Archives mensuelles : janvier 2018

Le mot du jour du vendredi 19 janvier 2018 (2)

La deuxième question du jour (et la réponse)

            « Cher Jean-Pierre Colignon,

            Je me permets de soumettre à votre sagacité une citation de Simone de Beauvoir, relevée dans le Figaro daté du 9 janvier : « Je me disais que, tant qu’il y aurait des livres, le bonheur m’était garanti ».  N’y a-t-il pas une faute de concordance des temps ? N’aurait-il pas été plus correct d’écrire « le bonheur me serait garanti » ?  Ou, alors : « Je me disais que, tant qu’il y avait des livres, le bonheur m’était garanti » ?

 

            Effectivement, et même si certains ont tendance à montrer beaucoup d’indulgence à l’égard d’écrivains reconnus, célèbres,  vous avez raison.  La rigueur de la concordance des temps aurait dû conduire à écrire : « Je me disais que tant qu’il y aurait des livres le bonheur me serait garanti ». Ou : « Je me disais que tant qu’il y avait des livres le bonheur m’était garanti ».  La ponctuation adoptée par Simone de Beauvoir (deux virgules) n’est pas fautive, mais je préfère nettement ne pas interrompre le coulé de la phrase. C’est pourquoi j’ai fait disparaître les deux virgules !   :o))

 

 

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Le mot du jour du vendredi 19 janvier 2018(1)

La question du jour (et la réponse)

 

           « Bonjour,  Monsieur Colignon,

           Je tombe sur cette phrase : « Nous nous sommes souvent entretenus sur le comportement des loups ». L’accord du participe passé est-il correct ?… »

 

 

Oui, car s’entretenir est un verbe pronominal (non essentiellement) dit « réciproque » :  on peut compléter mentalement par « l’un l’autre », « les uns les autres ».  L’action est à la fois accomplie et reçue par chacun(e) : Elles se sont entretenues longuement.

 

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Le mot du 18 janvier 2018 (3)

La deuxième question du jour (et la réponse)

            « Je vais déménager et je me pose la question par rapport à l’orthographe du nom de la rue où se trouve l’appartement.
Il s’agit d’une rue nantaise qui se trouve sur l’île de Nantes (44200) : la rue  » la Tour d’Auvergne »…
Selon Wikipédia, la voie fut baptisée en l’honneur de Théophile-Malo de La Tour d’Auvergne-Corret, militaire français, premier grenadier des armées françaises.
Quelle est l’orthographe correcte de cette rue ? J’ai vu plusieurs variantes : « Rue la Tour d’Auvergne, Rue la Tour-d’Auvergne, Rue de la Tour d’Auvergne »… Quel est le nom officiel de cette rue ? Et, pour l’adresse postale, est-ce qu’il faut laisser tomber tous les accents, les traits d’union, etc. ?
Bien cordialement. »

 

 

L’orthographe du nom de celui qui a pour surnom dans l’Histoire « le premier grenadier de la République »  a varié, varie sans doute encore, que ce soit pour l’ordre des termes   –  « Corret de La Tour d’Auvergne »  ou  « de La Tour d’Auvergne-Corret »,  ou pour la minuscule ou la majuscule à l’article « la =//= La ».   Aujourd’hui,   la majuscule à La  s’est imposée, et il n’y a pas ces oppositions sempiternelles rencontrées pour le nom, à Paris notamment, de « La Tour – Maubourg »  =//=   « Latour-Maubourg »…

Les noms d’artères publiques désignent des lieux, et non plus des personnes, d’où   :    « Jean-Marcel  Hugo habite avenue Victor-Hugo ».

Je ne sais pas, alors que je vous réponds sur-le-champ, quelle forme a été adoptée officiellement par la Ville de Nantes, car c’est cela qui est la référence :  « rue La Tour… » ou « rue de La Tour… ».   En tout cas, pour le reste, la norme est la suivante :

rue (de ???)   La Tour-d’Auvergne

Il n’y a jamais de trait d’union, en principe, même dans un nom de voie publique, entre un article défini premier terme du nom du lieu et le terme qui suit :   rue   La Fontaine, avenue de La Bourdonnais…  L’usage « flotte » un peu, sur les plaques de rues, dans des cas comme « rue Jean-de-La Fontaine », parfois abusivement transformée en « rue Jean-de-la-Fontaine ».  La rigueur n’est pas la vertu première des services municipaux chargés, dans toutes les communes, de la signalétique, de la fabrication et de la pose des plaques administratives. Ces employés ignorent généralement les règles orthographiques et orthotypographiques…

