Archives de Tag: Talleyrand

Le mot du 14 juillet 2015

La question du jour :

            « Faut-il écrire, avec ou sans traits d’union, « elle est cucu la praline » ou « elle est cucu-la-praline »  ? »

            Il faut, surtout, écrire : cucul, avec un l final. Sinon, cette expression invariable s’écrit sans traits d’union : « Elles sont cucul la praline, tes deux cousines ! ».

La grosse bourde du jour (DE TOUS LES JOURS !) :

    Relevée à de nombreuses reprises,  dans la bouche d’animateurs, de journalistes ou d’interviewés : la confusion entre près de et prêt(e) à, ce qui aboutit aux solécismes récurrents du type « L’Europe n’est pas prête d’arriver à un accord définitif »…

            Je rappelle la nuance de signification :

  1. Près de équivaut à « sur le point » : Elles étaient près d’arriver au rendez-vous ;
  2. Prêt(e)  à  équivaut  à « préparé(e) à », « décidé(e) à », ou « en état de » : Ils étaient prêts à tout ! ; Réparées hier, ces machines à café sont prêtes à fonctionner…

 

La citation du jour :

            « Pour réussir, ce n’est pas de l’esprit qu’il faut, mais de la délicatesse qu’il ne faut pas. »  (Talleyrand.)

           

           

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Le mot du 4 juin 2015

unanimité

 

            Des dirigeants, des responsables de partis, de mouvements, de syndicats, d’associations, de clubs, de collectivités quelconques, mettent en avant, pour s’en féliciter, l’accord général exprimé  –  lors de congrès, d’assemblées générales, de symposiums… – par les militants, par les adhérents, par les affiliés. Il est de bonne guerre, pour ces personnes rompues aux astuces de langage, de présenter ainsi les choses, car cette présentation correspond effectivement à une réalité… du moment.

            Mais l’observateur impartial doit faire remarquer que l’unanimité du jour n’est plus du tout l’unanimité d’hier quand la moitié ou les trois quarts des adhérents ont déserté en quelques mois les rangs du mouvement, du syndicat ou de l’association ; quand le nombre des sympathisants convaincus a fondu récemment comme beurre au soleil, a rétréci comme peau de chagrin…

            L’étymon est le latin unanimitas, « accord, concorde, harmonie ».

      On se gardera de dire ou d’écrire : « à la totale unanimité » (ou : « à l’unanimité totale »), « tous à l’unanimité », ou encore « tous unanimes », qui sont d’incontestables pléonasmes enfonçant des portes ouvertes !

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La question du jour :

            « Pourquoi la phrase : « Sur cette route, la distance entre chaque arbre est constante  » serait-elle incorrecte ? »

            Tout simplement parce que cela est un non-sens, un illogisme… « Chaque arbre » équivaut à « chacun des arbres ». Or, pour qu’il y ait un intervalle de temps ou d’espace, il faut qu’il y ait DEUX choses.  La formulation correcte – parce que répondant au bon sens, à la logique – est : « … la distance entre deux arbres (ou : … la distance entre les arbres».

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La citation du jour :

            « Tout ce qui est excessif est insignifiant. » (Talleyrand.)

Le mot du 16 mai 2015

microclimat

 

            Avec les mots passe-partout comme le verbe être, le verbe avoir, il y a, très, dire, mettre, au hit-parade, c’est-à-dire, en bon français, au palmarès des termes récurrents figure… microclimat. Aucun reportage local, régional, aucune interview de responsables de comités du tourisme, de syndicats d’initiative ou de municipalités, aucune émission à thème météorologique, sans que revienne en boucle ce vocable ! Cela en devient tout à la fois risible et agaçant, tordant et gonflant, grotesque et irritant…

            Certes, il n’y a pas de synonyme pour désigner le « climat d’une unité géographique très restreinte ». Le seul terme approchant est… climat !

