Archives de Tag: Victor Hugo

Le mot du 6 octobre 2016 (4)

La citation du jour

 

            « L’homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d’accomplir son devoir tout entier. »

                                                                                   (Victor Hugo.)

 

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Le mot du 19 juin 2016 (3)

Le petit conseil d’écriture du jour

 

Les rencontres de syllabes sont à surveiller sous le rapport de l’euphonie…  En vers, les monosyllabes peuvent produire des effets intéressants en écho :

Souvent fille d’Autriche

Triche

Quand l’hymen  lui donne un barbon

Bon /

(Victor Hugo)

Ou encore :

 

On voit des commis

Mis

Comme des princes

Et qui sont venus

Nus

De leurs provinces.

(Panard.)

 

Mais ces rencontres syllabiques sont à éviter en prose, dans des articles de presse comme dans des romans. Par exemple : « un ami misanthrope », ou encore « là où la violence sévit » (laoula  fait penser au chant tyrolien ioulé !).  Le lecteur retiendra surtout une maladresse, et non une « figure de style » enrichissante.

Le « mur murant Paris rend Paris murmurant » est certes d’un bel effet, recherché, voulu et significatif, mais doit rester ce qu’il est : une création de l’esprit satirique utilisant une ressource exceptionnelle de la langue.

 

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Le mot du 10 février 2016

L’articulet « dico » du jour  +  la citation du jour  +  le proverbe du jour  +  le mot d’esprit du jour

 

L’articulet « dico » du jour

planisphère  n. m.  

            Ce mot est, avec hémisphère, le seul composé de sphère qui soit masculin.

Comme mappemonde, ce nom désigne une CARTE PLANE (de la terre ou du ciel), contrairement au globe terrestre.

 

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La citation du jour

            « L’eau qui ne court pas fait un marais ; l’esprit qui ne travaille pas fait un sot. » (Victor Hugo.)

 

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Le proverbe du jour

            « Il ne faut pas clocher devant les boiteux. » (= Il ne faut pas se mêler d’un métier devant des gens qui en savent plus que vous.)

 

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Le mot d’esprit du jour

Le journaliste boulevardier Aurélien Scholl (1833-1902) fut un des plus brillants esprits parisiens. Considérant Sarah Bernhardt à ses débuts, alors que la comédienne était très maigre, il commenta : « C’est un beau brin de… fil ! ».

Le mot du 6 février 2016

La question du jour  +  l’articulet « dico » du jour  +  la citation du jour  +  le proverbe du jour

Samedi 6 février 2016

 

La question du jour

            « Est-il correct de dire : « Le soir, le quartier est désertique » ? »

Non. Même en montrant un esprit ouvert à l’extension de l’emploi des mots, on ne peut pas ratifier sans réserve cette formulation. C’est l’adjectif désert(e) qui convient ici : des villages déserts, un quartier désert, une rue déserte = qui sont vides, dépeuplés, inhabités, désertés… Désertique doit être cantonné à d’autres emplois, où il est directement fait allusion au désert proprement dit, à des choses présentant des caractéristiques du désert : des zones désertiques, un climat désertique, des plantes désertiques…

 

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L’articulet « dico » du jour

encore adv.

Il ne faut pas croire que l’on se trouve forcément devant une faute d’orthographe quand, en poésie, on trouve : encor.

En poésie classico-romantique, on omet parfois, en effet, et c’est une licence littéraire admise, l’e final, soit en bout de vers, pour obtenir une rime masculine :

Âme des chevaliers, revenez-vous encor ?

                              Est-ce vous qui parlez avec la voix du cor ?

(Alfred de Vigny, « Le cor ».)

soit à l’intérieur du vers, pour que celui-ci ait le nombre de pieds recherché ; par exemple, dans Baudelaire (les Épaves, XXII, « À propos d’un importun », poème en octosyllabes) :

                              –  Qu’il n’avait pas encor voiture,

                              Mais que cela viendrait bientôt.

 

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La citation du jour

            « Il y a deux espèces de sots : ceux qui ne doutent de rien, et ceux qui doutent de tout. Les premiers sont dangereux, car ils se chargent de tout. Les autres ne le sont pas, car ils n’encouragent personne à les charger de quelque chose. » (Le prince de Ligne.)

