Archives de Tag: sortie en salle

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« Saxon »

« Pourquoi appelle-t-on « un saxon » une personne qui trahit son camp ? », nous demande un groupe de collégiens.

Saxon a pris le sens de « félon », de « traître », à la suite de la bataille de Leipzig (octobre 1813), dite « bataille des nations » tellement fut grand le nombre des soldats engagés… Les combats furent acharnés, et meurtriers. Les coalisés, plus nombreux, finirent par l’emporter sur Napoléon.

Un des faits marquants fut le passage à l’ennemi, en pleine bataille, des troupes saxonnes, censées être du côté des Français… Ce retournement de veste  –  ou d’uniforme  –  à la dernière minute fut considéré  –  côté français  – comme le comble de la félonie.

A partir de là, donc, ce qualificatif méprisant a été associé à des individus qui changent de camp, de parti, au dernier moment, par arrivisme, esprit de lucre,

ressentiment, déception d’ambitions dévorantes… Si  « transfuge » désigne quelqu’un qui, généralement, n’attend pas le dernier moment pour changer de camp, le « saxon« , lui, est le traître absolu, reniant à la dernière seconde, par intérêt et/ou vengeance,  ce qu’il a dit ou écrit, quittant ses « amis » avec armes et bagages (c’est-à-dire, éventuellement, avec fichiers et dossiers)…

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« Second conflit mondial »

« Comme il faut écrire Seconde Guerre mondiale avec deux majuscules, faut-il en faire autant avec « second conflit mondial » ? », nous demande un correspondant des Bouches-du-Rhône.

Non : Seconde Guerre mondiale est un nom propre  –  une dénomination historique consacrée  -, ce qui n’est pas du tout le cas de « second conflit mondial« , qui n’est qu’une façon de désigner cette guerre mondiale.

Rappelons qu’il faut dire « Seconde », et non « Deuxième », puisque, au total, pour l’instant, il n’y a eu que deux guerres mondiales dans l’Histoire. De la même façon que l’on doit dire « le second semestre » (puisqu’une année comporte deux semestres) et « le Second Empire » (la France ayant eu par deux fois, au total,  un régime impérial).

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« Sérendipité » (que désigne exactement le mot) ?

« Que faut-il entendre par « sérendipité« , exactement ? », nous demande une familière des dictées…

Ce mot est le calque de l’anglais serendipity, créé par le Britannique Horace Walpole (1717-1797), dans sa fameuse correspondance. Dans une lettre de 1754, il décrit un portrait de femme, et dit avoir alors découvert, à point nommé, l’explication d’un détail relevant de l’héraldique. Walpole ajoute qu’il est doué pour « ce genre de découverte [qu’il] appelle « serendipity », d’après un conte oriental lu autrefois : les Trois Princes de Serendip, qui découvraient toujours, par accident et sagacité, des choses qu’ils ne cherchaient pas. Par exemple qu’une mule [le conte parle, en fait, d’un chameau], borgne de l’oeil droit, avait suivi le même chemin qu’eux peu auparavant. L’herbe était en effet mangée seulement du côté gauche… où pourtant elle était moins belle que de l’autre. »

La définition la meilleure serait donc celle-ci : « don de faire des découvertes par hasard, en cherchant éventuellement tout autre chose, et par sagacité ». Sherlock Holmes, normalement, avec son sens de l’observation hors du commun et son esprit de déduction surdéveloppé, aurait dû passer entièrement ses journées à démontrer sa sérendipité en plus de mener ses enquêtes logiques et rationnelles!

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Sigle militaire : « RPIMA », « R.P.I.M.A. », « RPIMa », ou… ?

Les événements tragiques survenus au Pakistan [la mort de plusieurs soldats français] ont fait que le sigle « RPIMA » a figuré dans de nombreux articles de presse et dans des incrustations, à la télévision. Or plusieurs de nos correspondants s’agacent d’avoir relevé des graphies divergentes à longueur de journée ! Quelle doit être l’orthographe exacte : « R.P.I.M.A. », « RPIMA », Rpima », « RPIMa », « R.P.I.Ma. »… !!?

L’ignorance, le manque de rigueur, sont à l’origine de nombre de graphies fautives relevées dans les médias. Au temps où l’on écrivait les sigles avec des points, ce qui apportait une grande précision, on écrivait : « le 3e R.P.I.Ma. », « le 21e R.I.Ma. », etc., pour désigner par abréviation le 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine, le 21e régiment d’infanterie de marine, etc. N’étant pas l’initiale d’un mot, mais seulement la deuxième lettre du mot « marine », le « a » doit être en minuscule, même depuis que l’on a renoncé, pour alléger les textes mais au détriment de la précision, à mettre les points d’abréviation. La seule graphie correcte est donc : « le 3e RPIMa » (encore une fois, par une simplification abusive qui contribue à faire disparaître la signification des sigles, nombre de médias écrivent « RPIMA, RIMA, RBIMA, DIMA », etc.)

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sortie(s) « en salle » ou « en salles » ?

Une correctrice, un peu désorientée par les contradictions entre auteurs,entre journalistes, voire entre ouvrages de référence, nous demande s’il faut mettre le singulier ou le pluriel à « salles » …

Traditionnellement, l’usage orthodoxe est d’employer le singulier dans les expressions sortie(s) en salle, sortie(s) en librairie, etc. Mais c’est là un « bon usage » de naguère, semble-t-il, puisque le propre du « bon usage » est d’évoluer constamment sur tel ou tel point… En 2008, l’usage courant est d’adopter le pluriel : la sortie en salles, en librairies, parce que les usagers de la langue  voient concrètement la projection d’un film dans des salles de cinéma, la distribution d’un livre par les libraires, dans les librairies…

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Stupéfait, stupéfié

Je ne comprends pas pourquoi il ne faut pas dire : « le désordre de la chambre avait stupéfait la grand-mère », s’étonne une internaute de Paris…

On ne peut pas utiliser « stupéfait » à la façon d’un participe passé… puisqu’il n’y a pas de verbe « stupéfaire ». C’est « stupéfié » (participe passé du verbe transitif « stupéfier ») qui convient : « … avait stupéfié la grand-mère ».

En revanche, il est parfaitement correct de dire : « J’ai été stupéfait [= adjectif] tant ce spectacle était impressionnant ». Sinon, il faut : « Ce spectacle impressionnant m’a stupéfié ».

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« Supplanter » / « suppléer »

Quelle différence y a-t-il précisément entre « suppléer » et « supplanter » ?, nous demande une étudiante de 1re.

Ces verbes paronymiques n’ont pas le même sens. Si l’on remplace momentanément un collègue absent, on le « supplée ». Si l’on prend sa place, parce que l’on est jugé meilleur, plus sérieux, etc., que lui – ou parce que l’on a intrigué pour l’évincer ! -, on le « supplante ».

« Supplanter » est exclusivement transitif direct, tandis que « suppléer » admet aussi un complément indirect : « son ingéniosité supplée à son inexpérience ».

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