La Poste, qui fut naguère un grand service public garantissant la distribution de 100 % du courrier ordinaire à J + 1,  n’a pas à contribuer à l’illettrisme et à l’inculture, notamment des jeunes générations, en massacrant l’orthographe des noms d’entités géographiques et politico-administratives.  Ses recommandations préconisant l’abandon, dans la ligne du code postal, des signes de ponctuation, des apostrophes, des traits d’union, des accents et des minuscules, au prétexte de favoriser la lecture optique, sont une mauvaise action.  Dans la presse, on dispose de logiciels capables de déchiffrer tout cela. Pourquoi La Poste n’a-t-elle pas été capable, avec des ingénieurs informaticiens compétents, de mettre au point un lecteur optique performant et qui irait néanmoins très vite dans sa lecture ?…

Il faut respecter les noms propres et la culture générale, et les règles orthotypographiques !   Donc, mettre :  29120 PONT-L’ABBé  (= « é » en majuscule, bien sûr, ici),    ou :   29120   Pont-l’Abbé (mais je suis partisan de l’écriture en majuscules),  et non « 29120   PONT  L  ABBE »;  85350   L’ÎLE-D’YEU,  et non « 85350   L  ILE  D   YEU » ;   14130 PONT-L’E (comprendre : é majuscule)VÊQUE, et non  « PONT  L  EVEQUE » ;  61600 La Ferté-Macé, et non « 61600   LA   FERTE   MACE » ; 57260 Guéblange-lès-Dieuze, et non « GUEBLANGE   LES   DIEUZE »…

 

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Le mot du 18 janvier 2018 (1)

La question du jour (et la réponse)

 

           « Bonjour, Monsieur Colignon,
Dans le Larousse  –  éditions 2016 et 2018  –, la définition du mot
palomino est la suivante :  » Se dit d’un cheval à la robe
alezan, cuivrée ou dorée et aux crins blanc argenté ».
J’écrirais « alezane ». Ce mot qui est un adjectif simple désignant
une couleur devrait s’accorder en genre et en nombre avec
robe… à moins qu’il n’y ait là une subtilité grammaticale
qui m’échappe.
Je souhaiterais avoir votre avis. Merci. »

 

 

 

C’est extrêmement compliqué…   Plus que cela, même : carrément insoluble en raison des contradictions existant entre dictionnaires et milieux baignant dans l’hippologie et l’hippisme.  Je ne peux pas, dans ces conditions, trancher péremptoirement. Je ne peux qu’avoir un avis (voir plus loin)…

 

Pour certains, alezane ne qualifie que la jument, mais pas la robe; ceux-là (dictionnaires  –  je ne m’en tiens pas au PLI et au PR…  –  et milieux hippologiques) appliquent, mais parfois en se contredisant, « une jument alezane » mais « une robe alezan ».   Pour d’autres    (également dictionnaires et milieux hippologiques),  alezane s’accorde tout le temps :  « des juments alezanes, des robes alezanes »…

D’autres suivent  une démarche plus « tordue »   :   « les robes alezanes« ,  se subdivisant en « robe alezan », « robe alezan doré », etc.

Il me semble relever du bon sens d’adopter, pour l’adjectif féminin, alezane dans tous les cas.  (Sauf, évidemment, pour les composés robe alezan doré,  etc.)  Mais, compte tenu des contradictions entre linguistes et entre dicos,  dans l’état actuel des choses, je n’utiliserai  pas le terme, en tant qu’adjectif féminin,  dans une de mes  dictées.   Il y aurait trop de contestations possibles, dans un sens comme dans l’autre !

 

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Le mot du 18 janvier 2018 (2)

La question du jour (et la réponse)

 

Il n’y a pas unanimité pour cette majuscule, loin de là !   Et il n’y a pas toujours la majuscule dite « d’unicité » pour les organismes et institutions uniques… Dans l’usage, on voit autant de curie et curie romaine que de Curie et Curie romaine.

Dans le contexte d’un ouvrage consacré au Vatican, on peut tolérer la capitale…

 

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Le mot du 17 janvier 2018 (1)

Le nom de collectionneur(-euse) du jour

 

Les placofiscacycléphiles sont les collectionneurs de… plaques fiscales de vélos !

 

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Le mot du 16 janvier 2018 (3)

La deuxième question du jour (et la réponse)

 

            « Bonjour,

            Je n’arrive pas à retrouver un mot entendu lors d’une émission télévisée qui était centrée sur les dieux et déesses…  Il s’agissait d’une déesse, sauf erreur.  J’ai vaguement en tête quelque chose comme « anediome »…  Merci de me renseigner. »

 

Heu…  Je ne vois pas bien, a priori…  Le seul terme qui pourrait se rapprocher,  et au sens de  « qui sort de l’eau », ce serait à propos de Vénus, souvent représentée comme sortant d’une conque, d’un coquillage… ??   Soit : « anadyomène »  =  « sortant de l’eau, des eaux »,  voire « qui sent l’écume ».  Voir le sonnet iconoclaste de Rimbaud   Vénus anadyomène