 

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Le proverbe du jour

            « Choisis bien tes mots, car ce sont eux qui créent le monde qui t’entoure. »

 

Le mot du 7 décembre 2015

La question du jour  +  l’articulet « dico » du jour + la citation du jour  +  le proverbe du jour

Lundi 7 décembre 2015

 

La question du jour

            « Peut-on utiliser un féminin de jockey ?… »

            Des familiers de Longchamp, Deauville, etc., utilisent parfois « jockette », mais ce terme appartient au jargon des courses, à l’argot du turf… À mettre entre guillemets, et à ne pas utiliser dans des textes où seule la langue classique serait admise.

 

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L’articulet « dico » du jour

jordonner   v. intr.

            Ce verbe d’emploi rare (Victor Hugo, dans les Misérables : « La femme […] rédige les baux, dicte les contrats, se sent souveraine, vend, achète, règle, jordonne, promet et compromet, […] » signifie : « commander à son entourage, à sa famille », « vouloir tout contrôler »…

            Il s’écrit en un seul mot, bien que dérivant d’un nom propre / surnom en deux mots : « C’est une Madame J’ordonne ! », « le chef de la maisonnée était un Monsieur J’ordonne petit-bourgeois »… (pas de majuscule à ordonne).

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La citation du jour

            « Il en est des défauts comme des phares d’une automobile : seuls ceux des autres nous aveuglent. »  (Maurice Druon.)

 

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Le proverbe du jour

            « Un menteur est toujours prodigue de serments. »

Le mot du 21 novembre 2015

Question du jour + articulet « dico » du jour

Samedi 21 novembre 2015

 

La question du jour

      « Faut-il écrire : « muscat de Hambourg, Alphonse Lavallée », « Alphonse Lavallée, muscat de Hambourg », « muscat alphonse-lavallée », « Alphonse-Lavallée » ??… »

      Question ardue !… Je ne suis pas omniscient, et le choix de l’orthotypographie découle à la fois du raisonnement et de la logique… et des connaissances en tout domaine. « Muscat de Hambourg » et « (muscat) Alphonse Lavallée » sont-ils des synonymes, ou bien le « Alphonse Lavallée » n’est-il qu’un des muscats (?) dits « de Hambourg » ?

            Manifestement, il s’agit du nom d’une variété de raisin de table et non de celui d’un vin. Alors, a priori, et avant de procéder à des recherches peut-être fort longues, je crois que le mieux est d’écrire : muscat de Hambourg Alphonse Lavallée, ou, peut-être : muscat Alphonse Lavallée, pour les raisons mentionnées  ci-dessus.  Aux  yeux  de  viticulteurs  et  d’œnologues,    peut-être « muscat Alphonse Lavallée » est-il encore un pléonasme ?? Mais, dans ce cas, ce pléonasme ne choquera qu’une poignée de personnes alors qu’il sera informatif pour la quasi-totalité des lecteurs ou des auditeurs.

            Donc, je préconise : muscat de Hambourg Alphonse Lavallée, comme on écrirait  :  des roses Alphonse Lavallée. Il est inutile de recourir aux guillemets : « muscat de Hambourg « Alphonse Lavallée » ». Je suppose que les spécialistes doivent couramment dire : « le Alphonse Lavallée », « du Alphonse Lavallée »… Encore une fois, a priori, je crois qu’il est mieux de garder les deux capitales.

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L’articulet « dico » du jour

ignivome  adj. et n.

            Littéralement : « qui vomit du feu » (du bas latin ignovimus, « qui lance le feu »). Le terme n’est quasiment employé qu’au masculin, et au sujet des volcans (« ce volcan apparaissait empanaché de fumée et de flammes, au-dessus de petits monticules ignivomes », Jules Verne, les Enfants du capitaine Grant) et des… dragons (« Les compagnes de Proserpine s’efforcent d’arrêter un char attelé de deux dragons ailés et ignivomes », Victor Hugo, le Rhin).

            Toutefois, rien n’interdit de l’employer au féminin : pourquoi critiquerait-on un auteur qui parlerait de « calderas ignivomes », de sorcières ignivomes » ou d’ « artillerie ignivome » ?…

            Le mot est parfois substantivé, toujours à propos de dragons cracheurs de feu, semble-t-il : « Ils [ = les dieux] ont fait avouer les sphinx, […] éteint les ignivomes » (Victor Hugo, la Légende des siècles). Encore une fois, un carcan abusif ne saurait empêcher d’employer le terme pour désigner des volcans, des monstres de science-fiction, etc.

