Archives de Tag: Tour de France

Le mot du 20 juillet 2015

priver

 

            Le chauvinisme n’est pas près de disparaître des propos de commentateurs et de journalistes sportifs… On ne reviendra pas sur les interminables interviews – « brosses à reluire » des compétiteurs français, quels que soient leurs résultats, avant et après leur participation à des épreuves de championnats d’Europe, du monde, de Jeux olympiques. Des interviews exagérément longuettes, répétitives, insipides, de peu d’intérêt, qui… privent les vrais amateurs de sport de voir ce qui se déroule, pendant ce temps,  sur le stade, sur le dojo, sur la route, dans la piscine…

            Le verbe priver revient constamment dans des commentaires, d’ailleurs, ces tout derniers jours, pour fustiger des sportifs étrangers qui ont eu le toupet, l’audace, le culot de battre leurs concurrents français… Et il s’agit notamment de ces sempiternels fils d’Albion, de ces perfides Britanniques.  Cela commence par les rumeurs concernant le cycliste Christopher Froome et son équipe, qui priveraient indûment leurs adversaires de victoire dans le Tour de France.  Mais les rumeurs peuvent relever de la jalousie, de la médisance ou de la calomnie…

           En demi-finale de la coupe Davis, les buveurs de thé ont… privé les Français d’une qualification en finale qui, paraît-il, leur était promise, quasiment due ! Plus honnêtement, d’autres commentateurs, d’autres journalistes, reconnaissent qu’Andy Murray est, actuellement, au-dessus du lot et a propulsé, en toute justice, son équipe en finale.

            Des  propos  dithyrambiques  ont  claironné la victoire historique (au moins !) des volleyeurs français, « royaux, impériaux », en Ligue mondiale de volley-ball. Il est vrai que les joueurs français ont eu un parcours exceptionnel qui s’est achevé par une victoire en finale sur les Serbes, trois sets à zéro, et il est tout à fait justifié de les féliciter sans réserve. Pour autant, on pourrait s’abstenir de dire qu’ils ont « survolé » le match, alors que le score des deux dernières manches a été de 25-21 et 25-23…

            Mais  –  chassez le naturel, il revient au galop – ne voilà-t-il pas qu’un vieux Britannique de trente-huit ans, un certain Stephen Cummings, a « privé » (vous sentez bien la réprobation ?) un Français, soit Romain Bardet, soit Thibaut Pinot, d’une victoire à portée de roue dans la quatorzième étape du Tour.  Heureusement, un certain nombre de commentateurs se montrent plus sportifs en rapportant que ce coureur chevronné a profité de la sottise de ses deux concurrents, qui, seuls en tête, à force de trop s’observer tels des pistards disputant un sprint, l’ont laissé revenir sur eux et les devancer en cinq sec.

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La citation du jour :

 

            « On s’attire la haine en faisant le bien comme en faisant le mal. » (Machiavel.)

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Le mot du 6 juillet 2015

hyperbole

 

            Par pudeur, par souci d’atténuation  – peut-être par hypocrisie –, on a recours à l’euphémisme, à la litote, au demi-mot…   « Il est disparu récemment » pour il est mort ; « ils étaient un peu fatigués » pour ils étaient bien éméchés ; « il est malentendant » pour il est complètement sourd,  et le célèbre « je ne te hais point » de Chimène sont des exemples bien représentatifs de l’euphémisme et de la litote…  Dans  le  dernier  cas,  on  pourrait  également  parler d’antiphrase (cf. « Elle n’est pas chanceuse » pour elle rate tout ce qu’elle entreprend).

            Tout au contraire, certains utilisent l’hyperbole, qui vise à obtenir un effet par  l’exagération,  en  employant  des  formules  qui  vont  au-delà de la réalité : « J’ai une faim de loup », « J’ai des tonnes de lettres à écrire », « cette femme de quatre-vingts ans paraît en avoir le double ! »…  Lorsque l’hyperbole atteint ainsi des exagérations hors du raisonnable, on arrive à l’adynaton…

        L’hyperbole est parfois classée dans les « exagérations sérieuses » par opposition à l’adynaton ou « exagération burlesque, humoristique ».  L’emploi de l’hyperbole n’est pas toujours une heureuse idée… car elle peut aller jusqu’à déformer une information, entraîner des faux sens ou des contresens, et un journaliste professionnel devrait veiller à ne pas commettre d’impairs graves du fait de formulations maladroites.

