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Le mot du 6 juillet 2015

hyperbole

 

            Par pudeur, par souci d’atténuation  – peut-être par hypocrisie –, on a recours à l’euphémisme, à la litote, au demi-mot…   « Il est disparu récemment » pour il est mort ; « ils étaient un peu fatigués » pour ils étaient bien éméchés ; « il est malentendant » pour il est complètement sourd,  et le célèbre « je ne te hais point » de Chimène sont des exemples bien représentatifs de l’euphémisme et de la litote…  Dans  le  dernier  cas,  on  pourrait  également  parler d’antiphrase (cf. « Elle n’est pas chanceuse » pour elle rate tout ce qu’elle entreprend).

            Tout au contraire, certains utilisent l’hyperbole, qui vise à obtenir un effet par  l’exagération,  en  employant  des  formules  qui  vont  au-delà de la réalité : « J’ai une faim de loup », « J’ai des tonnes de lettres à écrire », « cette femme de quatre-vingts ans paraît en avoir le double ! »…  Lorsque l’hyperbole atteint ainsi des exagérations hors du raisonnable, on arrive à l’adynaton…

        L’hyperbole est parfois classée dans les « exagérations sérieuses » par opposition à l’adynaton ou « exagération burlesque, humoristique ».  L’emploi de l’hyperbole n’est pas toujours une heureuse idée… car elle peut aller jusqu’à déformer une information, entraîner des faux sens ou des contresens, et un journaliste professionnel devrait veiller à ne pas commettre d’impairs graves du fait de formulations maladroites.

            L’étape du 6 juillet du Tour de France cycliste a été marquée par une chute spectaculaire qui, fait exceptionnel, a conduit l’organisation à arrêter la course pendant une vingtaine de minutes, puis à la neutraliser sur quelques kilomètres pour permettre à chacun de pouvoir repartir au sein du peloton.  Presque à chacun : quatre coureurs ont dû abandonner, dont le troisième au classement général, le Néerlandais Tom Dumoulin. Un certain nombre d’autres sont repartis, mais, diminués, « sonnés »,  ont terminé l’étape en perdant de nombreuses minutes, tel le maillot jaune, le Suisse Fabien Cancellara, qui a ainsi perdu son trophée. On peut imaginer que plusieurs de ceux-là ne pourront pas prendre le départ mardi matin… C’est ce que quelques journalistes sportifs appellent « la glorieuse incertitude du sport », une formule qui me semble odieuse et où j’ai toujours vainement cherché ce qui pouvait être « glorieux » en l’occurrence.

         Pour en revenir aux hyperboles maladroites, le commentateur Thierry Adam en a utilisé une, fort malencontreuse, en disant à plusieurs reprises, au sujet de cette chute de coureurs, et des quatre cyclistes qui ont dû abandonner : « quatre ne se sont pas relevés ».  Quand vous prenez le reportage en cours, et quand vous entendez brutalement cette phrase, une seule signification – dramatique – s’impose : il y a eu quatre morts sur la route du Tour ! On peut imaginer l’effet, en particulier, sur des parents et amis de coureurs qui n’auraient pu entendre que des bribes du reportage !…

 

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