Archives mensuelles : juin 2017

Le mot du jour du samedi 24 juin 2017

La question du jour (et la réponse)

 

           « « J’aime flâner sur les grands boulevards… « , chanta Yves Montand.  En l’occurrence, il s’agit évidemment des boulevards parisiens qui vont de l’Opéra à la République. Faut-il, ou non, mettre des majuscules ? »

 

Je ne sais pas si, à l’origine, le parolier de cette chanson  –  Jacques Plante, auteur fort connu  –  s’était préoccupé, ou non, de cette question.  Je ne sais pas quelle orthographe il avait adoptée dans son texte (manuscrit ?), et si c’est bien cette version qui a été reprise lorsque ledit texte fut déposé à la SACEM, puis imprimé…

La locution, à Paris, ne désigne pas tous les « grands » boulevards de la capitale, par exemple tous les «  boulevards des maréchaux »  –  ou : boulevards des Maréchaux  –,  cet ensemble de boulevards qui enserrent la ville,  ni même le boulevard Haussmann, mais, pour de vrais Parisiens,  les boulevards des Capucines, des Italiens, Montmartre, Poissonnière, de Bonne-Nouvelle, Saint-Denis et Saint-Martin…

Il est justifié de considérer qu’il s’agit d’un surnom attaché précisément à un quartier, donc de mettre deux majuscules : « En ce samedi, les Grands Boulevards sont noirs de monde ! ».

 

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Le mot du jour du vendredi 23 juin 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

 

          « Les panneaux de rue de mon village annoncent « GRAND RUE »,  et, 500 mètres plus loin,  » GRAND’RUE ». Voir photos ci-jointes. À mon avis, les deux graphies sont inexactes, non ? On écrit : « GRAND-RUE » ?

          J’ai besoin de vos lumières avant d’envoyer ces photos au maire…

          Les panneaux « CENTRE-VILLE » perdent parfois le trait d’union à différents endroits de la commune. Mais je ne vais pas trop harceler le maire. Une faute d’orthotypographie  à la fois ! »

 

 

C’est bien de ne pas vouloir accabler le premier édile d’un petit bourg !  Mais c’est bien aussi d’attirer son attention sur des discordances fâcheuses dues à un manque de rigueur…

La disparition du e final de Grande (Rue) ne pouvait pas aboutir à la contradiction masculin/féminin de la graphie du syntagme « Grand Rue ». C’est donc l’apostrophe qui, pendant un certain temps, a été entérinée par l’usage et par les dictionnaires dans grand’voile, grand’messe, grand’rue, etc.  Depuis pas mal d’années, on est passé aux mots composés à trait d’union : la Grand-Rue, une grand-voile, une grand-mère…

Il serait donc bon que les responsables de votre village unifient tous les panneaux, et, cela, sur l’orthographe que donnent les dictionnaires de référence contemporains et que les professeurs des écoles enseignent à leurs élèves.  Idem pour centre-ville, nom commun composé à trait d’union.

 

 

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Le mot du 23 juin 2017 (1)

Le point de langue française du jour

 

Un certain nombre de personnes relèvent dans des allocutions officielles, dans des livres ou dans des articles  –  pour fustiger ce qu’elles croient être une faute de français  –  l’association d’un nous et d’un verbe au pluriel avec des participes passés et des adjectifs au singulier : « Arrivé à Rennes le 6 juin, nous en sommes reparti le 9 pour Dol-de-Bretagne »…

            Eh bien non, il s’agit d’une construction très correcte, licite, dite « pluriel de majesté » quand c’est une personne détenant une autorité de par son statut, de sa fonction, de son mandat, qui s’exprime : «  « Nous sommes heureuse d’accueillir à Londres des membres de l’Académie française », dit Elizabeth II en souriant. »

            Ce même usage prend le nom de « pluriel de modestie »  – car le nous remplace alors un je jugé immodeste, surtout quand il est fréquemment répété  –  lorsque l’on parle de journalistes et d’écrivains.  Un rédacteur respectant cette consigne classique (c’était la règle au journal le Monde) écrivait : « Cinq ans après, nous sommes retourné sur les lieux de ce mystérieux fait-divers… ».

En 2017, si Sa Gracieuse Majesté britannique respecte évidemment toujours les usages du protocole,  le je est ressenti aujourd’hui comme « moins haïssable » du côté des rédactions, des médias…  La modestie n’y est peut-être plus ce qu’elle était.

