Archives mensuelles : juin 2017

Le mot du 30 juin 2017 (2)

La (seconde) question du jour (et la réponse)

Je reçois tellement de questions, très intéressantes le plus souvent, qu’il semble souhaitable d’en mettre un plus grand nombre (avec les réponses) à la disposition de tout le monde, au-delà de la réponse envoyée à l’internaute ayant envoyé une question. C’est pourquoi, aujourd’hui, il y aura une seconde question (+ réponse)…

 

          « Bonjour !

         Je m’interroge sur l’expression  coup de dent. Je corrige un texte où il est question de loups et de renards, et donc de coups de dent, et je trouve majoritairement l’expression avec dent au singulier (Larousse et Robert), sauf une fois dans le Jouette, où il donne les deux  possibilités  sans  préciser le contexte. Mais je ne comprends pas pourquoi ce singulier ? Puisque l’expression est synonyme de morsure, on imagine qu’on mord avec plusieurs dents, non ?!

          J’aurais tendance, dans les phrases suivantes, à mettre dent au pluriel, qu’en pensez-vous ? 

 

« Mon frère et moi [ = des renards] avions l’habitude de nous pourchasser, mais nos jeux visaient d’abord à tester notre rapidité, même si un coup de dent n’était pas exclu. »

« M… [ = un loup]  lance des regards furieux à L… [ = un autre loup] et lui décoche un coup de dent quand il passe à sa portée. »

          Merci ! »

 

Effectivement, je crois que tout le monde, ou quasiment, donne le singulier. Cela, d’après l’acception précise de « donner un (des) coup(s) de dent »… qui n’est pas du tout l’équivalent de « mordre à pleines dents » en infligeant de graves, profondes, voire mortelles, morsures. Au sens propre, c’est donner un avertissement, peut-être déjà un peu sévère, en pinçant, en serrant, en mordant un peu de biais, de côté, un peu mine de rien, sans aller au-delà.  Bien sûr, logiquement, il faut plusieurs dents… mais le sens atténuatif a entraîné la graphie au singulier…

La langue comporte ainsi des singularités, des formes curieuses et des contradictions apparentes…

 

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Le mot du 30 juin 2017 (1)

La question du jour (et la réponse)

 

            « Le pluriel de ayant droit  n’est pas ayant droits, mais ayants droit. Y a-t-il une explication rationnelle à ce s à ayants ? L’invariabilité  ne serait-elle pas plus logique  :  un  ayant droit, des ayant droit ? Qu’en pensez-vous ? »

 

Un usage ancien a imposé, et continue d’imposer, le pluriel dans certaines locutions de la langue juridique : des ayants droit, des ayants cause, des rendants compte,  des oyants compte

Mauve, fauve ou pourpre quittent souvent leur identité de noms communs pour être employés aussi comme « vrais » adjectifs de couleur (cf. les six exceptions) : des tapis fauves, des tentures pourpres, des papiers mauves…, alors que la forme elliptique justifiant l’invariabilité est observée pour plus de deux cents substantifs : des murs ocre, des pantalons marron, des cheveux carotte…

Le phénomène est ici comparable : ces participes présents sont compris comme des noms communs variables désignant ceux et celles qui ont droit à quelque chose (un ayant droit, des ayants droit), celles et ceux qui tiennent leur droit d’une autre personne (un ayant cause, des ayants cause)…

N. B. : Je n’ai pas constaté d’emploi au féminin (« une ayant droit », « des ayants cause avalisées »…).

 

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Le mot du 29 juin 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

 

           « Pourquoi le pluriel d’ avant-centre est-il : avants-centres ?   Ce devrait être :  des avant-centres !? »

 

Au football, un avant-centre n’est pas un joueur, en principe porteur du maillot n° 10 ou n° 9,  qui jouerait… une demi-heure AVANT les autres, ni un attaquant qui devrait toujours rester dans la moitié de terrain adverse,  trente ou quarante mètres en AVANT de ses partenaires !   Non, par ce mot composé à trait d’union on désigne un joueur faisant partie des avants et qui joue au centre, et non pas à l’aile…  Avant et centre sont ici des NOMS communs.

