Archives mensuelles : juin 2014

Jacques Thomas

L’humour est une philosophie et le rire c’est la vie 🙂

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Le mot du 29 juin 2014

trikini

            Les vacances approchant à grands pas – pour ceux des Français, de moins en moins nombreux, qui peuvent en prendre, et s’offrir quelques décades en bord de mer, notamment –, certains médias en font des tonnes sur quelques grammes de tissu : le trikini. Apparemment lancé, popularisé, par la richissime héritière des hôtels Hilton, la dénommée Paris Hilton, bien connue pour faire la « une » de la presse « caniveau » ou de la presse « people », le trikini, comme son nom l’indique, est un maillot de bain trois pièces.

            La dénomination « trois pièces » n’est pas exacte, sauf pour quelques modèles ; en réalité, il s’agit d’un maillot une pièce, mais découpé de telle sorte qu’il semble être la réunion d’un haut et d’un bas reliés par une mince bande de tissu plus ou moins élégamment découpée. L’effet recherché est évidemment le tape-à-l’œil, parfois plutôt réussi, le plus souvent provocant, allant chez certaines vedettes jusqu’à l’excentricité démesurée, voire la vulgarité.

            Ce mot se répand donc en tant que nom commun, sans majuscule initiale, et prend normalement, de ce fait, un pluriel normal, en : des trikinis.

            Cela ne fera pas disparaître pour autant le bikini deux pièces lancé par le Français Louis Réard, un… ingénieur automobile mais qui gérait la boutique de couture de sa mère. Constatant que les femmes retroussaient leurs vêtements pour bronzer, il a l’idée de concevoir « le plus petit des petits maillots de bain du monde ». Pour propulser cette création, il donne à ce petit deux-pièces le nom… détonant de bikini, par référence aux essais de bombe nucléaire pratiqués sur l’atoll de Bikini quelques jours plus tôt. Car c’est en effet le 5 juillet 1946 que Réard présente son invention en un lieu qui, à l’époque, était une piscine populaire publique (on a pu voir, depuis quelques semaines, que cela a considérablement changé…) : la piscine Molitor, à Boulogne-Billancourt. Le mannequin : une danseuse nue du Casino de Paris, Micheline Bernardini.

            Le deux-pièces de Réard va être relancé par une des scènes mythiques du cinéma : Ursula Andress sortant de l’eau, en bikini blanc, dans James Bond contre Dr. No (Terence Young, 1963, avec Sean Connery). La carrière de la sculpturale actrice – de cette… « bombe » suisse – était lancée elle aussi, avec le statut définitif de « James Bond girl »…

            Le chanteur et acteur Dario Moreno (1921-1968), qui connut une belle popularité des années 1950 jusqu’à sa mort, compta parmi ses « tubes », outre Si tu vas à Rio et Brigitte Bardot, Itsy Bitsy Petit Bikini (chanson, dont l’adaptation française est due à Lucien Morisse et André Salvet, interprétée par d’autres grands noms des variétés : Dalida, Richard Anthony, Line Renaud…).

Le mot du 28 juin 2014

alizé

            La championne de tennis française Alizé Cornet a créé la sensation, à Wimbledon, en battant la très athlétique Américaine Serena Williams, numéro 1 mondiale, en trois manches (et non en « trois jeux », comme disent par erreur certaines personnes). Avec 60 kilos pour 1,73 mètre, la jeune Française se classe dans la catégorie des « poids légers », en adéquation avec son prénom aérien !

        Alizé est en effet le nom (masculin) de vents réguliers des zones intertropicales : l’alizé de l’hémisphère Nord, l’alizé de l’hémisphère Sud. Le terme est le plus souvent employé au pluriel, seul ou bien comme adjectif au sein du syntagme vents alizés.

                                    Ils allaient conquérir le fabuleux métal

       Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,

   Et les vents alizés inclinaient leurs antennes

Aux bords mystérieux du monde occidental.

