Archives de Tag: Seconde Guerre mondiale

Le mot du 5 octobre (4)

La question du jour (et la réponse)

            « Où doit-on mettre une majuscule, ou des majuscules, dans  « seconde guerre mondiale » ? »

 

            Il s’agit d’un nom propre historique.  Comme pour tous les noms propres historiques, géographiques, littéraires, artistiques, etc.,  la norme en français est la suivante : majuscule aux mot principaux, c’est-à-dire les substantifs, et aux adjectifs précédant directement ces substantifs ;  minuscules aux adjectifs qui viennent après les substantifs. (Il y a évidemment des exceptions découlant de cas d’espèce particuliers…)

Donc : la Seconde Guerre mondiale  (Seconde, et non « Deuxième », puisque pour l’instant il y a eu en tout et pour tout deux conflits mondiaux impliquant des États…) .

 

*****

 

Publicités

le mot du 18 mars 2015

gonzesse

           Gonzesse est le féminin du mot argotique gonze, apparu d’abord en français sous la forme conce, puis gonce, au XVIIe siècle. Le terme est un emprunt à l’italien gonzo, « niais, balourd ». En français, la signification sera conservée,   puis   le   mot   prendra   l’acception   neutre,   banale, d’ « homme », d’ « individu », avant de revêtir le sens plus restreint de « patron », d’ « homme énergique », de « dur de dur », etc.

            Le féminin gonzesse n’apparaîtra qu’après 1800, à la fois comme équivalent de « femme, fille » et comme synonyme de « prostituée ». De nos jours, appliqué à des femmes, le terme peut être familier (« Tiens,v’là ma gonzesse ! »), mais non méprisant, correspondant à d’autres termes du français populaire : « greluche, souris, nana, nénette… » En français courant, c’est aussi, toujours,  un  synonyme   –   dans le « milieu » – de « donneur », de « balance », d’ « indic », ou bien encore d’ « homme sans énergie », de « lâche ».

              Le terme est souvent employé de façon injurieuse, inadmissible, à l’égard de personnes qui, ayant conscience des risques insensés présentés par telle action ou telle activité, recommandent la prudence… De plus, cette utilisation du mot reflète un insupportable machisme : si les femmes, sauf exception, n’ont pas la force physique des hommes, et si elles sont moins portées aux bagarres et aux guerres, cela ne justifie pas le mépris. Toutes les filles ne sont pas des adolescentes décérébrées, toutes les femmes ne sont pas des poupées Barbie éthérées, ou des bimbos sans neurones occupées à des futilités.

      Dans de nombreuses professions difficiles, pénibles, éventuellement rebutantes, voire tout simplement dans la vie ordinaire d’épouse, de mère de famille, beaucoup de femmes font preuve, au quotidien, dans l’anonymat, d’un courage et d’un dévouement qui valent bien le courage… ou la témérité écervelée, l’inconscience irresponsable, de certains.

           Au cours de la Seconde Guerre mondiale, nombre de femmes ont montré que les « gonzesses », quelles que soient leurs convictions politiques, religieuses, philosophiques,  savaient être d’un grand courage, savaient être héroïques, sans grandiloquence : des « Rochambelles » de Suzanne Massu  à Bertie Albrecht et Simone Michel-Lévy, entre autres femmes admirables. Toutes font partie à jamais des vraies élites du pays.

—————–

La citation du jour  (… et,  en  même  temps,  ajout au mot du  jour « funiculaire » !) :

Du farceur Alphonse Allais :

Avec sa jeune épouse au soir de son mariage,

                                   Nicolas sut monter des quantités d’étages.

                                   Dans le sport amoureux superbe il se montra :

                                   Unique au lit fut Nicolas.

 

Rappel : Le premier concours de culture générale de Paris, organisé avec l’UCIAP Paris-7e et l’ordre des Palmes académiques, se déroulera le samedi 11 avril au lycée La Rochefoucauld, 22, rue Malar, 75007 Paris. Quels seront les Pic de La Mirandole 2015 senior et junior ?…

Informations et inscriptions : UCIAP 7e, 7, rue Duvivier, 75007 Paris. contact@uciap7.com

Le mot du 3 février 2015

décryptage

         Un des mots ronflants à la mode, pour se mettre en valeur, chez les journalistes de télévision, voire de radio, c’est décryptage : « Merci, Tryphon Dubidon, de nous faire part de votre décryptage de l’actualité… ».  Et ledit Dubidon, promu ainsi au statut d’individu à la clairvoyance exceptionnelle, à la sagacité inouïe, de se lancer généralement – avec un sourire modeste, mais satisfait – dans un commentaire indigent, dans une paraphrase inutile nourrie des « éléments de langage » quotidiennement et généreusement distribués par les attachés de presse, par les services de communication, etc.

            Les auditeurs, les téléspectateurs, considérés comme des individus peu sagaces, pas très éveillés, même carrément bouchés, doivent alors être éclairés (d’ailleurs, éclairage est un terme également très apprécié par nos élites du petit écran) par l’  « expertise » (sic) du subtil commentateur.