            Les avants-centres sont à la fois des avants et des centres, comme les tiroirs-caisses ont le double emploi de tiroirs et de caisses, et les portes-fenêtres le double usage de portes et de fenêtres.  Pour toute cette catégorie de termes, la norme est de mettre le double pluriel.

 

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Le mot du 29 juin 2017 (1)

Le mot d’esprit du jour

 

 

« Elle me sort par les yeux, celle-là ! »

 

Alexis Piron (1689-1773), poète, auteur dramatique, ne manquait pas de talent, mais il se ferma les salons et l’Académie française  (où il avait pourtant, dans un premier temps, été élu) pour avoir écrit des vers un peu scabreux. Écrivain très prolixe, il vécut cependant dans la gêne.

Grand  spécialiste  des  épigrammes   –   pièces en vers mordantes, très sarcastiques    –,   il s’était fait des ennemis, dont Voltaire, qui n’était pas, on le sait, quelqu’un d’aimable.  Un jour, à l’Opéra, il se trouva à côté d’une femme connue pour sa vie privée peu respectable, et qu’il regarda avec insistance, peut-être sans aménité. Irritée, elle l’interpella sèchement :

« Enfin ! M’avez-vous, de vos yeux, assez considérée ?   –   Je vous regarde, madame…  mais je ne vous considère pas. »

 (Extrait de Du tac au tac !   –  Piques ironiques, répliques cinglantes,  Jean-Pierre Colignon, Albin Michel édit.)

 

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Le mot du 28 juin 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

 

         « Bonjour, Monsieur Colignon,

         Faut-il écrire « An Mil » (ou « an mil » ?)… »

 

          Ni l’un ni l’autre !  La graphie orthodoxe, entérinée par l’usage, quand on choisit d’écrire ce millésime en lettres, est :  l’an mille !  Itou pour : l’an deux mille.  (Ces deux graphies « au long », comme on dit en presse, édition et imprimerie,  sont des exceptions marquant le caractère particulier de ces millésimes dans l’Histoire. « L’an 1000 » est inusité, mais « l’an 2000 » se voit souvent…)

Un usage archaïque, ou entaché de préciosité,  appliqué notamment dans des actes officiels,  notariés ou pas, consiste à écrire mil…  MAIS il faut qu’il y ait d’autres numéraux derrière : « en l’an mil quatre cent trente-trois »,  et certains avancent (pourquoi !!!????)  que cela ne peut être toléré que pour des siècles en deçà du XVIe.  Cette dernière affirmation relève très certainement de la coquecigrue, de la calembredaine et de la sornette réunies !

Les auteurs et/ou éditeurs qui optent pour « l’an mil » sont donc dans l’erreur… peut-être volontairement, pour faire original et « d’époque »…

 

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Le mot du 28 juin 2017 (1)

Le « truc » d’orthographe du jour

 

 

            « Ses collègues se marraient de son air perpétuellement marri ! » « Tout le monde en a marre, de son air marri ! »

            L’adjectif marri(e), qui signifie « contrit, fâché, contrarié », est, à l’origine le participe passé d’un verbe de l’ancien français, marrir, avec DEUX r,  dont le sens était « affliger ».  Comme le montrent les deux formulettes mnémotechniques ci-dessus,  il  comporte donc deux r alors que son homonyme mari, « époux », n’en a qu’un.

 

(Extrait de Orthographe : trucs et astuces,  Jean-Pierre Colignon,  préface de Bernard Pivot, Albin Michel édit.)