           (José Maria de Heredia, les Trophées, « Le Moyen Âge et la Renaissance. – Les conquérants. »)

             L’origine du vocable est très controversée, et c’est avec la plus grande prudence que l’on mentionne, entre autres hypothèses, l’éventualité d’un lien avec les dérivés du latin lixare, « lessiver », « lisser » : d’où un temps lisse, doux, marqué par des vents eux-mêmes doux et légers…

            La graphie avec un salisé –, parfois rencontrée dans des textes de naguère, voire d’autrefois, n’est plus en usage. La proximité avec Élysée entraîne de temps à autre une bévue d’orthographe, à savoir « alizée »… graphie qu’il ne faut pas craindre de dire fautive !

            Tous les noms de vents étant des noms communs (à part les noms de vents des mythologies qui sont en même temps des dieux ou des demi-dieux), il n’y a aucune raison de mettre de majuscule ni à alizé, ni à mistral, simoun, tramontane, noroît, fœhn, sirocco, harmattan, etc.

               L’adjectif dérivé alizéen, alizéenne, est couramment employé.

Le mot du 27 juin 2014

guère

            Les Français n’ont guère d’occasions de se réjouir – on mettra à part les membres de la florissante oligarchie ploutocratique qui détient en notre « démocrassouille » mollassonne les pouvoirs réels, dont un fort pouvoir d’achat. En usant non de l’épanaphore présidentielle, mais de la litote et de l’euphémisme, chacun constate qu’il n’y a guère d’amélioration dans le domaine de l’emploi, qu’il n’y a guère de logements nouveaux proposés aux gens modestes, qu’il n’y a guère de redressement du niveau général des élèves de l’éducation nationale (voire les enquêtes européennes), etc.

            Comme on le sait, l’adverbe guère signifie « pas beaucoup ». La question s’est souvent posée de savoir si l’on pouvait utiliser un singulier avec guère de quand il s’agit de choses concrètes ; si, par exemple, il était licite d’écrire : « il n’est guère d’homme politique qui ne soit exposé à la corruption ». Que l’on mette « pas beaucoup » à la place de guère, et il devient évident que le PLURIEL est obligatoire : pas beaucoup d’hommes politiques qui ne soient exposés… puisque « pas beaucoup » implique tout de même un certain nombre, en tout cas plus de deux. Or, à partir de deux unités, on se trouve évidemment dans le pluriel.

            On peut donc estimer que :

            1° guère de doit être suivi du PLURIEL chaque fois que le mot s’applique à des choses dénombrables, telles que des êtres ou des objets : nous n’avons plus guère de lapins dans notre clapier ; il n’y a guère de nuages dans le ciel… ;

         guère de doit être suivi du SINGULIER chaque fois que ce mot s’applique à des choses non dénombrables, soit qu’il s’agisse d’une matière fluide ou pulvérulente : tu n’as guère mis de sel dans la soupe ; ils n’ont guère d’eau, dans ce pays ! ; soit que le propos roule sur des sentiments ou sur des abstractions : on ne trouve guère de fantaisie dans cette pièce ni d’imagination chez son auteur. Ce raisonnement paraît empreint de logique, et peut servir de guide, pensons-nous. Il permet d’ailleurs de préciser ses intentions. Par exemple : il n’y a guère de raison dans vos arguments, cela veut dire qu’ils sont peu raisonnables, que la raison ne les caractérise pas spécialement ; tandis que : il n’y a guère de raisons dans vos arguments veut dire qu’ils sont dénués de motifs, qu’on n’a pas cherché à les étayer par de convaincantes démonstrations.

            Cela dit, dans des textes de caractères fort divers, des auteurs ont employé le singulier pour des êtres et des choses qui peuvent s’individualiser. La doctrine ci-dessus exposée est sinon une règle rigide, du moins un bon fil conducteur, un repère intéressant pour le plus grand nombre des cas…

Le mot du 26 juin 2014

équateur

                Il fallait s’y attendre : nombre de commentateurs sportifs (?) des médias, après avoir porté aux nues l’équipe de France de football à la suite de la belle victoire sur les Suisses, descendent en flammes Didier Deschamps et ses Bleus après le match nul concédé face à dix Équatoriens. L’excès dans la critique succède, comme trop souvent, à la démesure dans le dithyrambe…

            L’entraîneur français semble bien, pourtant, mener son affaire avec intelligence, lui, en ménageant tels cadres de son équipe en vue de matchs censés devoir être plus âpres, et où l’élimination, là, est directe.

