Archives de Tag: Valls II

Le mot du 23 octobre 2014

chipoterie

            Pour parler comme le préposé aux chroniques de jardinage sur France Inter : Alain Baraton, qui raffole de cet adjectif, Mme Marisol Touraine a utilisé un mot « délicieux » alors qu’elle était interviewée sur France 3 à l’occasion, mercredi 22, d’une retransmission des « questions au gouvernement », en direct de l’Assemblée nationale.

            Chaque épisode de ce que j’ai, personnellement, du mal à appeler une « émission » (contrairement à France Télévisions) débute par quelques minutes d’interview politique d’un(e) élu(e) ou d’un(e) ministre, à qui succède environ une heure de retransmission des questions des partis politiques et des réponses du gouvernement.

            La ministre de la Santé, des Affaires sociales et des Droits des femmes du ministère Valls II, répondant à une question sur les divergences entre socialistes, principalement sur la politique socio-économique, a recouru à l’atténuation, à l’euphémisme, en utilisant le mot inusité, mais licite, de chipoteries.

            « Le système constitutionnel [..], c’est le gouvernement du juste-milieu, de la médiocrité, des chipoteries » (Balzac, Petites misères de la vie conjugale). » Par chipoterie, on a désigné – on peut encore désigner – une discussion, voire une dispute, sur des vétilles. Une chicane ou chicanerie mesquine et inutile…

            N’en déplaise à Mme Touraine, les contestations formulées de plus en plus vivement par ceux qu’on a pris l’habitude, dans les médias, d’appeler les « frondeurs » ne relèvent pas du domaine des futilités, des broutilles, des points de détail, mais bien des questions de fond et non de « chipoteries ». Mais il n’est pas question de faire injure à la ministre en lui attribuant une certaine méconnaissance du vocabulaire : on est ici dans la pirouette politicienne, dans l’exténuation au sens rhétorique, c’est-à-dire dans la langue de bois version amoindrissement, version litote.

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Le mot du 30 août 2014

ministre

          Mini-remaniement ministériel pour d’aucuns si l’on considère le nombre de changements de personnes, ou bien « tsunami » politique pour d’autres, le remplacement du cabinet Valls I par un ministère Valls II a évidemment fait l’actualité. Pour nombre de Français, le gouvernement, compte tenu de la présence de quelque quinze secrétaires d’État, reste une « armée mexicaine ». Par sarcasme, des auteurs, des journaux satiriques, appellent « sous-ministres », voire, plus désobligeant encore, « ministricules », ces secrétaires d’État.

           Issu du latin minister, le mot ministre devrait inciter à la modestie les titulaires d’un maroquin (… attention ! ne pas écrire « marocain » ! penser à maroquinerie). Opposé à magister – qui a donné maître –, minister correspond à « serviteur, domestique ». Un « ministre du culte » est un religieux, un serviteur de Dieu ; un(e) ministre est une personne qui doit administrer les affaires publiques pour le bien du peuple, pour le bien public, en étant AU SERVICE de la population.

          Le neutre étant exprimé, en français, par le masculin, l’usage classique était de dire « madame LE ministre », en ne tenant compte que de la fonction. Une évolution qui ne fait toujours pas l’unanimité a rendu épicène (= des deux genres) le mot ministre. « La ministre » est donc entré dans le langage, d’autant plus aisément qu’il n’y avait pas à chercher à créer un féminin…

        « Armée mexicaine » est une locution née par référence au Mexique des révolutionnaires Pancho Villa et Emiliano Zapata, et à leur armée de paysans caractérisée par le surnombre d’  « officiers » eu égard aux effectifs des combattants. Cette pléthore de « chefs » et de « sous-chefs » aboutit inéluctablement, quel que soit le contexte, à des ordres et contrordres, à des rivalités, donc à la désorganisation, à de nombreux dysfonctionnements… À l’inefficacité.