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Le mot du 26 juillet 2015

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La question du jour :

            « Pouvez-vous me dire s’il est possible de parler d’UN œuvre lorsqu’on évoque le travail d’un artiste toujours vivant, et donc dont l’œuvre est en cours… Le masculin me donne un sentiment d’hommage posthume, comme si l’on prenait en compte l’œuvre achevé(e). »

 

            Œuvre a changé de genre plusieurs fois au cours des siècles. Redevenu féminin, il ne l’a fait qu’en réservant quelques exceptions : le gros œuvre d’une construction, le « grand œuvre » (la pierre philosophale), l’œuvre gravé de Salvador Dali, l’œuvre entier de Gounod. Se dit moins, quoique licitement, pour des œuvres littéraires.

            La tendance est en effet pour la désignation posthume ; mais l’emploi du masculin pour l’œuvre entière et considérable d’un artiste vivant est une extension dont un usager de la langue française peut risquer d’encourir le reproche. Toutefois, cet emploi du masculin d’œuvre en cette acception n’est suivi que dans certains milieux, et, comme le dit, entre autres, le réputé linguiste et grammairien Joseph Hanse (Nouveau Dictionnaire des difficultés du français contemporain),  le mot  « est aujourd’hui plus souvent féminin lorsqu’il désigne au singulier l’ensemble des œuvres d’un artiste, d’un écrivain ».

 

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La bourde du jour :

            Un certain nombre des ennuis dont la SNCF [… et ses usagers] a souffert ces dernières semaines ont découlé de pannes, d’accidents, touchant les caténaires, ces câbles conducteurs suspendus qui alimentent en électricité les locomotives. Contrairement à ce que croient et disent nombre de présentateurs et journalistes de radio et de télévision, caténaire est un mot FÉMININ. Pour ne pas les suivre dans leur bévue, il faut avoir en tête que ce mot vient du latin catena, « chaîne » : « Une caténaire a été arrachée sur plus d’une vingtaine de mètres »

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La citation du jour :

            « L’homme sans volonté est aussi déplacé dans ce monde qu’un papillon dans l’océan ». (Henri-Frédéric Amiel.)

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Le mot du 2 juin 2015

« tri sélectif »

 

            Tous les jours on nous rebat (et non « rabat », même au Maroc ! ☺ ) les oreilles, à la radio comme à la télévision, avec le « tri sélectif », que chacun doit pratiquer dès l’enfance pour sauver la planète Terre et ses habitants !  Cette incitation relève assurément de bonnes intentions et d’une réelle prise de conscience : il faut s’en féliciter.

            Gaspiller moins, utiliser plus intelligemment toutes les énergies, protéger l’environnement… :  voilà une démarche des plus louables, reposant sur le fait de tout trier avec logique et bon sens selon des critères précis.  Mais, le propre de n’importe quel tri étant d’être une… sélection (cf. l’excellent Trésor de la langue française  du CNRS), « tri sélectif » appartient incontestablement à cette catégorie  de fautes de français que l’on appelle  pléonasmes : « dune de sable », «  congère  de  neige »,   «  monopole  exclusif »,  « s’entraider  mutuellement »,  « voler dans l’air », « prévoir à l’avance », etc.

        À l’instar de ceux qui utilisent tout à fait ! à la place du simple oui !, considéré par eux comme dévalué et ne garantissant plus rien (ce qui peut n’être pas faux !!), les adeptes du « tri sélectif » doivent s’imaginer que rajouter l’adjectif apporte une caution de sérieux et donne de l’importance, par exemple, à une campagne de sensibilisation…

 

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La question du jour :

      Parmi les nombreuses questions reçues depuis dimanche, retenons aujourd’hui celle-ci, qui relève de l’orthotypographie (composante à part entière de l’orthographe d’usage) : « Combien de majuscules doit-on mettre à caisse des dépôts et consignations ? ».

            Même s’il est éventuellement usuel d’utiliser un sigle pour désigner une société, une firme, une association, un établissement, une compagnie, etc.,  les noms de ces derniers s’écrivent avec une majuscule au premier terme (terme générique ou premier substantif), aux adjectifs qui peuvent le précéder et aux noms propres. Ainsi, ce n’est pas parce que l’on dit couramment SNCF  qu’il y aura une capitale à chacun des mots (« Société Nationale des Chemins de Fer [français] »). Non, la majuscule à Société suffit : Société nationale des chemins de fer français.

            La réponse est donc : Caisse des dépôts et consignations.

 

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La citation du jour :

        « La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent. » (Henri Queuille, 1884-1970 ;  homme politique français,  plusieurs fois ministre sous la IIIe République, trois fois président du conseil sous la IVe.)

Le mot du 22 mai 2014

 Bourde

            « 1 200 quais dans les brumes » : une fois de plus, c’est grâce au Canard enchaîné (numéro daté 21 mai 2014) que les Français ont été informés. En l’occurrence, informés d’une invraisemblable, stupéfiante, scandaleuse et fort coûteuse erreur : de nouvelles rames de trains express régionaux (RER), commandées au nombre de presque 2 000, se sont révélées trop larges pour circuler sans souci sur le réseau ferré de l’Hexagone !…

            Le terme familier bourde, employé par un certain nombre de médias pour qualifier cette monumentale bévue, est manifestement inadapté eu égard à la gravité des faits. Car les quais de centaines de gares vont devoir être rabotés et, à certains endroits, ce sont les rails qui devront être espacés pour éviter des accidents (« À Lyon, il a fallu déplacer des rails à l’entrée d’une gare, car un train aurait pu en casser un autre », dixit le Canard).

            Il est trop tôt, semble-t-il, pour démêler les responsabilités totales ou respectives de la SNCF et de Réseau ferré de France (RFF) : la première ayant, sauf erreur, défini le cahier des charges d’après les informations données, sauf erreur aussi, par le second, puisque telle est la répartition des tâches. La facture, selon les chiffres comme d’habitude flous donnés par les médias se précipitant à la poursuite du Canard enchaîné, varient de 50 à 80 millions d’euros, voire plus.

            La plupart des synonymes de bourde venant à l’esprit semblent bien tièdes, eux aussi, pour parler de cette abyssale ânerie qui n’a rien d’une peccadille : impair, boulette, bêtise… Les citoyens et contribuables ne seront sans doute pas en peine, en cette période de difficultés, pour trouver d’autres mots.

            Peut-être issu du provençal borda, « mensonge », bourde a autrefois signifié « conte forgé pour abuser de la crédulité de quelqu’un ». Georges Duhamel l’emploie encore sous cette acception dans sa Chronique des Pasquier (« Le Désert de Bièvres ») : « Nous voudrions plaisanter. Trouver à dire quelque bourde. » Le terme a pris ensuite la signification aujourd’hui usuelle : « erreur grossière due à l’ignorance ou à l’étourderie », qui est bien faible pour parler d’une lourde faute.