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Le mot du 7 août 2015

articulet lexicographique

Vendredi 7 août 2015

     Devançant éventuellement des questions d’internautes, j’ajouterai de temps à autre aux textes publiés une petite chronique, un articulet ramassé, concis, style dictionnaire usuel. Premier de cette nouvelle série : maint(e).

 

maint(e) : adjectif indéfini et pronom indéfini

            D’emploi généralement considéré comme littéraire, maint(e) est surtout utilisé au pluriel, au sens de « [de] nombreux(-ses) » : maints auteurs ont traité le sujet ; maintes aventures les attendaient ; rencontrer maintes difficultés ; faire maints détours

            Toujours le plus souvent au pluriel, l’adjectif indéfini figure dans quelques expressions : à maintes reprises, en maintes occasions, maintes fois

           Cependant, l’emploi au singulier, qui a assurément vieilli,  demeure correct, notamment aux yeux de ceux qui s’appuient sur des références littéraires, souvent en poésie :

            Et du Premier consul, déjà, par maint endroit,

            Le front de l’Empereur brisait le masque étroit.

                                                                       (Victor Hugo, les Feuilles d’automne, I.)

 

L’usage comme pronom indéfini (pluriel) est licite, mais rare et littéraire : On observe chez maints de ces artistes une tendance à la misanthropie

 

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Le mot du 20 janvier 2015

filousophe

            Un correspondant nous interroge sur la signification précise à accorder à filousophe, mot capté récemment sur une radio…

            Ce mot-valise a été créé par Victor Hugo, dans les Misérables, pour qualifier l’ignoble Thénardier, aubergiste fort peu scrupuleux, mais non dénué de prétention intellectuelle : « Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui avait l’air malade, et qui se portait à merveille ; sa fourberie commençait là. Il souriait habituellement par précaution, et était poli à peu près avec tout le monde, même avec le mendiant auquel il refusait un liard. Il avait le regard d’une fouine et la mine d’un homme de lettres. […] Il avait des prétentions à la littérature et au matérialisme. Il y avait des noms qu’il prononçait souvent, pour appuyer les choses quelconques qu’il disait, Voltaire, Raynal, Parny, et, chose bizarre, saint Augustin. Il affirmait avoir un « système ». Du reste fort escroc. Un filousophe. »

      Ce terme qui n’a pas fait trop école désigne donc, quelle que soit sa profession, un aigrefin pédant, un carambouilleur porté à enrober sa malfaisance d’une idéologie qui l’excuserait. Entre autres, mais pas uniquement, donc, un soi-disant philosophe porté sur le fla-fla, l’esbroufe, la fumisterie.

            Ce mot est formé du substantif filou, quasi-paronyme des deux premières syllabes de philosophe,  et de la finale –sophe, directement issue du grec sophia, « sagesse », et empruntée à ce dernier vocable. Filou est un mot que l’on trouve dès le XVIe siècle dans le parler de l’Ouest, au sens de « fileur de laine ». D’où, via « tirer  sur   la  ficelle »,   « tirer  sur  la  corde »,   « appâter  en  tirant sur le fil », « emberlificoter », l’acception de « voler avec ruse et adresse ». Au féminin, on trouve aussi bien filou que filoute, comme nom ou comme adjectif : « Elle est filou(te), cette gamine ! », « Quelle filoute ! ».

            Le personnage de Thénardier a été notamment interprété, au cinéma, par le regretté Bourvil, dans le film de Jean-Paul Le Chanois (1958). Dans la très bonne version de Raymond Bernard sortie en 1934, l’ignoble couple Thénardier se composait de Charles Dullin et de Marguerite Moreno. Harry Baur y était Jean Valjean ; Charles Vanel, Javert.

      Obnubilés par le souci de faire court, les lexicographes de certains dictionnaires induisent en erreur leurs lecteurs en donnant, à l’article calembour, l’exemple suivant : « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole (Victor Hugo) ». C’est-à-dire en attribuant à l’Homme-siècle un propos critiquant les jeux de mots… « Hénaurme » contresens ! Quiconque connaît un tant soit peu l’œuvre et la vie de l’auteur des Misérables ne peut l’imaginer avoir tenu un tel propos !  Ce jongleur de mots ne reculait pas devant les pirouettes telles que son invention très probable (on ne la trouve nulle part dans la Bible) de la ville de « Jérimadeth »   (la Légende des siècles, « Booz endormi »),    pour « j’ai rime à –dait », ou la fameuse charade : « Mon premier est un vagabond ; mon deuxième est un assassin ; mon troisième ne rit pas jaune ; mon dernier n’est pas rapide. Mon tout est un grand écrivain français. » Réponse : Victor Hugo ! (vic, parce que « vic erre » (vicaire) ; tor, parce que « tor tue » (tortue) ; u, parce que « u rit noir » (urinoir) ; go, parce que « go est lent » (goéland). On n’est jamais si bien servi que par soi-même !