         Nos mêmes fins commentateurs fustigent presque tous le peu d’engagement des Équatoriens. Il nous a semblé, pourtant, que réduits à dix pendant plus de la moitié du match, ces derniers ont fait de leur mieux, et en montrant une belle combativité jusqu’à la dernière minute. Dans l’impossibilité de dégarnir leur défense, il était normal, de leur part, de procéder par de rapides contre-attaques. De plus, ils auraient sans doute pu protester plusieurs fois auprès d’un arbitre un peu trop gentil à l’égard de joueurs français aux interventions quelquefois très rudes…

            Laissons ici le football pour rappeler que si le nom du pays s’écrit évidemment avec une majuscule, puisque c’est un nom propre (les habitants de l’Équateur), il n’en va pas de même quand il s’agit de la ligne imaginaire qui fait le tour du globe : Ce jour-là, le navire franchit l’équateur. Car dans le second cas il s’agit d’un nom commun, et, cela, même quand ce terme, par métonymie, prend l’acception de « région voisine de l’équateur », de « régions traversées par la ligne imaginaire de l’équateur » : Le soleil ardent de l’équateur calcine les rares végétations africaines ; Sous l’équateur, les caractères s’amollissent…

 

 

 

Le mot du 25 juin 2014

cannibale

 

            Un individu étrange et dangereux sévit au sein de l’équipe uruguayenne lors du « Mundial » : un certain Luis Suarez. Ce footballeur très spécial est un « serial mordeur » (pas encore « murderer »)… Il a en effet l’habitude, depuis des années, de se ruer soudainement sur un adversaire, de temps à autre, pour le mordre sauvagement. Non dénué de talent, il a joué dans l’équipe prestigieuse de l’Ajax d’Amsterdam, et aux Pays-Bas il fut surnommé « le Cannibale de l’Ajax ». Ses dons dans le domaine footballistique ont dû le protéger, car, normalement, il aurait déjà dû être exclu à tout jamais des terrains de sport.

            Est-ce un dément ?… Dans ce cas, ce serait un « intermittent » de la folie, car lors de son dernier « exploit », où il planta ses crocs dans l’épaule d’un défenseur italien, Giorgio Chellini, il choisit bien le moment où l’arbitre tournait le dos, puis simula, en très bon comédien sensé, une blessure lors du choc… Mais les caméras, elles, ont tout filmé, et l’épaule du joueur italien portait nettement la marque de l’implantation des solides quenottes de l’attaquant uruguayen, surnommé aussi, et c’est plus valorisant car reconnaissant ses qualités de tireur au but, « le Pistolero ». Mais, en vérité, c’est un drôle de… « pistolet » !

            La suite logique et normale devrait être au moins l’exclusion du footballeur pour toute la fin de la compétition mondiale. Ou bien, alors, on condamnera ce petit-cousin de « C’Hannibal Lester » (« Hannibal le Cannibale », formidablement interprété, au cinéma, par Anthony Hopkins) à porter lui aussi un masque de fer grillagé, une muselière renforcée !

            Cannibale est un nom commun et adjectif noté dès 1515 (Marignan !), mais avec un seul n, au sens de « individu des peuplades anthropophages des Antilles ». Le mot serait venu, via l’espagnol canibal, de l’arawak caniba qui désignait les Caraïbes antillais. D’autres sources donnent le mot caraïbe caribe, « hardi », terme par lequel se désignent les Caraïbes.

