Archives de Tag: Voltaire

Le mot du 22 juillet 2016 (2)

La bévue du jour

La bourde du jour

Sur France Inter, vendredi 22 au matin, un chroniqueur auteur d’une série sur Machiavel a employé épigramme au masculin. Mauvais choix : tout comme ses paronymes épigraphe (inscription mise en exergue en tête d’un livre ou en tête d’un paragraphe, ou inscription sur un édifice) et épitaphe (inscription sur un tombeau), épigramme (poème satirique, sarcasme mordant) est un terme féminin. –  Voltaire est l’auteur d’épigrammes assassines !

 

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Le mot du 7 avril 2015

crapaud

     De nombreux reportages sont consacrés aux crapauds, et à d’autres amphibiens et batraciens,  qui se font écraser en tentant de rejoindre les mares où ils veulent se reproduire, déposer leurs œufs… On aménage alors de plus en plus d’écoducs, ou « couloirs écologiques », qui passent sous les routes, sous les autoroutes, sous les voies ferrées, sous des murs, etc. Puisque ces écoducs sont destinés aux batraciens, ils sont appelés « crapauducs » ou « batrachoducs » (de même qu’il y a des lombriducs pour les vers de terre et des écureuilloducs pour les congénères de Spip, l’écureuil domestique de Spirou, créé par Rob-Vel : Robert Velter, « père » de Spirou).

            Au Moyen Âge, on a eu crapot, désignant le batracien, puis crapaut, utilisé peu aimablement à l’égard d’un homme appartenant sans doute à ce qui, plus tard, sera appelé « crapauderie » :  des personnages repoussants, voire hideux, et sales… Vers 1400, le mot, par analogie de forme, sera donné à un petit mortier… ce qui sera repris en 1914-1918 par le dérivé crapouillot, appliqué là encore par analogie de forme aux  petits obusiers de tranchée à courte portée. Pour rester dans le domaine militaire, crapaud a donné naissance à « faire le crapaud », c’est-à-dire progresser par bonds au ras du sol.

          Dans l’argot de Saint-Cyr, cela va donner naissance à crapaüter, puis, enfin, crapahuter  (substantif : crapahut), verbe qui ne désigne plus exclusivement un déplacement en terrain difficile par bonds et par reptation. Nombre de randonneurs, avec quelque exagération par rapport au sens propre, disent avoir « crapahuté » en forêt le dimanche après-midi.  Mais il est vrai que l’acception du verbe s’est élargie, banalisée…

     On attribue à Voltaire la création du substantif féminin crapaude, peu employé semble-t-il, y compris en un emploi adjectival (« épaules crapaudes » chez Jean Giono, Un de Baumugnes). Quant au nom masculin crapelet, « jeune crapaud », je ne l’ai jamais vu dans un texte. Il faut dire que je ne suis pas omniscient, ni un grand lecteur d’ouvrages consacrés aux batraciens !

          Crapaud figure dans quelques locutions : sauter comme un crapaud (lourdement !), avoir une voix de crapaud  (peu agréable, certainement), et cracher des crapauds (médire, calomnier… =  une activité bien répandue)…

          Le mot est polysème : il revêt un nombre considérable de significations, qu’il   serait   trop   long   d’énumérer   ici. Signalons tout de même, entre autres : « jeune apprenti », « fauteuil bas »,  « défaut dans un diamant », « petite bourse de soie ou d’autre tissu dans laquelle les hommes enfermaient leurs cheveux sur la nuque » (les hussards, en particulier, cachaient dans ces crapauds les pièces d’or…   que   leur   donnaient   leurs   maîtresses ;   de   là, plus tard, l’acception de « bourse », de « porte-monnaie »…).

       On a appelé « crapauds du marais » les députés de la Convention qui se plaçaient dans la partie basse de la salle… et qui votaient généralement pour le gouvernement.