           Hugo n’a donc jamais critiqué les jeux de mots. En fait, ce qu’on lui attribue faussement est extrait du long propos d’un de ses personnages des Misérables : Tholomyès, qui, à la suite d’un calembour qu’il vient de faire sur le nom du marquis de Montcalm, ultime défenseur du Canada français, dit effectivement : « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole ». D’ailleurs Hugo, qui, lui, n’en pense pas un mot, fait dire ensuite à Tholomyès, dans la même tirade : « Loin de moi l’insulte au calembour ! ».

           On peut être persuadé que Hugo aurait participé avec entrain à la rédaction du désopilant Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures (Le Cherche-Midi édit.) des académiciens de l’Association des Amis d’Alphonse Allais.

Le mot du 9 janvier 2015

debout

           Né en 1875, le journaliste et enseignant Jacques (Joseph, dit) Péricard est mobilisé, en 1914, compte tenu de son âge, comme sergent réserviste au 62e RI. Sur sa demande, ce patriote convaincu est versé en octobre 1914 dans une unité d’active : le 95e RI. Il va combattre notamment à Verdun…

          Le 8 avril 1915, alors qu’il est devenu adjudant, il lance, pour encourager ses hommes, ivres de fatigue après des jours et des jours de combats acharnés, et qui prenaient, épuisés, quelques instants de repos, un étonnant « Debout, les morts ! », parce que l’ordre d’attaquer a été donné. Et les « poilus » se lèvent, et repartent en première ligne…

           Ce « mot historique », dont je relate l’histoire dans le Petit Abécédaire de la Grande Guerre  –  Ces mots qui racontent l’Histoire (Le Courrier du livre, septembre 2014), a fait florès, au point d’être mis à toutes les sauces, jusqu’à nos jours, avec une verve emphatique dans la bouche de journalistes et d’animateurs. Voire d’entraîneurs sportifs voulant « réveiller » des joueurs amorphes, apathiques, manquant de combativité !

       Dans le contexte de la Grande Guerre, Maurice Barrès, en particulier, va reprendre la formule, et la monter en épingle pour exalter le sentiment patriotique et nationaliste. Péricard lui-même utilisera ce cri comme titre d’un des nombreux livres qu’il consacrera à la Première Guerre mondiale.

        Jusqu’à sa mort, en 1944, Péricard, journaliste, créateur de l’Almanach du combattant,  sera un militant nationaliste engagé, aux activités multiples. C’est lui qui proposera de ranimer tous les jours la flamme du tombeau du Soldat inconnu, à l’Arc de triomphe. Il est le père du journaliste (de télévision) et homme politique Michel Péricard (1929-1999).

         L’adverbe debout (de de et de… bout ! ; « qui se tient sur un bout ») est un mot invariable, de par sa nature grammaticale : quelques-unes étaient assises, les autres étaient debout ; trente places assises et quatre-vingts debout…

        Les événements dramatiques qui frappent la France depuis mercredi ont remis au premier plan ce mot de debout, qui figure dans de nombreuses expressions employées par des personnages historiques ou par des écrivains, entre  autres.  Généralement,  le  terme  apporte  une  connotation  valorisante  : « L’instinct, c’est l’âme à quatre pattes ; la pensée, c’est l’esprit debout » (Victor Hugo) ; « Un paysan debout est plus grand qu’un gentilhomme à genoux » (Benjamin Franklin)… Et chacun reprend en ce moment le propos de Charb, directeur de  Charlie   Hebdo  : « J’aime mieux mourir debout que vivre à genoux ». Mais les commentateurs et journalistes devraient rappeler que cette formule, sous la forme « Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux », revint dans les allocutions de la fameuse « Pasionaria » de la guerre d’Espagne, Dolores Ibarruri, qui reprenait alors elle-même une phrase du révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata… Et je n’aurai pas l’imprudence de chercher à attribuer à qui que ce soit la paternité de l’expression : combien de combattants de la liberté, à toutes époques et en tous lieux, républicains, démocrates, libertaires, anarchistes, libres penseurs… ont eu l’occasion de prononcer cette formule !?  Mais on a assurément le droit de préférer une autre formulation : « Mieux vaut combattre, vaincre et vivre debout que survivre à genoux ».