            L’étape du 6 juillet du Tour de France cycliste a été marquée par une chute spectaculaire qui, fait exceptionnel, a conduit l’organisation à arrêter la course pendant une vingtaine de minutes, puis à la neutraliser sur quelques kilomètres pour permettre à chacun de pouvoir repartir au sein du peloton.  Presque à chacun : quatre coureurs ont dû abandonner, dont le troisième au classement général, le Néerlandais Tom Dumoulin. Un certain nombre d’autres sont repartis, mais, diminués, « sonnés »,  ont terminé l’étape en perdant de nombreuses minutes, tel le maillot jaune, le Suisse Fabien Cancellara, qui a ainsi perdu son trophée. On peut imaginer que plusieurs de ceux-là ne pourront pas prendre le départ mardi matin… C’est ce que quelques journalistes sportifs appellent « la glorieuse incertitude du sport », une formule qui me semble odieuse et où j’ai toujours vainement cherché ce qui pouvait être « glorieux » en l’occurrence.

         Pour en revenir aux hyperboles maladroites, le commentateur Thierry Adam en a utilisé une, fort malencontreuse, en disant à plusieurs reprises, au sujet de cette chute de coureurs, et des quatre cyclistes qui ont dû abandonner : « quatre ne se sont pas relevés ».  Quand vous prenez le reportage en cours, et quand vous entendez brutalement cette phrase, une seule signification – dramatique – s’impose : il y a eu quatre morts sur la route du Tour ! On peut imaginer l’effet, en particulier, sur des parents et amis de coureurs qui n’auraient pu entendre que des bribes du reportage !…

 

Le mot du 18 juin 2015

rétropédalage

 

            Les commentateurs font ces jours-ci de Mme Ségolène Royal la reine du rétropédalage… Puisque le terme appartient, en premier, au domaine du cyclisme, on pourrait dire de la ministre de l’Écologie qu’elle en est la « petite reine » ! Je précise, pour les Béotiens en cyclisme, que « petite reine » désigne depuis plusieurs décennies la bicyclette des coureurs, en raison du succès énorme remporté par les courses cyclistes, l’essor des grandes classiques et des compétitions par étapes au XXe siècle.

            Mme Royal, face aux vives réactions suscitées en Italie par ce que certains appellent sa « Nutellaphobie » (la ministre a accusé le Nutella, produit de la marque italienne Ferrero, de contribuer gravement à la déforestation en raison de son recours massif à l’huile de palme), et alors que les relations entre Rome et Paris sont déjà tendues à cause du problème des migrants bloqués entre Vintimille et Menton, a décidé de faire un pas en arrière, de pratiquer le rétropédalage en présentant ses excuses…

         Pour autant, il semble injuste de faire de Mme Royal la personnification de l’amateurisme en politique, la princesse de l’abandon, l’impératrice de la pirouette, la Palme d’or de la reculade. Depuis des lustres, un grand nombre de politiciens, toutes opinions confondues,  ont pour  démarche « un pas en avant, deux pas en arrière ». Soit parce qu’ils avaient soutenu des dossiers mal préparés, soit parce qu’ils avaient volontairement avancé de pseudo-propositions afin de tester l’opinion publique et de se calquer ensuite sur le sentiment de la majorité. Les reculades découlent aussi, et le plus souvent, de la peur devant les réactions des innombrables groupes de pression et groupes d’intérêt alors que les politiciens sont, dans ce pays, quasiment tout le temps dépendants des multiples campagnes électorales.

        Au sens propre, le rétropédalage (en un seul mot, sans trait d’union) est un système de  freinage sur vélo inventé par l’Allemand Ernst Sachs en 1903 : l’année de la création du Tour de France !  C’est, plus simplement, le fait de pédaler dans le sens contraire au sens normal…

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La question du jour :

« Faut-il dire : « infesté de… » ou « infesté par… » ?

            Les deux constructions sont licites. On dit : « La capitale de ce pays est infestée d’espions… » et aussi : « Cet immeuble est infesté par les cafards ».

La citation du jour :

            « La bravoure procède du sang, le courage vient de la pensée. » (Napoléon Bonaparte.)

 

 

 

 

 

 

Le mot du 13 juillet 2014

galopin

           À la veille du 14-Juillet, comme les choses sont bien faites, c’est un coureur français qui se retrouve maillot jaune du Tour de France : gloire, donc, à Tony Gallopin, de l’équipe Lotto-Belisol ! Et, s’agissant alors d’un garçon… de courses, l’occasion était trop belle : parlons donc du substantif galopin (avec un p), dont la première acception fut celle de « jeune garçon chargé de faire les courses »…

            Ce mot découle du verbe galoper : il faut probablement y voir un surnom familier donné aux personnes, surtout des jeunes garçons, chargées de faire des commissions ; en particulier de porter ou d’aller chercher des messages…

            Un sens dérivé a été celui de « petit marmiton », de « gamin servant dans les cuisines », qu’il conviendrait peut-être d’affiner en « jeune garçon chargé de livrer, de porter, des plats »…

            La signification la plus populaire, la plus vivante, est, comme on le sait : « garçon effronté, mal élevé, qui court les rues, qui traîne dans la rue », avec d’abord un sens péjoratif assez fort, qui s’est atténué dans l’usage jusqu’à devenir un synonyme de « chenapan, garnement, titi, polisson, gamin espiègle… ». Si traiter quelqu’un de galopin fut quasiment une insulte, de nos jours c’est à peine une apostrophe réprobatrice, plutôt même une appellation affectueuse.