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            L’expression « Mot du jour » ne signifie pas qu’il puisse y avoir sur ce site une chronique par jour de l’année, soit 365 chroniques par an.  Il faut comprendre que c’est la chronique du jour indiqué…

            L’organisation et l’animation des nombreuses dictées et autres événements, les réponses aux nombreuses questions des internautes, les conférences, etc., ne laissent pas assez de temps pour rédiger quotidiennement des chroniques qui soient autre chose que de courts billets.

            Par ailleurs, les informations concernant les dictées et autres événements seront diffusées dès que possible et en temps utile, et répétées,  y compris par des messages d’information hors chroniques.

Le mot du 20 janvier 2015

filousophe

            Un correspondant nous interroge sur la signification précise à accorder à filousophe, mot capté récemment sur une radio…

            Ce mot-valise a été créé par Victor Hugo, dans les Misérables, pour qualifier l’ignoble Thénardier, aubergiste fort peu scrupuleux, mais non dénué de prétention intellectuelle : « Le Thénardier était un homme petit, maigre, blême, anguleux, osseux, chétif, qui avait l’air malade, et qui se portait à merveille ; sa fourberie commençait là. Il souriait habituellement par précaution, et était poli à peu près avec tout le monde, même avec le mendiant auquel il refusait un liard. Il avait le regard d’une fouine et la mine d’un homme de lettres. […] Il avait des prétentions à la littérature et au matérialisme. Il y avait des noms qu’il prononçait souvent, pour appuyer les choses quelconques qu’il disait, Voltaire, Raynal, Parny, et, chose bizarre, saint Augustin. Il affirmait avoir un « système ». Du reste fort escroc. Un filousophe. »

      Ce terme qui n’a pas fait trop école désigne donc, quelle que soit sa profession, un aigrefin pédant, un carambouilleur porté à enrober sa malfaisance d’une idéologie qui l’excuserait. Entre autres, mais pas uniquement, donc, un soi-disant philosophe porté sur le fla-fla, l’esbroufe, la fumisterie.

            Ce mot est formé du substantif filou, quasi-paronyme des deux premières syllabes de philosophe,  et de la finale –sophe, directement issue du grec sophia, « sagesse », et empruntée à ce dernier vocable. Filou est un mot que l’on trouve dès le XVIe siècle dans le parler de l’Ouest, au sens de « fileur de laine ». D’où, via « tirer  sur   la  ficelle »,   « tirer  sur  la  corde »,   « appâter  en  tirant sur le fil », « emberlificoter », l’acception de « voler avec ruse et adresse ». Au féminin, on trouve aussi bien filou que filoute, comme nom ou comme adjectif : « Elle est filou(te), cette gamine ! », « Quelle filoute ! ».

            Le personnage de Thénardier a été notamment interprété, au cinéma, par le regretté Bourvil, dans le film de Jean-Paul Le Chanois (1958). Dans la très bonne version de Raymond Bernard sortie en 1934, l’ignoble couple Thénardier se composait de Charles Dullin et de Marguerite Moreno. Harry Baur y était Jean Valjean ; Charles Vanel, Javert.

      Obnubilés par le souci de faire court, les lexicographes de certains dictionnaires induisent en erreur leurs lecteurs en donnant, à l’article calembour, l’exemple suivant : « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole (Victor Hugo) ». C’est-à-dire en attribuant à l’Homme-siècle un propos critiquant les jeux de mots… « Hénaurme » contresens ! Quiconque connaît un tant soit peu l’œuvre et la vie de l’auteur des Misérables ne peut l’imaginer avoir tenu un tel propos !  Ce jongleur de mots ne reculait pas devant les pirouettes telles que son invention très probable (on ne la trouve nulle part dans la Bible) de la ville de « Jérimadeth »   (la Légende des siècles, « Booz endormi »),    pour « j’ai rime à –dait », ou la fameuse charade : « Mon premier est un vagabond ; mon deuxième est un assassin ; mon troisième ne rit pas jaune ; mon dernier n’est pas rapide. Mon tout est un grand écrivain français. » Réponse : Victor Hugo ! (vic, parce que « vic erre » (vicaire) ; tor, parce que « tor tue » (tortue) ; u, parce que « u rit noir » (urinoir) ; go, parce que « go est lent » (goéland). On n’est jamais si bien servi que par soi-même !