            En toute rigueur, on ne doit pas faire de cannibale et d’anthropophage des synonymes absolus : le premier terme peut être employé à propos d’êtres humains comme d’animaux qui mangent des êtres de leur propre espèce ; le second ne peut s’utiliser que pour des êtres humains mangeant de la chair humaine. Ces poissons appartiennent à une espèce cannibale. Les Caraïbes avaient pour coutume de manger leurs ennemis mâles ; c’étaient des cannibales, des anthropophages. « « Il ne s’agit pas ici d’Australiens timides ou abrutis, mais bien d’une race intelligente et sanguinaire, de cannibales friands de chair humaine, d’anthropophages dont il ne faut attendre aucune pitié. » » (Jules Verne, les Enfants du Capitaine Grant.)

             Nos amis belges dénomment depuis longtemps cannibale un steak tartare servi sur un toast, et l’un d’entre eux, peut-être le plus grand champion cycliste connu, Eddy Merckx, a été surnommé « le Cannibale », parce qu’il voulait tout gagner, des classiques aux courses par étapes : il voulait tout dévorer !

Le mot du 23 juin 2014

crack

            L’arrestation d’un réseau de trafiquants de crack et de cocaïne dans le nord-est de Paris a fait les gros titres des médias lundi 23 juin. Crack est le nom donné à la forme base libre de ce qu’on appelle couramment « la cocaïne », et cette dénomination anglo-saxonne vient du bruit, du craquement sonore, qu’émet ce produit en brûlant. Il y a donc une parenté avec l’interjection/onomatopée française « crac ! », utilisée pour exprimer un bruit sec, celui de choses qui se brisent, se cassent, se déchirent…

            Cette onomatopée, notée en 1492, l’année où un certain Colomb découvrit sans le savoir le Nouveau Continent, a été créée pour traduire, très précisément, le « cri du faucon ayant des vers intestinaux » ! Pour Furetière (1690), c’est le nom d’une « maladie des faucons »… L’acception de « bruit de quelque chose qui se casse »est datée des années 1610, alors que c’est dès les années 1535-1540 que l’interjection a été notée pour marquer la promptitude ou la soudaineté. Au Canada, les locutions d’un crac, dans un crac, « rapidement », ont été très employées jusqu’au milieu du XXe siècle, semble-t-il.

            On retrouve les vers avec le nom composé crac-crac (non pas avec la tonalité contemporaine joyeusement égrillarde !), que des auteurs ont utilisé pour caractériser le bruit trahissant l’activité de ces bestioles à l’intérieur de meubles : « Ces petits vers qui se logent dans le bois des chaises et des meubles dont j’entends le crac-crac dans ma chambre » (Eugénie de Guérin, Journal). Autres vers : ceux de Verlaine ! Le Trésor de la langue française mentionne un vers du poète où il est question d’un caleçon qui, en se déchirant, fait « crac ! ».  

            Solide blanc à jaunâtre, le crack se présente sous la forme de « cailloux » ; c’est pourquoi ce dernier mot, le plus souvent au singulier, est synonyme de crack, de même que son verlan phonétique youka. Autre contrepèterie : kecra, verlan de crack. Autres synonymes plus ou moins familiers : cocaïne purifiée, freebase, coke basée, ferrero, biscuit…

            Le nom du produit illicite est par ailleurs l’homographe et l’homophone du nom masculin d’origine britannique désignant un champion, un as, un « aigle », que ce soit en sport ou en tout autre domaine : « C’est un crack de l’algèbre », « Dès que la route s’élève, c’est un crack, qui rappelle les Bahamontès et Charly Gaul ! ». À l’origine, le terme a désigné un exceptionnel cheval de course, puis un lévrier de course également hors du commun. Et c’est par extension que le terme a été appliqué à un champion sportif remarquable ; une seconde extension a étendu l’emploi du vocable à propos de personnalités brillant dans une spécialité.

            Tout étant lié, imbriqué, il faut voir dans ce second crack au sens de « champion » un descendant de to crack, « faire du bruit en cassant, en… craquant ». De « faire du bruit », on est passé, en anglais, à « parler à voix haute, parler fort », donc « fanfaronner, se vanter »… D’où, encore, « vanter, faire l’éloge » : faire l’éloge d’un cheval de course extraordinaire, et vanter, porter aux nues, une personne. Voilà pourquoi ce cheval et cette personne sont devenus des cracks !

