacun…

            Versant tout à coup, à l’inverse, dans le pessimisme, certains mettent alors en évidence que les nageuses françaises sont revenues bredouilles et que les médailles masculines sont dues aux mêmes athlètes, qu’il n’y a pas de relève à l’horizon, etc. Ils ne voient plus, ces commentateurs, que les… revers des médailles !

            Médaille est issu de l’italien medaglia, qui a désigné une petite monnaie ancienne d’une valeur d’un demi-denier, qui fut en usage dans les États pontificaux, dans le nord de l’Italie, à Malte… En français, le terme est donc apparu, à la fin du XVe siècle, pour dénommer une pièce d’or circulant en Italie et au Levant. Puis le mot désignera une pièce de métal précieux attribuée en récompense de services, de certains mérites, et aussi une plaque de métal décernée aux membres de certaines professions (médaille de garde champêtre).

            De nos jours, on ne traite plus de « vieille médaille » une femme âgée, mais médaille en chocolat se dit toujours pour parler d’une récompense de peu de valeur…

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La bourde du jour

            Personne n’est omniscient, je l’ai dit très souvent…  Toutefois, quand on est journaliste, la réflexion et le bon sens devraient inciter au doute, à la méfiance, et permettre d’éviter de dire ou d’écrire de grosses bêtises. Une journaliste de France 3 Bretagne aurait, ainsi, pu ne pas… désinformer les téléspectateurs,  les  induire  en  erreur.   En  effet, affirmer que La Fayette avait « commandé » l’Hermione est une énormité : le marquis n’a été qu’un passager de la fameuse frégate, car jamais il n’a été marin, jamais il n’a suivi de formation militaire dans le domaine de la navigation…

            Celui qui a testé l’Hermione, puis l’a commandé, emmenant La Fayette en Amérique, est évidemment un marin, lui, qui sera sans doute le plus grand marin du Consulat et finira vice-amiral : Latouche-Tréville (Rochefort, 1745 – mort à bord du Bucentaure, 1804).

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L’articulet « dico » du jour

durer   verbe intransitif

Le participe passé de durer reste toujours invariable : les travaux ont duré trois ans ; les deux semaines qu’ont duré les assises. Le complément n’est pas un complément d’objet direct, mais un complément circonstanciel de temps, qui n’implique pas l’accord.  Il ne peut pas y avoir de réponse aux questions « a duré quoi ? » ou « a duré qui ? ».

Ne pas se laisser influencer par endurer, verbe transitif, lui, qui peut avoir des compléments d’objet directs : les souffrances qu’il a endurées.

 

 

Le mot du 19 février 2015

Minsk

            Les « accords de Minsk », censés établir un cessez-le-feu entre les Ukrainiens   fidèles   à  Kiev  et  les  Ukrainiens  russophones  partisans  d’une       « indépendance », d’une autonomie, de la région de Donetsk (dans un premier temps, pour commencer… ?), suscitent pour l’instant plus de doutes que d’espoir. Le prétendu cessez-le-feu n’a pas été parfaitement respecté, et les Ukrainiens ont dû abandonner aux indépendantistes, dans une période de très relative accalmie des combats, l’important nœud ferroviaire de Debaltseve.

           Il faut rappeler tant aux naïfs qu’à ceux qui ne maîtrisent pas le vocabulaire (ce qui est grave, en l’occurrence), qu’un armistice, même a priori sincère, qu’un cessez-le-feu n’est aucunement un traité de paix : c’est seulement une suspension des combats, de durée aléatoire…

           Ces « accords de Minsk », qui ne laisseront peut-être pas un grand souvenir dans l’Histoire, ont été précédés il y a quelque vingt-cinq ans par un traité également associé au nom de la capitale de la Biélorussie. En octobre 1991, Boris Eltsine (président de la République de Russie), Stanislaw Chouchkievich (président de la République de Biélorussie) et Leonid Kravtchouck (président de la  République  d’Ukraine)  signaient  dans  la forêt de Belovej, près de Minsk, le « traité de Minsk »*, ou « accords de Belaveja ». Ces accords créaient la Communauté des États indépendants (CEI) ; quinze jours plus tard, huit autres anciennes républiques soviétiques rejoignaient la CEI.