           Hugo n’a donc jamais critiqué les jeux de mots. En fait, ce qu’on lui attribue faussement est extrait du long propos d’un de ses personnages des Misérables : Tholomyès, qui, à la suite d’un calembour qu’il vient de faire sur le nom du marquis de Montcalm, ultime défenseur du Canada français, dit effectivement : « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole ». D’ailleurs Hugo, qui, lui, n’en pense pas un mot, fait dire ensuite à Tholomyès, dans la même tirade : « Loin de moi l’insulte au calembour ! ».

           On peut être persuadé que Hugo aurait participé avec entrain à la rédaction du désopilant Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures (Le Cherche-Midi édit.) des académiciens de l’Association des Amis d’Alphonse Allais.

Le mot du 8 janvier 2015

liberté (d’expression)

            « Rappelons-le : dans l’acception du dictionnaire, on est intolérant quand on combat des idées contraires aux siennes par la force, et par des pressions, au lieu de se borner à des arguments. La tolérance n’est point l’indifférence, elle n’est point de s’abstenir d’exprimer sa pensée pour éviter de contredire autrui, elle est le scrupule moral qui se refuse à l’usage de toute autre arme que l’expression de la pensée. » (Jean-François Revel, Contrecensures.)

            « Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent la liberté de parole. Mais, dans une démocratie, ils possèdent encore la liberté après avoir parlé. » (André Guillois, Liberté, égalité, hilarité.)

            « La liberté d’expression, qui inclut la liberté de s’exprimer, de publier, d’informer, de manifester, de débattre, est absolument fondamentale dans toute société prétendant protéger les droits de l’homme. Sans liberté d’expression, point de réelle liberté d’opinion – à quoi servent des opinions que l’on doit garder pour soi ? –, point de liberté de rechercher des personnes partageant les mêmes points d’intérêt en vue d’association, point de liberté de proposer des choix politiques variés, de publier des informations, des résultats de recherches, des œuvres artistiques, point de liberté de faire valoir ses droits face à l’oppression. En ce sens, on peut affirmer que la liberté d’expression est l’un des piliers de toutes les libertés dont un individu peut disposer. » (Vincent Bénard.)

 

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            « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. » (Attribué à Voltaire ; plusieurs variantes sont citées.)

 

Et, aussi :

« Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné, qu’un terroriste. » (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.)

 

JE SUIS CHARLIE

 

 

Les épigrammes, ou l’humour vache…

Textes satiriques dans lesquels pourraient certainement briller un humoriste  tel que Didier Porte ou des chansonniers rompus à la pratique des bouts-rimés, les épigrammes se présentent généralement sous la forme de quatrains. Voltaire y a excellé, fustigeant, à tort ou à raison, nombre de ses contemporains… mais ses ennemis ne furent pas de reste !

Citons quelques petits chefs-d’oeuvre de l’auteur de « Candide » :

Contre Fréron

L’autre jour, au fond d’un vallon,

Un serpent piqua jean Fréron.

Que pensez-vous qu’il arriva ,

Ce fut le serpent qui creva.

 

Sur Le Franc de Pompignan

Savez-vous pourquoi Jérémie

A tant pleuré pendant sa vie ?

C’est qu’en prophète il prévoyait

Qu’un jour Le Franc le traduirait.

 

Sur le buste de l’abbé de saint-Pierre

N’a pas longtemps, de l’abbé de Saint-Pierre

On me montrait le buste tant parfait

Qu’onc ne sus voir si c’était chair ou pierre,

Tant le sculpteur l’avait pris trait pour trait.

Adonc restais perplexe et stupéfait,

Craignant en moi de tomber en méprise.

Puis dis soudain : « Ce n’est là que le portrait,

L’original dirait quelque bêtise… »