            Le féminin – galopine – est quasiment inusité, et il faut chercher dans des textes d’hier pour trouver quelques emplois : « Désirée, une galopine de quinze ans » (Joris-Karl Huysmans, les Sœurs Vatard).

            On peut s’étonner de trouver, dans des textes du domaine historique, notamment portant sur les XVIIIe et XIXe siècles, et, cela, au sein de plusieurs armées, le mot galopin semblant désigner un grade assez élevé. En fait, le vocable s’est répandu – n’oublions pas qu’à l’époque la langue française, reflet de la puissance politique, intellectuelle, économique, diplomatique du pays, était parlée par l’élite européenne – au sens d’aide de camp, d’estafette, donc désignant des militaires jouant un rôle important auprès des états-majors.

            Autre sens de galopin, un peu moins vieilli que certains lexicographes (qui ne doivent pas souvent aller, par exemple, dans les Pays de la Loire) ne le prétendent : « petit verre de vin », et, plus usité, « petite chope de bière ». Dans certaines régions, « galopin de bière » est d’ailleurs quasiment un pléonasme.

            La dernière signification découle probablement (?) du fait qu’il s’agit d’un petit verre, d’un contenant de faible capacité, d’un verre « gamin », juste bon pour de jeunes garçons. Des [verres à / de] galopins… Ou peut-être faut-il y voir un « p’tit verre » rapidement « éclusé » par des garçons de courses censés être pressés et faire rapidement leur tâche ?… Dans ce cas, à l’origine, ce serait aussi des « [verres de] galopins ».

Le mot du 5 juillet 2014

sprint

            « Et, à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent ! » Il est trop tôt pour savoir si la Mannschaft (tout bêtement, en allemand : « l’équipe » ; ici, le mot étant le surnom de l’équipe nationale allemande : « l’Équipe ») va remporter l’édition 2014 de la Coupe du monde de football. Rappelons que cette épreuve fut créée à l’initiative d’un Français, Jules Rimet, qui fut durant de longues années président de la Fédération française de football, et président de la Fédération internationale de football association. Ancien combattant de 1914-1918, dès les années 1920 il voulut faire du football un outil au service de la paix, notamment par l’organisation d’une Coupe du monde. La première édition, en 1930, disputée en Uruguay par treize équipes, vit la victoire de… l’Uruguay.

           On pourrait ajouter, en ce 5 juillet : « Au début, ce sont les Allemands qui gagnent ! ». C’est en effet un cycliste d’outre-Rhin, au prénom bien français, Marcel Kittel, qui a gagné la première étape de la Grande Boucle 2014, en Grande-Bretagne, plus précisément en Angleterre, dans le Yorkshire. Cela à l’issue de cet effort bref et intense que l’on désigne par un mot… anglais depuis longtemps intégré à la langue française : un sprint !

            C’est dans les années 1860 que le terme apparaît en France, au sens de « bref et intense effort de pleine vitesse fourni au cours d’une épreuve sportive », notamment à proximité de l’arrivée.

            Le verbe sprinter (de l’anglais to sprint, « sauter, s’élancer ») s’est intégré au français depuis le début du XXe siècle via des journaux comme l’Auto. (Si le maillot du premier du Tour au classement général est jaune, c’est par référence à la couleur des pages de ce journal, dont le rédacteur en chef, Henri Desgrange, créa le Tour de France cycliste.) Une des bibles des amateurs de sport fut durant plusieurs décennies Miroir Sprint, un journal attaché à la figure de son directeur Maurice Vidal et à celle du fameux dessinateur Pellos (bien connu, par ailleurs, comme illustrateur des aventures des Pieds-Nickelés*). Prenant le sous-titre de Miroir du Tour pendant que se déroulait la Grande Boucle, et célèbre pour ses pages vertes, bleues, ou bistre ou sépia, et ses très nombreuses photos, Miroir Sprint atteignit des tirages remarquables dans les années 1950-1960 : de l’ordre de 400 000 exemplaires.

*  Ou : Pieds Nickelés, sans trait d’union. Les auteurs et éditeurs n’ont pas suivi une unique graphie. Rappelons qu’ « avoir les pieds nickelés », en argot de naguère, signifiait : « être paresseux », « ne rien faire, comme si l’on avait les pieds rivés au sol » !