            De la même façon que chacun peut deviner (certains en font un jeu en famille, avec pari à l’appui  ☺ ) les mots précis que va utiliser une femme ou un homme politique, tellement les discours sont convenus1, on en vient également à guetter, sourire sarcastique fin prêt, la première et inéluctable apparition du sempiternel microclimat

            Chaque canton, chaque commune, chaque hameau a-t-il vraiment « son » microclimat ? On pourrait le croire à force d’entendre les propos des uns et des autres vantant avec conviction les avantages propres à son village natal, à son  quartier de résidence. On dépasserait donc, en France, les 30 000 microclimats. Alors qu’on s’émerveille déjà sur, dit-on, les 365 fromages produits dans l’Hexagone…

            Climat est issu du latin clima, lui-même découlant d’un mot de même sens : « inclinaison du ciel ». D’où l’acception de « partie de ciel », puis de « région, contrée ». Par « les quatre climas du ciel » on a désigné, jadis, les quatre points cardinaux. Parmi les nombreuses significations du mot, on a eu « contrée caractérisée par des conditions météorologiques particulières » et, en sylviculture, « canton de forêt, de bois », tandis que les viticulteurs entendent toujours climat au sens de « parcelle de vigne » : l’Association des climats de Bourgogne a demandé son inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco.

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1.Et, naturellement, cela s’est accentué avec cette composante de la langue de bois que constituent les « éléments de langage » : ces derniers étant le fruit d’un psittacisme volontaire au sein d’un mouvement politique, d’un syndicat, d’un gouvernement, et même, manifestement, au sein des journalistes de tel ou tel média.

 

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La citation du jour :

            « Pour réussir, ce n’est pas de l’esprit qu’il faut. Mais de la délicatesse qu’il ne faut pas. » (Talleyrand.)

Hommes et femmes d’esprit

Le premier des « égos »

           Génie littéraire, Victor Hugo ne montra pas toujours de la modestie. C’était connu… Un jour, il rencontra Leconte de Lisle (1818-1894), autre rimeur de qualité, comme l’on sait. L’auteur des Misérables demanda alors au chef de file des poètes parnassiens :

            « Vous ne devineriez jamais à quoi je pensais !?…

            –       Sans doute à quelque œuvre nouvelle, maître…

           –       Non : je songe à ce que je pourrai dire à Dieu quand je me trouverai en sa présence…

            –       Oh ! Vous lui direz : « Cher confrère… ». »

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Logique !…

            « On ne perd jamais rien à être poli, dit un jour quelqu’un à Raymond Bernard (1891-1977), fils du fameux romancier, dramaturge et très brillant homme d’esprit Tristan Bernard (1866-1947).

              –  Si : sa place dans l’autobus ! », rétorqua le scénariste et cinéaste, notamment réalisateur des Misérables, des Croix de bois et du Miracle des loups.

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Casino « ducal »

          Michel d’Ornano (1924-1991), industriel du parfum, fut député, président de conseil général, président de conseil régional, ministre…Il fut donc l’homme fort de la Basse-Normandie pendant plusieurs décennies, et, pour cela, surnommé « le duc de Normandie ». Par ailleurs, il fut maire du « 21e arrondissement de Paris » (c’est l’un des surnoms-slogans de l’élégante station balnéaire de Deauville, fort connue pour son Festival du cinéma américain, ses courses hippiques, ses « planches »-promenade, etc.). Son épouse, Anne d’Ornano, lui succéda à l’hôtel de ville en 1977.

          Un esprit curieux demanda un jour à Michel d’Ornano pourquoi Rip (1884-1941) – chansonnier, revuiste, auteur de comédies musicales et dessinateur qui fut très coté ; à l’état civil : Georges-Gabriel Thenon – avait une rue à son nom à Deauville. Celui qui était alors le premier magistrat de la ville répondit avec finesse : « Il a tellement perdu au casino ici que la municipalité du temps a cru lui devoir une… plaque ! ».

27 juin 2014.

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Le « bourreau de mes thunes », version d’outre-Manche

L’écrivain et humoriste George Bernard Shaw, comme tous les contribuables britanniques, devait remplir une déclaration (non « des impôts », comme le disent couramment un certain nombre de personnes, mais de revenus). Le formulaire contenait entre autres la question suivante : « Partagez-vous vos revenus ? Avec qui ? ».

            Chaque année, Shaw répondait donc : « Oui : avec mon percepteur. »

(« Bourreau de mes thunes » est un calembour dû, sauf erreur, au chansonnier Jean Rigault, sur le sobriquet d’un des catcheurs qui, à l’époque, furent très médiatisés par des émissions télévisées sportivo-comiques  : le Bourreau de Béthune.)

