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Le mot du 27 février 2016

La question du jour  +  les bévues du jour  +  la citation du jour

 

La conjonction du bouclage de plusieurs livres avec le travail de préparation de nombreuses dictées et autres animations en mars a compromis la publication de textes sur le site ces derniers temps. L’édition quotidienne de chroniques reprend aujourd’hui.

 

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La question du jour

            « On ne s’y retrouve plus ! Les dictionnaires ne sont pas d’accord entre eux, on entend tout et son contraire…Faut-il écrire « le siècle des lumières », « le Siècle des lumières », « le Siècle des Lumières », « le siècle des Lumières » !!? »

            Les discordances sont normales, parce que le cas mérite réflexion. Par ailleurs, et je l’ai déjà dit, sans morgue ni acrimonie à l’égard des linguistes, grammairiens et lexicographes, parmi ces derniers peu ont consacré – ou ont pu consacrer – beaucoup de temps à l’orthotypographie…

D’une façon générale, dans des locutions et expressions historiques, artistiques, littéraires, le mot siècle reste un terme générique, avec minuscule.

Pourquoi le XVIIIe siècle est-il ainsi surnommé ?… C’est parce qu’il a été dominé, en Europe, par un mouvement philosophique porté par la volonté de combattre les ténèbres de l’ignorance par la diffusion du savoir au profit de populations ainsi de plus en plus éclairées (quel merveilleux objectif, qui reste toujours à étendre au monde entier, notamment au bénéfice des filles et des femmes…).

Ce mouvement a pris le nom propre de « mouvement des Lumières », et le dernier mot est devenu en même temps le surnom – donc un nom propre – de ces philosophes militants. On écrit donc, et c’est logique : les représentants des Lumières, les idées des Lumières ; le français, langue des Lumières… Cela donne la réponse à votre question. Il faut écrire : le siècle des Lumières.

 

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Les bévues du jour

            Elles ont été retenues parmi de multiples bourdes vues ou entendues…

1° Une journaliste de France Inter ne maîtrise pas l’accord des adjectifs de couleur (vendredi 26 au matin), puisqu’elle parle d’une chose qui serait « verte pâle ». En réalité, la formule est une ellipse, un raccourci, pour dire d’un objet qu’il est « D’UN vert qui est pâle ». Par conséquent, l’invariabilité s’impose dès que l’on est en présence d’une construction associant un véritable adjectif de couleur simple et un adjectif qualificatif qui précise la nuance : des chemises bleu clair, des pantalons brun foncé, des maillots rouge vif

2° Plus grave : ce samedi midi, une journaliste de BFMTV laisse entendre que Paris est à feu et à sang, que la ville est livrée à des émeutiers… Eh oui, sans doute, puisque, dit-elle textuellement, « le ministère de l’Agriculture a été démonté » [par des paysans en colère]. La vraie information : au Salon de l’Agriculture, le STAND du ministère de l’Agriculture a été démonté par des agriculteurs désespérés et donc exaspérés…

 

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La citation du jour

            « L’homme aurait toujours assez de moyens s’il avait assez de volonté. » (Massillon.)

 

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Émission en direct, à propos de la « pseudo-réforme » de l’orthographe, sur le réseau de radios RCF, mardi dernier, avec M. Frédéric Vitoux, académicien, et M. Jean Pruvost, universitaire, spécialiste de l’histoire des dictionnaires. Il n’y eut pas de confrontation puisque nous étions tous les trois d’accord sur le rejet de cette mauvaise idée… (Je renvoie à ce que j’ai écrit dans plusieurs chroniques ainsi qu’au texte de l’Académie française du 5 février, texte que j’ai mentionné.)

Ainsi que je l’ai indiqué à l’antenne, dans toutes mes dictées seules continueront à être retenues les graphies classiques. Il ne sera pas tenu compte de cette pseudo-réforme (chacun peut imaginer ce que donneraient des dictées où il faudrait tenir compte, entre autres, de centaines et de centaines de doubles graphies…)

 

 

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Le mot du 18 février 2015

Filouse

            Vache âgée de quatre ans, de la race rouge flamande, Filouse est la star, l’égérie du Salon de l’agriculture qui ouvrira ses portes le 21 février, à Paris Expo, porte de Versailles. Sur l’affiche du Salon, ladite égérie… affiche un œil  coquin et un air satisfait, du genre : « Et je ris de me voir si belle en ce placard ! » ☺ (Oui, un placard  est aussi un avis manuscrit ou imprimé que l’on affiche dans des lieux publics…)

