Archives de Tag: Ukraine

Le mot du 19 février 2015

Minsk

            Les « accords de Minsk », censés établir un cessez-le-feu entre les Ukrainiens   fidèles   à  Kiev  et  les  Ukrainiens  russophones  partisans  d’une       « indépendance », d’une autonomie, de la région de Donetsk (dans un premier temps, pour commencer… ?), suscitent pour l’instant plus de doutes que d’espoir. Le prétendu cessez-le-feu n’a pas été parfaitement respecté, et les Ukrainiens ont dû abandonner aux indépendantistes, dans une période de très relative accalmie des combats, l’important nœud ferroviaire de Debaltseve.

           Il faut rappeler tant aux naïfs qu’à ceux qui ne maîtrisent pas le vocabulaire (ce qui est grave, en l’occurrence), qu’un armistice, même a priori sincère, qu’un cessez-le-feu n’est aucunement un traité de paix : c’est seulement une suspension des combats, de durée aléatoire…

           Ces « accords de Minsk », qui ne laisseront peut-être pas un grand souvenir dans l’Histoire, ont été précédés il y a quelque vingt-cinq ans par un traité également associé au nom de la capitale de la Biélorussie. En octobre 1991, Boris Eltsine (président de la République de Russie), Stanislaw Chouchkievich (président de la République de Biélorussie) et Leonid Kravtchouck (président de la  République  d’Ukraine)  signaient  dans  la forêt de Belovej, près de Minsk, le « traité de Minsk »*, ou « accords de Belaveja ». Ces accords créaient la Communauté des États indépendants (CEI) ; quinze jours plus tard, huit autres anciennes républiques soviétiques rejoignaient la CEI.

            La Biélorussie, ou Belarus si l’on n’adopte pas le nom français mais russe, fut autrefois (du XVIe siècle jusqu’à 1917) dénommée « Russie blanche ». L’élément biélo- correspond à « blanc », mais personne ne sait quelle en est l’origine exacte. Trois hypothèses s’affrontent : a) allusion à la couleur à dominante blanche du costume national ; b) allusion à la synonymie de blanc et de libre, les Biélorusses ayant toujours refusé de payer un tribut aux Tatars ; c) allusion au sable blanc qui couvre une partie du pays.

            L’étymologie de Minsk, en comparaison, serait d’une simplicité aussi décevante que sont actuellement décevants les accords Poutine-Merkel-Hollande-Porochenko. Qu’on en juge : le nom de Minsk  serait formé d’un nom de rivière, « Men », auquel serait associé le suffixe -sk, propre à des noms de villes.

 *  En 2013, le comité exécutif de la CEI (dont le siège est à Minsk)  faisait savoir que le document original de ce traité était… introuvable !

 

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Dictée de Sèvres (Hauts-de-Seine), samedi 7 mars 2015, à 14 heures, au Centre international d’études pédagogiques, 1, avenue Léon-Journault.  –  Inscriptions et renseignements : 06 07 59 17 08 ou jp.colignon@orange.fr.

Dictée – jeux autour de la langue française – vin d’honneur – nombreux prix.

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Le mot du 3 juillet 2014

sniper

 

            Les médias du jour ont recours au mot snipers pour désigner les avocats et les proches de Nicolas Sarkozy qui ont commencé à décocher non de simples flèches, mais un tir nourri d’accusations sur les deux juges d’instruction parisiennes qui ont mis en examen l’ancien chef de l’État pour « corruption active », « trafic d’influence » et « recel de violation du secret professionnel ».

            Mmes Patricia Simon et Claire Thépaut doivent, depuis quelques heures, faire face à une campagne violente, virulente. Surtout l’une d’entre elles, dont l’impartialité est mise en doute ouvertement par certains « porte-flingues » sarkozystes en raison de son appartenance à un syndicat de magistrats (ce qui est bien son droit)… M. Alain Juppé s’est montré très réservé sur ces attaques visant la magistrature. Au fil des jours, on devrait savoir si les snipers en question ont usé de la calomnie, si les juges ont commis ou non des erreurs de procédure, si les délits reprochés à l’ex-locataire de l’Élysée sont avérés ou non, etc.

            L’anglicisme sniper (prononcer : « snaïpeur » ; to snip, « couper »), très utilisé dans les commentaires portant sur les nombreux conflits qui endeuillent la planète : Irak, Ukraine, Syrie, Libye…, est presque constamment employé avec l’acception manifeste de « tireur d’élite ». Ce qui est une ânerie ! Quand une guerre civile, quand des affrontements communautaires, se déclenchent, les civils de tous âges se muant en tirailleurs ne sont pas équipés d’armes mortelles… dernier cri. Au début, en tout cas, les tromblons, les pétoires et les escopettes ne sont pas rares, maniés par des individus certes très motivés mais non entraînés. Ces hommes, voire ces femmes, aussi, vont se conduire en francs-tireurs, en tireurs embusqués, en tireurs isolés, en « canardiers »… mais sans devenir, par un coup de baguette magique, des tireurs d’élite faisant mouche à chaque fois. Et leur remettre de but en blanc des fusils perfectionnés ne modifiera pas beaucoup, s’il n’y a pas d’entraînement, la précision de leurs tirs…

           Dans l’armée, les tireurs d’élite, ou tireurs de précision, sont des militaires sélectionnés pour leurs capacités mais intégrés au sein d’unités d’infanterie, et pouvant mener, groupés en section par exemple, des opérations destinées à l’élimination d’ennemis par le tir à grande distance. On les appelle assez couramment snipers, mais, toujours au sein des armées, le terme de snipers est plutôt réservé à des tireurs d’élite envoyés à deux ou à trois, voire isolément, afin d’effectuer, comme tireurs embusqués (c’est l’équivalent en français, ici), comme combattants camouflés, des tirs d’élimination à longue distance visant à tuer des personnages importants de l’organisation ennemie (officiers, radios, estafettes…).