            La Biélorussie, ou Belarus si l’on n’adopte pas le nom français mais russe, fut autrefois (du XVIe siècle jusqu’à 1917) dénommée « Russie blanche ». L’élément biélo- correspond à « blanc », mais personne ne sait quelle en est l’origine exacte. Trois hypothèses s’affrontent : a) allusion à la couleur à dominante blanche du costume national ; b) allusion à la synonymie de blanc et de libre, les Biélorusses ayant toujours refusé de payer un tribut aux Tatars ; c) allusion au sable blanc qui couvre une partie du pays.

            L’étymologie de Minsk, en comparaison, serait d’une simplicité aussi décevante que sont actuellement décevants les accords Poutine-Merkel-Hollande-Porochenko. Qu’on en juge : le nom de Minsk  serait formé d’un nom de rivière, « Men », auquel serait associé le suffixe -sk, propre à des noms de villes.

 *  En 2013, le comité exécutif de la CEI (dont le siège est à Minsk)  faisait savoir que le document original de ce traité était… introuvable !

 

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Dictée de Sèvres (Hauts-de-Seine), samedi 7 mars 2015, à 14 heures, au Centre international d’études pédagogiques, 1, avenue Léon-Journault.  –  Inscriptions et renseignements : 06 07 59 17 08 ou jp.colignon@orange.fr.

Dictée – jeux autour de la langue française – vin d’honneur – nombreux prix.

Le mot du 19 novembre 2014

villages Potemkine 

            Lors de l’interview sur France Inter, ce mercredi 19 novembre 2014, de  M. François Rebsamen, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social (… n’en jetez plus ! ☺ ), le journaliste Patrick Cohen, volontairement quelque peu provocateur à partir de questions et de remarques d’auditeurs, a évoqué d’éventuelles « agences Potemkine » au sujet de Pôle emploi.

            Issu de la fusion entre l’ANPE – l’Agence nationale pour l’emploi – et les Assedic, Pôle emploi est un EPA (établissement1 public à caractère administratif) chargé de l’emploi en France. En cette période de grandes difficultés socioéconomiques, l’établissement est évidemment l’objet de vives et nombreuses critiques, et beaucoup de chômeurs dénoncent son inefficacité, son impuissance. Dans l’expression de cette condamnation il faut tenir compte – par équité à l’égard des fonctionnaires travaillant à Pôle emploi – des excès, des propos injustes, entraînés par le désespoir et par l’angoisse.

         La référence au dénommé Potemkine, si elle a été bien comprise du ministre, a peut-être échappé à un certain nombre d’auditeurs… Grigori Potemkine (1739-1791), militaire et homme d’État, fut, des amants successifs de la Grande Catherine (l’impératrice Catherine II), celui qui joua le plus grand rôle. Même si sa personnalité est très controversée – qui l’emportait chez lui, de l’autocrate vivant dans le luxe ou de l’administrateur guidé par l’esprit des Lumières ?… –, il a joué un grand rôle dans l’histoire russe.

            On lui attribue – vérité ou légende : les historiens russes sont en désaccord – l’invention des « villages Potemkine », c’est-à-dire le trompe-l’œil de villages pimpants et prospères cachant une réalité beaucoup plus misérable… Des façades en carton-pâte avaient été érigées devant des maisons décrépites, pour tromper l’impératrice sur la situation réelle des villages qu’elle parcourait.

            Ce bon vieux truc existe toujours en Russie, car les habitants de Lytkarino (banlieue de Moscou) ont dénoncé au président russe Dmitri Medvedev la tromperie organisée par les autorités locales à l’occasion de sa venue : un grand lifting « cache-misère » à coups de peinture et de pose de palissades neuves a été réalisé en cinq sec !

           Certains reprochent donc à Pôle emploi d’entretenir de nombreux et beaux bureaux… qui ne servent à rien.

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1.L’utilisation d’un sigle ou d’un acronyme n’entraîne absolument pas de majuscule au premier mot de l’expression complète. Ce n’est pas parce que l’on parle d’une ZUP ou d’un RIMa qu’il faudrait écrire Zone (à urbaniser en priorité) et Régiment (d’infanterie de marine), avec une majuscule.