 

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Le mot du 22 juin 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

 

          «  J’ai une question sur cette expression  :  « On aurait mérité une pause, après cette enquête de dingue ! »  —> truc de dingue, truc de fou… Je la trouve de plus en plus dans les textes, mais je n’arrive jamais à savoir s’il faut mettre un s quand ils sont plusieurs ou s’il vaudrait mieux garder l’expression figée au singulier ? Qu’en pensez-vous ?… »

 

L’usage est nettement en faveur du singulier  : « C’est une histoire de fou »,  » c’est un truc de dingue »  =  c’est une histoire folle, c’est un truc dingue; c’est fou, cette histoire; c’est dingue, ce truc…   =  C’est une histoire que seul un fou peut concevoir; seul un dingue peut imaginer un tel truc…

Le pluriel peut sans doute  être adopté si vraiment l’expression renvoie directement à un pluriel qui figurerait devant, mais dans ce cas il y aurait ad libitum,  pas obligation du pluriel.

 

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Le mot du 22 juin 2017 (1)

Le point d’orthographe du jour

 

 

            À l’imparfait de l’indicatif, les terminaisons sont : -ais, ais, -ait, -ions, -iez et -aient.

            Pour les verbes du premier groupe, on a donc, en ajoutant ces terminaisons au radical : je chantais, tu chantais, il/elle chantait, nous chantions, vous chantiez, ils/elles chantaient.

Mais il ne faut pas oublier que, pour les verbes en « -ier », le i fait partie du radical (par exemple : copier = copi + er).  Pour copier, les terminaisons de l’imparfait s’ajoutent alors à copi- : je copiais, tu copiais, il/elle copiait, nous copiions, vous copiiez, ils/elles copiaient. Les deux i des première et deuxième personnes du pluriel permettent de faire la différence avec le présent de l’indicatif (nous copions, vous copiez).

 

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Le mot du 21 juin 2017 (1)

La bourde du jour due à l’imprécision

 

Dans différents articles et dans des cours consacrés à l’orthotypographie, j’ai attiré l’attention  sur la rigueur à appliquer à l’expression des dates, afin de devancer d’éventuels quiproquos ou contresens…  Ainsi, des scripteurs et des locuteurs peuvent se montrer négligents en se contentant de parler d’ « années quarante »  (voire « années 40 »),  ce qui peut renvoyer aux années 1940… ou 1840 si le contexte porte sur deux siècles.  Même si cela peut donner l’impression de recourir à un doublon excessif « ceinture + paire de bretelles »  ☺,  il ne faut pas hésiter à employer les millésimes au complet.

            Une anecdote, découverte récemment, conforte ce propos.  Le réalisateur italien Mario Soldati a tourné en 1941 le mélodrame Mariage de minuit (Piccolo mondo antico, d’après le roman éponyme de l’écrivain Antonio Fogazzaro, 1895).  Le talent de la jeune Alida Valli (vingt ans), dont tous les cinéphiles connaissent l’exceptionnelle carrière,  éclate dès ce long-métrage à fond historique se déroulant dans les années 1850…

Or, dans une scène, on évoque un vin millésimé… « 1930 », alors que l’histoire se déroule, je viens de le dire, au milieu du XIXe siècle !  Erreur de la traduction française : le personnage dit en réalité : « …des années 30 », qu’il aurait fallu naturellement rendre par « 1830 ».

Cette bévue ne saurait porter atteinte à l’estime et au respect que je porte à celles et à ceux qui, professionnellement, exercent avec finesse et une grande culture le beau métier de traducteur.

 

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Le mot du 20 juin 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

 
          « Dans la phrase : « La chatte a l’air d’aimer les croquettes »,  quelle est la fonction de « d’aimer les croquettes » ? 

           S’agit-il d’un attribut ?  Merci d’éclairer ma lanterne ! »

 

 

Bien que la terminologie grammaticale soit un magma souvent inextricable, tellement on peut discerner de cas d’espèce, je ne crois pas (?) qu’il y ait un grammairien qui appelle « attribut » le groupe « d’aimer les croquettes ».  En ce qui me concerne, je pense que la notion d’attribut doit être réservé, par exemple, à « folle », « stupide », dans  :  « Elle a l’air folle », « il a l’air stupide ».

Il me semble que « d’aimer les croquettes » entre dans la grande catégorie des « compléments prédicatifs » (il est possible que certains linguistes et grammairiens adoptent une autre dénomination !!!).

 

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Le mot du 20 juin 2017 (1)

Le proverbe du jour

 

           « Le chat est son meilleur conseiller. »

 

Autrement dit : l’homme avisé et sage fait confiance à son propre jugement.