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L’écrivain Oscar Wilde…

Un auteur, déçu par l’accueil très réservé que l’on… réservait à ses oeuvres (mais l’accueil était peut-être à la hauteur du « talent » de l’individu), s’en plaignit un jour à Oscar Wilde :

« On a sûrement organisé contre moi une conspiration du silence ! Que puis-je faire !?

–  … Entrer dans la conspiration ! »

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Mme de Sévigné…

La célèbre épistolière pouvait avoir la dent dure… Alors qu’on vantait devant elle l’esprit d’un homme… auquel elle-même ne portait pas beaucoup d’admiration, elle fit remarquer :

« Oh oui ! Il a certainement beaucoup d’esprit… puisqu’il en dépense si peu… »

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Talleyrand, encore et toujours…

Le « Diable boiteux » fit un jour convoquer un fournisseur militaire cossu… Mais on revint lui dire que ce dernier était parti « prendre les eaux ». Talleyrand laissa alors tomber :

« … Il faut donc qu’il prenne toujours quelque chose… »

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Georges Feydeau…

Le célèbre vaudevilliste fut imité, copié, pillé, par des auteurs qui se servaient sans pudeur des gags scéniques et des bons mots figurant dans ses pièces… Celles-ci étaient une vraie mine pour les médiocres à court d’idées. Un jour, un de ces plagiaires  –  qui était aussi un flatteur : cela va souvent de pair  – se confondit en compliments devant Feydeau :

 » Maître, votre théâtre est pour nous tous, la jeune génération, un enseignement très précieux… Heu… Une véritable école de…

–  … une école, oui : une école des… Mines… »

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La comédienne et cantatrice Sophie Arnould…

Actrice de la Comédie-Française, Mlle Beaumenard reçut d’un de ses admirateurs, un fermier général, une somptueuse rivière de diamants, qu’elle ne manqua pas d’exhiber très largement…  Comme une autre comédienne faisait remarquer que la rivière descendait très bas, au-delà du décolleté profond, Sophie Arnould s’exclama : « C’est qu’elle retourne à sa source ! »

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Talleyrand…

Lors d’une partie de cartes entre nobles, à Vienne, Talleyrand avait été « rincé » par le comte de Palfy, qui lui avait gagné, en une soirée, une somme colossale, suffisante pour faire construire et meubler un château…

Par délicatesse, et non par ironie, le comte en fit les honneurs au « Diable boiteux », en lui demandant ce qu’il en pensait. Mi-figue mi-raisin, Talleyrand marmonna : « Pas mal… Pas mal, pour un château… de cartes ! ».

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L’acteur François Périer…

Alors jeune élève du Conservatoire national d’art dramatique, il se fait reprendre sarcastiquement par son professeur Louis Jouvet : « Si Molière voit comment tu interprètes Dom Juan, il doit se retourner dans sa tombe ! ».

Sans se démonter, l’apprenti comédien réplique du tac au tac : « Comme vous l’avez joué avant moi, ça le remettra en place ! »

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L’épouse du maréchal de Boufflers…

Les combats, les amours, la bonne chère et la boisson ont tenu le maréchal de Boufflers très souvent loin du logis conjugal… Quand il décède, sa veuve ne semble pas des plus affligées, car, alors qu’on lui fait remarquer : « Le maréchal va sans doute beaucoup vous manquer », elle réplique : « Peut-être. Mais maintenant, au moins, je saurai où il passe ses nuits… »

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L’écrivain, auteur dramatique, Marcel Achard…

Peu confraternel à l’égard d’un « collègue », il l’exécute (à juste raison, peut-être) en répondant, à un ami qui lui demandait : « As-tu aimé sa pièce ? »« Non, pas beaucoup. Il faut dire que je l’ai vue dans de mauvaises conditions : le rideau était levé… ».

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L’homme d’Etat britannique Benjamin Disraeli…

William Gladstone et Benjamin Disraeli furent de farouches ennemis : ces deux hommes d’Etat furent sans cesse en concurrence pour le poste de Premier ministre du royaume. Leurs échanges verbaux étaient inspirés par la haine, et les propos constamment venimeux…

Un jour, Gladstone lança : « Vous, vous finirez pendu ou miné par une maladie vénérienne ! ».

Impavide, Disraeli répliqua : « Cela dépendra, cher ami, de qui j’aurai épousé : vos principes, ou votre maîtresse… ».