 

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Le mot du 27 juin 2017 (1)

La question du jour (et la réponse)

 

          « Bonjour,

         Aïe, aïe, aïe ! J’ai un gros doute…

        Dans :  « … le numéro Dancing Doll, où, tout en sensualité provocante, elle danse avec un duo de boys… »,  j’hésite entre « tout » et « toute ». »

 

 

Les ouvrages dits de référence (grammaires, dictionnaires de difficultés…) des maisons d’édition dites de référence… se contredisent !  Les plus éminents linguistes et grammairiens ne disent pas la même chose, ou s’avouent incapables de trancher dans le cas de « tout en » suivi d’un complément prépositionnel avec pour sujet un féminin singulier. Alors, que dire et que faire !!!??…

Il semble avéré qu’avec « tout en » suivant un féminin singulier  la grande majorité des scripteurs (écrivains ou usagers « ordinaires » du français) adoptent le féminin (« elle était TOUTE en proie à l’angoisse », « elle était TOUTE en deuil », « cette adolescente est TOUTE en jambes »…), en dépit du sempiternel exemple fourni par l’Académie (« elle était TOUT en larmes »), et que les linguistes sont très hésitants.  Vouloir trancher absolument, cela revient à chercher midi à 14 heures et à vouloir couper les cheveux en quatre en épluchant des écrevisses !  Ad libitum, alors, et plutôt accord (toute) puisque l’usage va en ce sens.

 

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Le mot du 26 juin 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

 

           « Bonjour,

           Comment doit-on  utiliser « néo » ?  Par exemple, si je dis: « les néo députés » ? Dois-je mettre un « s »  à  « néo  » ? Un trait d’union ?


En vous remerciant. »

 

 

Lorsque l’on forge des termes avec néo-, on n’agglutine pas… Dans un premier temps, du moins.  Au fil du temps, quand les mots ainsi créés s’implantent, généralement l’agglutination est entérinée… (Personnellement, je ne suis pas un fanatique des agglutinations à tout-va, qui aboutissent à un vocabulaire de mots tous très longs, et qui font perdre de vue l’étymologie.)

On n’agglutine pas avec un « i » (//=//  « néoimpressionnisme ») ni, en principe, avec les  dérivés de noms propres (« néoallemand », « néobulgares », « néozélandais »…).

 

Donc, au moins dans un premier temps,  invariabilité et trait d’union  :   des néo-députés.   (Jamais : « des néos » + espace (ou trait d’union) +  autre élément.)

 

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Le mot du 26 juin 2017 (1)

Le proverbe du jour

 

            « Pour la souris, le chat est un tigre ; pour le tigre, il n’est qu’une souris. »

 

            Tout est relatif, dans la vie.

Le héros du roman satirique de Swift les Aventures de Gulliver (ou les Aventures extraordinaires de Gulliver) est pour les Lilliputiens un être gigantesque ; mais Gulliver n’est ensuite qu’un insecte comparé aux géants de Brobdingnac.

 

(Extrait de « Donner sa langue au chat » et autres expressions félines, Jean-Pierre Colignon, First éditions.)

 

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Le mot du 24 juin 2017

La question du jour (et la réponse)

 

           « « J’aime flâner sur les grands boulevards… « , chanta Yves Montand.  En l’occurrence, il s’agit évidemment des boulevards parisiens qui vont de l’Opéra à la République. Faut-il, ou non, mettre des majuscules ? »

 

Je ne sais pas si, à l’origine, le parolier de cette chanson  –  Jacques Plante, auteur fort connu  –  s’était préoccupé, ou non, de cette question.  Je ne sais pas quelle orthographe il avait adoptée dans son texte (manuscrit ?), et si c’est bien cette version qui a été reprise lorsque ledit texte fut déposé à la SACEM, puis imprimé…

La locution, à Paris, ne désigne pas tous les « grands » boulevards de la capitale, par exemple tous les «  boulevards des maréchaux »  –  ou : boulevards des Maréchaux  –,  cet ensemble de boulevards qui enserrent la ville,  ni même le boulevard Haussmann, mais, pour de vrais Parisiens,  les boulevards des Capucines, des Italiens, Montmartre, Poissonnière, de Bonne-Nouvelle, Saint-Denis et Saint-Martin…

Il est justifié de considérer qu’il s’agit d’un surnom attaché précisément à un quartier, donc de mettre deux majuscules : « En ce samedi, les Grands Boulevards sont noirs de monde ! ».

 

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