 

JE SUIS CHARLIE

 

Le mot du 15 décembre 2014

cardinal

            Le pape François, sous une apparence bonhomme, ne mâche pas ses mots, y compris, ces derniers temps, à l’égard des cardinaux, du moins à l’égard de ceux d’entre eux qu’il juge incompétents, incapables d’évoluer, confits dans la routine…

            L’adjectif cardinal (-ale, –ales, –aux) est dérivé du latin cardinalis, lui-même issu de cardo. Le cardo était un « gond », et aussi l’axe – surtout en parlant de l’axe nord-sud – qui divisait en deux un camp romain, ou une ville romaine. Cette séparation était obligatoire, et associée à la division par un axe ouest-sud : le decumanus.

            Le cardo était donc l’axe essentiel de l’organisation générale des cités. Cardinalis, après avoir eu le sens particulier de « qui concerne les gonds », « qui concerne la porte », a pris l’acception de « principal, essentiel, capital, fondamental… ».

            Au sein de l’Église, on en vint ainsi à employer l’adjectif pour désigner des religieux qui étaient à des positions charnières, qui servaient de pivot, des prêtres « principaux » placés à la tête des paroisses importantes de Rome : des prêtres cardinaux.

         Ces prêtres cardinaux, hiérarchiquement inférieurs aux évêques, devinrent, puisqu’ils étaient dans Rome, des proches du pouvoir papal, des auxiliaires directs du souverain pontife… L’adjectif se mua en substantif, au sens de « prélat choisi par le pape », et cardinal fut dorénavant le nom d’une dignité surpassant celle du simple évêque ou archevêque. Ce dernier était donc un… « point cardinal ». ☺

         En revanche, un cardinal peut être aussi évêque ou archevêque – le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris – et devenir camerlingue, c’est-à-dire le deuxième personnage de l’Église catholique, chargé d’administrer les affaires temporelles de l’Église en cas de vacance du Saint-Siège.

            Par allusion à la robe rouge du cardinal (mais cette robe est souvent noire, aussi : le protocole extrêmement précis de l’Église fait varier la couleur des soutanes selon les circonstances), plusieurs emplois figurés et locutions diverses ont été, ou sont encore, employés : faire cardinal a signifié « décapiter » ! ;  avoir son cardinal (ou : ses cardinales), en argot, s’appliquait à la période des menstrues ; ceux qui en… pincent pour le homard le surnomment le « cardinal des mers » (un surnom qui n’est justifié qu’après la cuisson : le homard est bleu, sinon !) ; cardinalisé a signifié « rendu rouge », et se dit toujours au sens de « qui a été nommé cardinal »…

            Richelieu a souvent été surnommé « l’Homme rouge » (aussi « le cardinal rouge »… ce qui est nettement entaché de pléonasme !), le plus souvent avec une connotation péjorative à l’égard du premier ministre de Louis XIII. Alexandre Dumas surtout, dans les Trois Mousquetaires, et aussi Victor Hugo ont contribué à donner du cardinal une représentation négative. L’auteur des Misérables, dans Marion de Lorme, ajoute le sang à la pourpre cardinalice quand l’un  de  ses personnages dépeint ainsi Richelieu en cardinal doublement rouge : « Prenez garde, messieurs ! Le ministre est puissant : / C’est un large faucheur qui verse à flots le sang ;  /  Et puis, il couvre tout de sa soutane rouge,  /  Et tout est dit. »

            Le portrait est par trop expéditif à l’égard d’un personnage qui fut sans doute l’un des plus grands hommes d’État que la France ait eus… La preuve, même le libertaire Pierre Perret (l’homme des « jolies colonies de vacances ») dit dans Mon almanach (Le Cherche Midi, 2014) : « […] il a mouillé plus d’une fois la soutane pour son pays […]. Il a filé de sérieux coups de paluche à la marine militaire et marchande, aux manufactures, à la soierie, à la tapisserie et à flopées d’autres encore. »