            On ne doit pas confondre les précédents termes avec le mot allemand krach, nom commun que l’on prononce « à la française » : « crac », et que l’on écrit sans majuscule. Sa signification est : « débâcle financière », « banqueroute », et c’est pourquoi « krach financier » et « krach boursier » sont des pléonasmes à bannir.

            Autre synonyme : krak (pluriel : kraks), mot d’origine arabe qui désigne une forteresse édifiée par les croisés en Palestine et en Syrie. On connaît surtout le krak des Chevaliers (C majuscule obligatoire : c’est son nom propre, dans l’Histoire), ouvrage fortifié construit dans le comté de Tripoli. Cette graphie a supplanté de nos jours les variantes karak, krac, parfois crac, utilisées dans certains textes.

            Par ailleurs, le substantif féminin craque, issu de craquer au sens de… « se vanter », « mentir », est couramment utilisé, dans la langue familière, comme synonyme de « baliverne », de « mensonge », d’ « affabulation » : raconter des craques. (On a même noté une interjection cracq ! utilisée pour manifester le peu de crédit accordé à ce qu’une personne venait de dire…) Faisant partie des dizaines et des dizaines d’expressions calembouresques fondées sur l’homonymie ou le rapprochement avec un nom de lieu, on ne manquera pas de mentionner ici : « être de Cracovie » et « venir de Cracovie », qui se rapportent à un grand menteur, à un raconteur de craques ! Il y eut même au Palais-Royal, à Paris, sous la Révolution, un « arbre de Cracovie », ainsi surnommé parce que ceux qui se réunissaient là échangeaient racontars, cancans, bouteillons…

            Ce site ne négligeant pas l’humour de qualité, cette chronique se terminera par un salut à l’humoriste Cami (1884-1958), dont Charlie Chaplin a dit qu’il était « le plus grand humoriste in the world ». Entre autres personnages burlesques, Cami a créé le baron de Crac, qui, dans son château de la Cracodière, raconte des… craques à ses invités, leur relatant ses aventures invraisemblables, ses exploits fantastiques. Cami s’est évidemment inspiré du fameux baron de Münchhausen, officier allemand ayant réellement existé, au XVIIIe siècle, et connu dans toute l’Europe pour ses affabulations transcrites par l’écrivain Rudolf Eric Raspe. Münchhausen fut surnommé, à son époque, le « baron de Crac » (le « baron du mensonge »), d’après… l’expression française « raconter des craques » !

Le mot du 16 juin 2014

Coma

             « À vaincre sans péril on triomphe sans gloire… » : même si l’équipe de France de football a fourni un bon match dimanche soir, sortant ainsi du coma en compétition mondiale aux yeux de ses supporteurs à bon droit enthousiastes, il n’en est pas moins vrai que ce fut face à de calamiteux Honduriens plus prompts à agresser leurs adversaires qu’à taper dans le ballon. Avant de reparler des footballeurs français dans nos « mots du jour », nous attendrons donc des matchs plus assurément probants.

            En revanche, le mot coma mérite, apparemment, d’être mis en exergue, par les nouvelles concernant le pilote automobile allemand Michael Schumacher… Sa « porte-parole », Sabine Kehm, a en effet diffusé lundi 16 juin un communiqué qui, semble-t-il (il faut rester prudent, toutefois), annoncerait une sensible (?) amélioration de l’état de santé du champion de formule 1 : celui-ci, qui « n’est plus dans le coma », «  a quitté le CHU de Grenoble pour continuer sa longue phase de réadaptation, qui ne se déroulera que dans le cadre privé ».

            Michael Schumacher a donc été transféré en Suisse, au Centre hospitalier universitaire de Vaud, à Lausanne.Le porte-parole de cet établissement, Darcy Christen, n’a apporté aucune information précise sur l’état de santé du pilote, se bornant à déclarer que « sa famille est avec lui, dans un espace aménagé spécialement pour préserver leur intimité et pour assurer les meilleurs soins possibles ».