Ce proverbe gaélique souligne que le chat, animal prudent, suit son instinct, qui est sûr.  Il ne perd pas de temps à demander l’avis d’autres félins.

De la même façon, les femmes et les hommes sagaces, clairvoyants, se fient avant tout à leur réflexion, à leur raisonnement, conscients que pour cinquante personnes consultées on a cinquante avis… ce qui ne sert à rien dans la quasi-totalité des circonstances.

 

(Extrait de « Donner sa langue au chat » et autres expressions félines, Jean-Pierre Colignon, éditions de l’Opportun.)

 

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Le mot du 19 juin 2017 (2)

La question du jour (et la réponse)

 

           « Seriez-vous assez gentil de nous faire un point sur le mot code,  et sa façon de l’écrire : avec ou sans capitale ?
– Code/code de la route ?
– Code/code de la construction et de l’habitat…
Merci ! »

           

            Voici le « point » demandé,  que j’espère quasi exhaustif :

            Le mot code s’écrit avec une majuscule lorsqu’il désigne un ensemble de dispositions officielles régissant un domaine spécifique. Contrairement à ce qui se fait pour les titres* d’œuvres (notamment littéraires), les titres des codes et des recueils similaires se composent en romain (comme ceux des livres sacrés* des religions monothéistes) :

 

La huitième édition du Code civil comportait…

Selon le Code de la route, il est obligatoire de…

 

Rigoureusement,  cette règle orthotypographique ne s’applique qu’aux  titres exacts des véritables recueils de lois :

 

le Code pénal

le Code de procédure criminelle

le Code d’instruction militaire

le Code de la construction et de l’habitation

Etc.

 

Le respect de cet usage très implanté doit donc conduire à mettre en italique des titres ne concernant pas des domaines relevant de l’État*, du gouvernement*, du Congrès*… :

 

Le Code typographique est issu de la réflexion et de la pratique de générations d’imprimeurs, de typographes, de correcteurs…

Le Code du savoir-vivre contemporain  est dû à une écrivaine qui ferait bien de respecter ce qu’elle conseille !

 

N. B. : En ce qui concerne exclusivement le Code typographique, un certain nombre de professionnels du livre* et de la presse ne respectent pas l’usage orthodoxe, et optent pour le maintien en romain, sans doute par révérence corporatiste.  Cela n’est pas pendable, et peut se comprendre !

 

Les titres des codes ne s’abrègent que dans les notes, les renvois et les références entre parenthèses (ou, le cas échéant, entre crochets).  Les abréviations conventionnelles sont les suivantes :

C. civ. Code civil
C. com. Code de commerce
C. for. Code forestier
C. instr. crim. Code d’instruction criminelle
C. just. milit. Code de justice militaire
C. Nap. Code Napoléon
C. pénal Code pénal
C. proc. civ. Code de procédure civile
C. proc. crim. Code de procédure criminelle
C. trav. Code du travail
 

 

 

 

 

… que l’on trouvera dans la loi (art. 165,  C.  proc. crimin.).

 

N. B.  :  Les numéros* des articles* des codes se composent en chiffres arabes.

 

La majuscule se justifie également lorsque l’on parle d’un ensemble de lois régissant un pays,  le mot Code étant associé au nom d’un homme d’État, d’un empereur… L’ensemble se compose en caractère romain :

 

Le Code de Justinien  (529 apr. J.-C.)  est en quelque sorte une refonte du Code de Théodose de 428…

Le Code Napoléon  (nom donné en 1807 au Code civil des Français promulgué en 1804). 1

 

Lorsque le patronyme laisse la place à un adjectif, seul Code prend la majuscule :

 

le Code théodosien

le Code justinien

le Code grégorien  (dû, vers 291-294) à un juriste latin nommé Gregorius

le Code hermogénien (dû, vers 293-294, à un juriste  latin nommé Hermogénien        [Hermogenianus]

 

  1. Élaboré effectivement sous l’impulsion de Bonaparte, Premier consul*, le Code Napoléon (on ne dit pas « le Code de Napoléon ») reste la référence en de nombreux pays.

 

Le mot reste un nom commun sans majuscule dans toutes les acceptions où il désigne un système conventionnel de symboles ou de signes, ou bien un ensemble de conventions servant de référence :

 

respecter un code de conduite

le code de l’honneur

un code secret

un code postal

un code informatique

 

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Le mot du 19 juin 2017 (1)

Le nom de collectionneur(-euse) du jour

 

Les collectionneurs et collectionneuses de lampes de mineur sont des luminospéléophilistes.

 

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