            Contrairement à ce qu’indique l’affiche du Salon, il n’y a aucune raison de mettre une capitale à rouge ni à flamande. Les noms de races d’animaux sont des noms communs. Il faut donc écrire : des setters, des malinois, des dalmatiens, des dobermans ; des siamois, des persans, des européens ; des salers, des pie(-) noir, des charolaises, des maraîchines… Bien évidemment, la majuscule est maintenue quand figure un nom propre : des blondes d’Aquitaine. Mais les organisateurs d’événements, leurs communicants et les publicitaires (qui en rajoutent !) croient mieux appâter le public par un excès de lettres capitales. C’est illusoire…

            On ose croire que communicants et publicitaires (et non  « publicistes » :  ces derniers sont, en français contemporain, des spécialistes du droit public !) n’iraient pas jusqu’à écrire : « à l’issue du Salon, des Bretonnes seront proposées à la vente », « aucune Limousine ne pèse moins de 800 kilos », « à 16 heures : traite en public de Bordelaises »… !

            On peut être plus indulgent à l’égard de la majuscule souvent adoptée pour agriculture. En orthotypographie orthodoxe, correcte, on ne doit mettre de majuscule qu’à Salon (quand ce mot a le sens d’ « exposition », de « foire », on doit toujours mettre une majuscule) et à l’éventuel adjectif qui le précède (le Salon du livre, le Joyeux Salon de la magie se tiendra du 8 au 10  mai), ainsi que, naturellement, aux éventuels noms propres inclus dans la dénomination.  Encore une fois, étant donné l’importance de certains de ces événements (foires, expositions, Salons, festivals, concours…), on peut tolérer, en plus de la capitale – obligatoire en ces occurrences – au premier substantif,  une majuscule à automobile, à livre, à agriculture, à automne : le Salon de l’Automobile, le Salon du Livre…

         Filouse, nous explique-t-on, est, en ch’ti, le féminin de filou. Avec la variante filousse, le mot désigne une jeune fille maligne (et non « maline ») et rusée. Après le succès du film de Dany Boon Bienvenue chez les Ch’tis, plus personne ne devrait ignorer l’orthographe du nom commun, nom propre et adjectif ch’ti. Pourtant, on trouve beaucoup de chti et de cht’i ( !!).

            Ch’ti ou ch’timi équivaudrait à « celui », à « ceux », et non à « chétif » ou à  « petit ». Mais on trouve des discordances  chez des auteurs régionaux… Nom commun, ch’ti désigne le patois picard parlé dans le Nord – Pas-de-Calais. Nom propre, avec majuscule, le vocable désigne les natifs et/ou habitants du nord de la   France  (les  Ch’tis  ou  Ch’timis  seraient  donc  «  ceux  de  chez  nous   »,   les « nôtres »). Un « ch’ti marché » serait un  « marché du Nord, des Ch’tis », et non un « petit marché ».

          L’accord en nombre, avec un final, est courant pour le nom propre comme pour l’adjectif.  En revanche, l’accord en genre ne semble pas faire l’unanimité, et l’on trouve dans des textes régionaux, pour le féminin, soit l’accord au masculin pluriel, soit l’invariabilité… Mais on ne voit pas pourquoi ch’tie(s) serait à bannir.

         Filou, dans la langue familière, s’applique à un enfant espiègle, malin. Mais, désignant un adulte, le terme désigne avec certitude un escroc, un arnaqueur, un voleur,  un  aigrefin,  une  fripouille,  un  magouilleur,  etc. Le mot vient de filer, « tirer le fil »…  Pourquoi ne pas y associer les tire-laine d’autrefois, « tireurs de laine, tireurs de manteau »,  et rappeler qu’en argot tirer est un synonyme de voler couramment usité dans la langue familière ?

      Le mot est censé être masculin, avec un pluriel en s… mais on ne voit pas pourquoi il n’y aurait pas de femmes qui seraient malhonnêtes, magouilleuses, voleuses, estampeuses ! D’ailleurs,  filoute, certes peu utilisé, existe dans la langue, avec cette acception ; filouse, en revanche, ne semble pas avoir été employé.

          Mais je ne contesterai pas à la jolie rouge flamande un nom signifiant en ch’ti qu’elle est aussi maligne et espiègle qu’une gamine !