            Hélas, au lieu de révéler un éventuel dessous des cartes que personne encore n’a dévoilé, de mettre au jour des coups (fourrés) à trois bandes ou les véritables intentions de telle personnalité, l’observateur censé être un très sagace analyste se montre atteint d’un psittacisme profond. Son décryptage se résume à une répétition de l’information, enrichie, si l’on peut dire, de remarques d’une grande banalité… Plutôt que de déranger le mot décryptage, chacun devrait se contenter sagement de commentaire, d’analyse,  qui, déjà, seraient souvent bien complaisants !

            Le décryptage, en son emploi exact, correct, consiste à découvrir le vrai sens d’un texte peu clair, ambigu, ou à déchiffrer un texte secret codé. Lors de la Seconde Guerre mondiale, des cryptanalystes britanniques, reprenant les travaux de spécialistes polonais, ont réussi à décrypter des messages codés de la fameuse machine (en fait, il y eut plusieurs variantes)  de chiffrement Enigma des Allemands.

            Décryptage est lié à crypte, d’abord « endroit caché » (du latin crypta, d’après le grec kryptos, « caché »).

*****

RENDEZ-VOUS CONVIVIAL : 1er Salon de la langue française de Paris, à la Mairie du 7e arrondissement, 116, rue de Grenelle, métro : Solferino ou Varenne. Mercredi 11 février, à 14 heures. Conception : Jean-Pierre Colignon et les services de l’événementiel du cabinet du Maire.

Dans la salle principale : dictée gratuite pour tous, à 14 heures – Nombreux prix, chaque participant aura un cadeau souvenir. Pendant la correction des copies : séance-spectacle de « dictionnaire Alphonse Allais », par les académiciens Alphonse Allais. Puis : jeu-concours autour de la littérature française, nombreux prix.

Seconde salle : à 14 h 30, animation interactive (pour les juniors… mais pas seulement) par un dessinateur d’humour autour des expressions, proverbes et locutions de la langue française : dessins d’humour, rébus et dingbats.  Puis : spectacle donné par une conteuse.

Même si vous avez oublié de vous inscrire (surtout pour la dictée), ou si vous vous décidez à la dernière minute, n’hésitez pas à venir !

Le mot du 5 octobre 2014

Gémeaux

           Charlène de Monaco, princesse du «  Rocher », a annoncé à un magazine britannique, Hello, qu’elle attendait des jumeaux… L’information est évidemment reprise par les médias français, et l’on peut noter que ces derniers adoptent de plus en plus la graphie francisée Charlène, avec un accent grave, au sujet de Charlene Lynette Wittstock, native de Bulawayo, au Zimbabwe.

            Si ces mêmes médias français n’ont jamais francisé Beatrix (des Pays-Bas) en Béatrice, et rarement Elizabeth II en Élisabeth II, l’attitude est différente avec les prénoms où un e précède une syllabe finale muette. Ceux qui ont fréquenté notamment les cassetins de correcteurs et les salles de rédaction savent combien de longues réflexions (☺) ont été entraînées par le prénom, à l’anglo-saxonne, de Marlene1 (née Maria Magdalena) Dietrich !… L’inoubliable interprète de Lili… Marlene2, réfugiée aux États-Unis, portera le prénom sans accent. Ses liens avec Jean Gabin pendant la Seconde Guerre mondiale et dans l’immédiat(e) après-guerre en feront quasiment une Française, et l’on sait qu’elle vivra à Paris des années 1975 jusqu’à son décès, en 1992. Son prénom, prononcé « marlène » bien sûr, était donc familier à bien des gens, et conduisait à franciser l’orthographe en Marlène. On trouve donc souvent en concurrence les deux formes, mais les dictionnaires ne retiennent que Marlene.

            Jumeau (féminin : jumelle, pluriel : jumeaux) vient du latin gemellus, au même sens. Pour certains, sans doute majoritaires, deux jumeaux est un pléonasme, car, s’il y a plus de deux enfants nés d’un même accouchement, on doit parler de triplés, de quadruplés, etc. ; pour d’autres, y compris des lexicologues et lexicographes, il est licite d’employer jumeaux pour qualifier plusieurs enfants, au-delà de deux. Pour échapper aux critiques, on réservera cependant l’utilisation de jumeaux à DEUX… gémeaux.

            Bien connu de ceux qui consultent les horoscopes, le mot Gémeaux est le nom d’un des signes du zodiaque, c’est-à-dire d’une des constellations. Il s’agit donc d’un nom propre, qui par conséquent doit s’écrire avec une majuscule : le signe des Gémeaux. Cette orthographe – une majuscule et le pluriel – est obligatoire en toutes circonstances : Ma femme est Gémeaux ; Mes deux sœurs sont des Gémeaux ; C’est un Gémeaux … puisque, à chaque fois, il y a une ellipse pour  « du signe des » : Ma femme est [du signe des] Gémeaux.

          Pour les Grecs, ces Gémeaux étaient Castor et Pollux; pour les Romains, il s’agissait de Remus et Romulus.

______

1. Des disques allemands anciens comportent la graphie « Marleene« .

2. Il ne faudrait pas oublier, pour autant, que cette chanson, sous la graphie Lili Marleen, fut enregistrée, créée, par la comédienne et chanteuse allemande Lale Andersen en 1939. Cet air, adopté comme indicatif par la radio allemande de Bucarest en 1940, deviendra alors seulement très populaire, d’abord auprès des troupes du Reich, puis dans le monde entier.