 

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Le mot du 16 janvier 2018 (2)

La bourde du jour

 

            L’ami Jacques Dumeunier, très affûté, a repéré dans un quotidien national daté 13 janvier, au sein d’un article intitulé « À Strasbourg, le football revit », une confusion entre deux verbes quelque peu paronymiques, mais pas du tout synonymes : « L’ancien défenseur international ne se dépare pas de son grand sourire ». Bravo à ce sportif pour son alacrité, pour sa bonne humeur !   Mais sa joie de vivre aurait dû être exprimée par le verbe départir, et non par le verbe déparer …

Cet homme heureux ne se départ pas ( = ne se sépare pas) de son grand sourire !  On ne voit pas comment le fait de sourire le déparerait ( = altérerait sa sympathique physionomie) !

 

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Le mot du 16 janvier 2018 (1)

La question du jour (et la réponse)

 

            « Cher Monsieur,

            Voici une question d’usage dans le domaine médical. Les éléments anatomiques sont en général dénommés par le type de la structure suivi d’un adjectif (l’artère humérale, le nerf facial, l’os pariétal, etc.). Dans le langage courant, même écrit, il est habituel, lorsqu’il n’y a pas de risque de confusion, d’omettre le nom de la structure pour ne conserver que l’adjectif, qui se retrouve alors précédé de l’article : l’huméral, le facial, le pariétal…Faut-il, à votre avis, écrire ces adjectifs devenus noms avec une majuscule ou avec une minuscule ? Autrement dit : faut-il les considérer comme des noms propres (mais quid de l’article qui, en principe, ne peut précéder des noms propres ?) ou des noms communs ? Cette épineuse question me vaut un lancinant désaccord avec ma secrétaire. Pouvez-vous contribuer à le résoudre ? Merci. »

La disparition  –  par ellipse  –  du substantif pour ne conserver que le seul adjectif ne transforme pas ce dernier en nom propre, mais en nom commun. Il n’y a aucune raison de mettre une majuscule initiale. Donc : l’humérale, le facial, le temporal

Nous ne sommes pas dans le cas de la bibliothèque Vaticane  (ou : la Vaticane), où l’adjectif issu d’un nom propre, étant un terme spécifique, l’emporte sur le terme générique banal, et prend donc toujours la majuscule.  Ni dans celui de la majuscule dite « par ellipse » (Polytechnique pour l’École polytechnique, Normale sup  pour l’École normale supérieure, la Nationale pour la Bibliothèque nationale…).

 

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Le mot du 15 janvier 2018 (2)

Le mot (ou la locution) insolite

 

Change banal

 

            Il s’agit ici d’un helvétisme.  On le trouve, avec sa définition, au chapitre IX des Souvenirs qu’a laissés Arthur Arnould, membre de la Commune de Paris (IVe arrondissement), né à Dieuze (Moselle) le 17 avril 1833, exilé à Genève après l’écrasement de l’insurrection parisienne, mort à Paris le 26 novembre 1895.

En 1987, les éditions Collège du Travail, à Genève (diffusion, alors : Édition d’En Bas, case postale 304, Lausanne 17), ont publié sous un même titre, Souvenirs de deux communards réfugiés à Genève (1871-1873), des textes de Gustave Lefrançais et d’Arthur Arnould, et c’est dans ceux de ce dernier qu’on trouve la locution le change banal. Il l’explicite lui-même avec soin (je respecte ci-dessous sa graphie, nantie d’une majuscule) :

« Le Change banal est au banquet ce que la fédération est à l’unité. C’est une réunion où tout le monde mange ensemble, chacun apportant son écot. Dans le banquet, le repas est le même pour tous, coûte le même prix pour tous, sort de la même cuisine. Dans le Change banal, chacun apporte avec soi sa nourriture pour la manger en compagnie de ses amis et connaissances. Vous mangez votre repas exclusivement, ou vous le mettez en commun avec votre voisin pour augmenter le nombre et la variété de vos jouissances gastronomiques. Cela vous regarde. La seule chose importante, c’est que vous mangiez et buviez tous à la même heure, assis devant la même table, sous le même toit. C’est à la fois fraternel et autonome. Fraternel, car vous êtes ensemble ; autonome, car vous gardez l’indépendance de vos goûts et de vos besoins. Je préfère le Change banal au banquet. »

Il expose les raisons de son choix : « Dans le banquet, sous prétexte d’égalité et de fraternité, tout le monde mange mal. Les uns ont trop, les autres pas assez. […] Ce n’est plus de l’égalité, c’est de l’uniformité, c’est-à-dire du despotisme. Dans le Change banal, vous vous unissez pour ce qui vous intéresse tous ; […]  pour le reste, vous sauvegardez votre personnalité. »