            La première datation de coma (mot issu du grec, « sommeil profond ») au sens de « état léthargique » – c’est-à-dire de prostration avec perte de conscience, de sensibilité, de motricité volontaire – dans un contexte médical, remonte au milieu du XVIIe siècle. Le substantif féminin comathérapie désigne une démarche consistant à plonger, à maintenir, les personnes dans un état de coma à des fins thérapeutiques.

            Attention à ne pas confondre, orthographiquement, avec comma, terme de musicologie désignant un très petit espace de la valeur du cinquième au dixième de ton ! Le Dictionnaire de l’Académie française, en certaines de ses premières éditions, mentionnait l’existence, en langage d’imprimerie, du comma, « une espèce de ponctuation qui se marque avec deux points l’un sur l’autre ». Le deux-points, quoi !

            Il ne fait pas de doute que, en un sens figuré mais bien concret pour eux, hélas, un grand nombre de Français souhaitent que le pays sorte de son profond coma économique et social…

Le mot du 13 juin 2014

Déconfiture

            La « Roja » vêtue de blanc a été balayée 5 à 1 (et le score eût pu être bien plus sévère encore, en toute justice), vendredi 13 juin, par des « Orange » en bleu… Des Espagnols inexplicablement lourdauds et empruntés alors qu’ils ont brillé en championnats et en Coupes ont été dépassés, quasiment ridiculisés, par des Néerlandais où se mêlent virtuoses aguerris et jeunes joueurs beaucoup moins expérimentés.

            Les vaincus ont semblé incapables de courir, de réagir vite : les joueurs du Real et du FC Barcelone seraient-ils épuisés par une saison trop chargée ?…

           Ce revers qui sème le désarroi même chez le sélectionneur ibérique Vicente del Bosque peut être qualifié – selon le degré de désappointement des supporteurs, toujours prompts, tels des journalistes sportifs, à brûler à l’excès ce qu’ils ont adoré la veille, quitte à retourner leur veste le lendemain – de « désastre », de « débâcle », de « Bérézina » (allusion à la déroute de l’armée napoléonienne en Russie, en 1812, sur les bords de la Bérézina)…

     Peut-être s’est-il agi d’un collectif « jour sans »… Auquel cas, si les footballeurs espagnols déconfits ne sont pas, effectivement, fourbus, rompus, harassés,  vidés, s’ils ne sont pas définitivement « raplaplas », on peut attendre d’eux un tout autre visage lors des prochains matchs.

       De la famille de confire, confit et déconfit s’écrivent avec un t final, que certains oublient parfois : des fruits confits, des confits d’oie, être confites en dévotions…

L

Prononciation de « lacs »

« Lak » ou « la » : quelle est la prononciation correcte du mot « lacs » (« tomber dans le lacs ») ?  Telle est la question émanant du secrétariat général d’une municipalité du sud de la France…

Le mot « lacs » (qui prend un « s » final même quand il est au singulier) est de la famille de « lacet », et désigne un cordon, un collet de chasse ou de braconnage. Il se prononce « lâ », le « c » et le « s » étant muets (comme dans « entrelacs »).

La mauvaise prononciation est due à la confusion entre « tomber dans le lacs » (= tomber dans le piège) et « tomber dans le lac » (= tomber à l’eau, échouer [projet, affaire, etc.] ).

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« Lagon » ou « lagune » ?

Une de nos anciennes élèves correctrices s’interroge sur l’éventuelle synonymie de « lagon » et de « lagune« , car elle dit ne pas s’y retrouver après avoir consulté un certain nombre d’ouvrages…

Il est vrai que la lecture de différents dictionnaires (tout court) et dictionnaires de difficultés laisse perplexe !

Le nom commun masculin lagon ne s’emploie que pour désigner une étendue d’eau marine enfermée ou séparée par des formations coralliennes.

