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Le mot du 22 novembre 2014

huée

         MM. Hollande et Juppé ont eu droit au même traitement samedi 22 novembre 2014 : l’un à Lille, en arrivant au restaurant pour y déjeuner avec Mme Martine Aubry ; l’autre en son fief pourtant, à Bordeaux, lors du meeting de l’UMP, dans un lieu appelé le Hangar 14, sur les quais. Tous deux ont été sifflés, hués… La part de la spontanéité est contestable,  surtout dans le second cas.

            Huée est un vieux mot, et l’acception de « cri, vocifération, marquant la désapprobation, l’hostilité » remonte à plusieurs siècles. À l’origine, il y a eu… hu, « bruit, clameur confuse », d’où huée, tout d’abord terme employé dans le domaine de la chasse, pour désigner les cris poussés par des chasseurs (voire par des pêcheurs !) levant, rabattant, poursuivant un gibier. Avec des intentions contradictoires : il s’agissait soit de faire apparaître et déguerpir les bêtes ; soit de les figer, de frayeur, en un lieu circonscrit. L’objectif, de toute façon, étant de les capturer ou de les tuer.

            L’emploi au singulier, au sens de « clameur générale », est quasiment sorti de l’usage, et chacun utilise aujourd’hui le pluriel : être accueilli par des huées, sortir sous les huées de l’assistance.

            Maurice Genevoix, qui maîtrisait bien, entre autres, le vocabulaire des régions, de la terre et des forêts, de la faune, a employé huée avec l’acception de « cri des oiseaux nocturnes » : « Ce sont […] des huards, aussi virtuoses dans la plongée que dans la huée » (Route de l’aventure). Cela rejoint les hululements, ou ululements – venus de hurlement – des oiseaux rapaces nocturnes…

            C’est du même hu mentionné plus haut qu’est venu le mot invariable hue !,  cri poussé par les charretiers pour faire avancer un cheval… ou que l’on emploie à l’égard d’individus afin de les encourager. Ainsi le caporal mentionné par Henri Barbusse dans son chef-d’œuvre témoignage sur la guerre de 1914-1918, le Feu : « « Tout le monde y est ? Hue ! », dit le caporal. »

            Les personnes huées trouvent-elles dans ces manifestations d’hostilité un surcroît d’énergie, de combativité, proportionnel à l’intensité des sifflets ?…

 

 

 

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Le mot du 28 mai 2014

Cessez-le-feu

          « L’heure est au cessez-le-feu, puisque je pars », aurait notamment déclaré, selon ses proches, M. Jean-François Copé, mercredi 28 mai, lors d’un comité politique élargi de l’UMP, qui sera donc une des dernières réunions où il sera intervenu en tant que président de ce parti… En tout cas, avant le 15 juin, date officielle de son retrait de cette fonction.

          Cessez-le-feu est un nom composé, avec deux traits d’union, qui est évidemment invariable puisque forgé sur la phrase impérative « Cessez le feu ! ». Les synonymes les plus proches sont : armistice, suspension des hostilités, trêve, pause, arrêt des hostilités. L’étude de ces synonymes (ou « mots de sens voisin ») comme les définitions passablement floues figurant dans les dictionnaires aux mots armistice et cessez-le-feu permettent aux utilisateurs de ces vocables, aussi bien qu’aux commentateurs, de jongler et de gloser à loisir sur la signification précise à accorder à ces termes.

          Il n’est nul besoin d’être doté d’un esprit attique, acéré, aiguisé, très fin, pour se persuader que chacun utilise, ou comprend, cessez-le-feu sous l’acception qui l’arrange : suspension provisoire, ou définitive, des hostilités. En bien des circonstances de l’Histoire, ce n’est pas sur l’instant présent que la vérité s’affirme.