Orthographe

« Nous allons voir Roland Garros samedi… »

          On osera supposer que personne, parmi des interlocuteurs entendant le propos ci-dessus, ne répondra ˗ sauf « hénaurme » étourderie : « Ah ! Et comment va-t-il ?… ». Le fameux aviateur français, rappelons-le alors que le centenaire de la guerre de 1914 est évoqué d’ores et déjà de tous côtés, est mort en combat aérien, près de Vouziers (Ardennes), en 1918.

            Si, à l’oral, on ne peut marquer de différence, à l’écrit il y a nécessité, obligation, de faire ressortir qu’il ne s’agit pas d’un être humain, mais d’un lieu portant son nom. La seule graphie rigoureuse est donc : « Nous allons voir Roland-Garros samedi », en parlant du stade de tennis sis en lisière du bois de Boulogne.

            Ce que l’on doit adopter pour des noms de stades, de piscines, de salles des fêtes, aux dénominations composées (théâtre municipal Georges-Brassens, hippodrome Yves-Saint-Martin, stade de l’Abbé-Deschamps, piscine Jean-Boiteux, parc des expositions André-Malraux…) s’applique évidemment en premier lieu, et pour la même raison, à toutes les dénominations de lieux publics : rues, boulevards, places, avenues, passages, quais, chaussées, ronds-points… Et, cela, s’en s’occuper des incohérences et de l’ignorance des services chargés de la signalétique publique. À l’exception d’un éventuel article initial, tous les termes des dénominations composées sont reliés par des traits d’union : avenue Victor-Hugo, avenue du Général-Leclerc, boulevard Auguste-Blanqui, rue des Cinq-Diamants, rue Lucien-et-Sacha-Guitry, avenue de la Porte-de-Saint-Cloud, impasse des Deux-Anges, villa Ferdinand-Buisson, rue Saint-Louis, boulevard Saint-Michel, rue du Pont-Neuf, rond-point du Pont-Mirabeau, passage du Moulin-Saint-Martin, sentier Frédéric-Mistral…

            On met donc une majuscule initiale à tous les termes, sauf aux termes génériques (rue, avenue, sente, passage, place, boulevard…), aux prépositions (avenue du Cimetière-des-Batignolles), aux conjonctions (rond-point Rhin-et-Danube), aux pronoms relatifs (la rue du Chat-qui-Pêche, la rue du Chien-qui-Fume).

            La règle s’applique même quand la dénomination comporte des nombres en chiffres arabes (des dates1, notamment) ou en chiffres romains (adjectifs ordinaux des papes, des rois, des empereurs…) : boulevard du 11-Novembre-1918, avenue de la 2e-DB, rue du 151e-RI ; avenue Pierre-Ier-de-Serbie, pont Alexandre-III, avenue George-V (attention : pas de s final puisque l’on a conservé la graphie anglaise)…

            La majuscule est obligatoire pour les articles intégrés aux patronymes : rue La Fontaine, place Du Guesclin, impasse Du Barry…, et il n’y a pas de traits d’union.

            En principe, aucune voie publique, aucun espace public, ne devrait porter le nom d’une personne toujours vivante. Un « principe » que l’on voulait républicain, démocratique…et qui laissait peut-être « du temps au temps » pour ne pas avoir à regretter l’attribution du nom. Nous n’en sommes plus là, en 2013, et, cela, depuis un certain nombre d’années. Quoi qu’il en soit, il n’y a aucune raison d’appliquer une différence de traitement entre morts et vivants : il faut des traits d’union ! D’où, éventuellement : la rue Céline-Dion, la promenade Bernard-Pivot, le passage Yannick-Noah…

                                                                                               Jean-Pierre Colignon.

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  1. Il faut malheureusement entériner, à Paris, la faute « Quatre-Septembre » commise dans le nom de la rue et dans celui de la station de métro.

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