Le Grand Larousse encyclopédique en 10 vol. + 2 estime que ce mot, qui vient de l’espagnol lago, « lac », « désigne aussi bien la nappe d’eau enfermée par un atoll que celle qui se trouve entre un récif-barrière et la côte ». Mais Robert a déclaré « abusive » l’acception « lagune centrale d’un atoll ». Ce qui est tout le contraire d’A. V. Thomas, Dictionnaire des difficultés de la langue française, qui dit : « Un lagon est l’étendue d’eau qui occupe le centre d’un atoll (en ce sens, il est souvent confondu avec lagune) « .

Le Petit Robert remarque : « lagune […], étendue d’eau centrale d’un atoll (parfois confondu avec lagon)« . Si l’on va chercher dans Quillet, on y voit que le lagon est une nappe d’eau qu’isole plus ou moins un cordon corallien côtier, ou bien que c’est le petit lac central d’un atoll !

On le voit : la terminologie n’est pas très unifiée… Contradictoire, même. Si l’on se reporte au volume Océanie de la fameuse Géographie universelle de P. Vidal de La Blache et L. Gallois (A. Colin, Paris, 1930), on constate que le seul mot utilisé par l’auteur (Paul Privat-Deschanel) est lagune.

Notons au passage que lac, lagune et lagon (… et même lacune) ont une seule et même origine latine (lacus, « lac ») et grecque (lakkos, « bassin »), d’où lagon est arrivé en français par l’espagnol et lagune par l’italien, tandis que l’allemand adoptait Lagune et l’anglais lake et lagoon

Devant les contradictions entre lexicographes, qui reflètent évidemment des emplois divers du mot lagon, nous nous en tenons donc à la définition que nous donnions de ce mot au début de notre réponse.

Quant à lagune, nous dirons que l’on entend généralement par ce terme une étendue d’eau marine isolée par un cordon littoral, ou un petit lac s’inscrivant dans un lieu marécageux.

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« Le peu de » (accord avec)

Un internaute assidu souhaiterait vivement nous voir trancher entre le singulier et le pluriel dans la phrase suivante : « Le peu de kilomètres parcouru(s) dans la journée n’a pas (n’ont pas) permis aux randonneurs d’atteindre le gîte… ».

L’accord avec « le peu de«  suscite régulièrement des hésitations et des interrogations… Littré disait que cela dépendait entièrement « de la pensée de celui qui parle ». Les grammairiens contemporains restent sur cette position de souplesse, en indiquant que l’on optera en principe   –  pour le verbe  –  pour le singulier ou pour le pluriel selon que le locuteur veut insister sur l’idée de manque ou sur une notion positive exprimée par le complément au pluriel… « Le peu de connaissances qu’il a acquis n’a pas suffi à lui faire passer son examen »; « le peu de connaissances qu’il avait acquises lui ont permis d’obtenir son brevet supérieur ». Toutefois, même en mentionnant le même raisonnement, certains maintiennent le verbe au singulier, en faisant porter la différence d’orthographe uniquement sur les participes passés : « Le peu de connaissances qu’il avait acquis [ou : acquises] n’a pas [ou : a ] permis… »

Dans l’exemple soumis par notre correspondant, nous préférons nettement mettre au pluriel « parcourus » (accordé sur « kilomètres »), mais en gardant le singulier pour le verbe puisque la notion est celle d’un manque, d’une quantité insuffisante de kilomètres parcourus…  =  « Le peu de kilomètres parcourus dans la journée n’a pas permis aux randonneurs d’atteindre le gîte. »

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Métis ou métis

            Une de nos anciennes stagiaires n’hésite pas trop sur la majuscule à mettre à Blanc et à Noir quand ces termes désignent des êtres humains, mais s’interroge sur le mot métis. S’agit-il d’un terme exigeant la capitale ?…

            Effectivement, la majuscule est obligatoire lorsque Blanc et Noir sont employés pour parler de personnes de race blanche ou de race noire : les petits Blancs de Louisiane, le jazz fut créé par les Noirs…

            En revanche, métis(se) est un nom commun et adjectif, comme mulâtre(sse). Il n’y a donc aucune raison, et cela n’est en aucune façon péjoratif ni désobligeant, de vouloir y mettre une capitale initiale : des métis de nationalité mexicaine, de joyeuses métisses.

23 juin 2014.