Archives mensuelles : septembre 2014

Le mot du 25 septembre 2014

cafouillage

            Qu’il s’agisse du non-repérage de trois supposés « jihadistes » de retour en France, ou des annonces contradictoires concernant les discussions et négociations à Air France, le mot cafouillage s’est retrouvé dans tous les médias ! Un terme qui semble bien anodin pour qualifier un dysfonctionnement des plus fâcheux alors qu’il s’agit, dans le premier cas, de sécurité du territoire et des citoyens… Dans le second cas, faute d’avoir le fin mot de l’affaire pour l’instant, on peut hésiter entre une annonce inconséquente vendant la peau de l’ours avant qu’il ne soit tué, ou bien une pseudo-maladresse cachant en fait une bonne vieille astuce politicienne consistant à mettre en difficulté une des parties dans un conflit social, en lui prêtant avec certitude telle ou telle intention.

            Alors que les mesures de sécurité en France sont censées être renforcées face aux menaces accrues d’actes de terrorisme, d’attentats, ces trois personnes expulsées de Turquie vers l’Hexagone ont pu débarquer à Marseille tranquilles comme Baptiste et s’évaporer dans la nature… alors qu’elles s’attendaient à être interceptées ! Elles se sont même, ensuite, payé le luxe ironique de se signaler et d’aller se présenter à une gendarmerie…

            L’ « excuse » consistant à faire porter la responsabilité de cette énorme bourde sur la Turquie en raison, certes, d’un manque de communication à propos d’un changement d’avion ne saurait masquer la panne calamiteuse du système de contrôle Chéops, censé centraliser (est-ce bien sûr ?…) la totalité des fichiers de toutes les forces de police, de gendarmerie, etc. On a vu, sur une chaîne de télévision, un responsable policier dénoncer la fragilité dudit système…

            Cafouillage n’est donc pas ici le seul mot qui convienne – non plus qu’impéritie ou incompétence, ce qui serait outrancier et injuste – alors que l’on est en présence d’une insuffisance des moyens et des procédés.

            En ce qui concerne le conflit social à Air France, s’agit-il d’un cafouillage gouvernemental de plus, avec l’annonce apparemment hasardeuse, par le secrétaire d’État aux Transports, de l’abandon par la direction d’Air France du projet d’extension en Europe de la filiale low cost  Transavia ?… Ou est-ce « seulement » un communiqué volontairement précipité afin de contraindre les dirigeants de la compagnie aérienne, mis ainsi en état de faiblesse, à céder ?…

            Cafouiller est un verbe venu du picard et du wallon, verbe-valise issu du croisement de cacher et de fouiller… Sa signification recoupe en partie bafouiller, et dans le langage populaire a été inventée la variante cacafouiller, « dire des âneries, des bêtises », ce qui pourrait alors très bien se dire… « gagafouiller » !  :o))

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            Jeu-concours de septembre : Avec un retard exceptionnel, voici les 3 questions-jeux du concours de septembre. Exceptionnellement aussi, elles sont mentionnées à la suite du « mot du jour ». Vous avez jusqu’au 10 octobre pour envoyer vos réponses.

            Question-jeu n° 1

            Comment nomme-t-on la peur panique de la neige ?…

            Question-jeu n° 2

            Dingbat à déchiffrer : lebellebellebellebellebellebellebellebellebellebel

            Question-jeu n° 3

            Soit la liste : sorcière – fièvre – prélude – neurone – perruque – interlocuteur… Parmi les mots suivants, lequel peut logiquement prendre la suite, et pourquoi ?

            Echappatoire – calembour – paresse – réfractaire – miracle – humanité – commissaire – horlogerie – pantoufles – mélancolie – mémoire.

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Le mot du 24 septembre 2014

ignoble

            Les fanatiques qui veulent imposer à la planète entière, par la violence, par la force, par le crime, leurs idéaux (si l’on peut dire…) moyenâgeux et barbares ont donc lâchement exécuté un homme, par une immonde et ignoble décapitation. Ce meurtre particulièrement « dégueulasse », à l’image des autres précédents répugnants assassinats, reflète le manque total d’humanité et la haine de la civilisation, de la culture, de la tolérance…

            Comme tous les zélateurs de doctrines totalitaires, fascistes, racistes, machistes, ces monstrueux individus entendent effrayer les populations, pour imposer la disparition des libertés individuelles, et celle de LA liberté, au sens absolu. Il n’y aurait rien de pire que de croire se sauver, face à des néo-nazis barbares et inhumains, par un esprit munichois, par la couardise, par la poltronnerie, par la pleutrerie…

            Littéralement, ignoble est l’antonyme, le contraire, de noble, au sens social (XIVe siècle : « qui n’est pas noble ») : est ignoble celui ou celle qui appartient au monde plébéien, au milieu roturier. Appliqué à des choses, l’adjectif qualifiait des objets utilitaires, des outils, voire des travaux propres à des personnes de condition modeste ! Aujourd’hui, le terme est devenu un synonyme d’abject, de vil, d’infâme, dans le registre moral ; cette notion de « bassesse extrême », de « vilenie », de « répugnance », se retrouve dans le domaine de l’art, du physique, de l’esthétique, pour fustiger quelque chose qui inspire le dégoût, qui est horrible…

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Rappel pour les amateurs de dictées : la dictée annuelle de Bonsecours (banlieue de Rouen) se déroulera samedi 27 septembre, au centre culturel Le Casino, avenue Numa-Servin, à 14 heures. Tous renseignements et inscriptions à la mairie, au 02 32 86 52 00 et www.bonsecours.fr

Les inscriptions sont gratuites, et TOUS les participants se partageront les nombreux lots. (Les ultimes retardataires non inscrits pourront encore s’inscrire le jour même, sur place, à 14 heures.)

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Il nous faut renouveler nos excuses au sujet du jeu-concours mensuel. Celui-ci, exceptionnellement, sera mis en ligne avec le « mot du jour » du 25 septembre. Seront alors prises en compte pour le tirage au sort (en dehors des toutes premières réponses correctes reçues, récompensées directement), toutes les réponses correctes envoyées avant le 10 octobre. Nonobstant ce qui précède, le jeu-concours d’octobre sera mis en ligne le 1er octobre.

Le mot du 16 septembre 2014

étriqué

           M. Manuel Valls n’a obtenu qu’une majorité relative, en ce mardi 16 septembre, à l’issue de son discours de politique générale : 269 voix (contre 306 en avril). Les « frondeurs » du PS se sont comptés au nombre de 31 (même 32, avec cette députée qui a voté pour, mais qui affirme s’être trompée), soit trois fois plus que lors du vote précédent.

            Les adjectifs les plus employés par les commentateurs pour qualifier cette majorité sont alors : courte, rétrécie, exiguë, restreinte et étriquée.

            Étriqué, adjectif, est à l’origine le participe passé d’un verbe bien oublié : étriquer, dont la signification peut sembler contradictoire avec l’acception de l’adjectif, puisque ce vieux verbe transitif voulait dire : « étendre, allonger ». Comment ce qui serait allongé pourrait-il être… raccourci ? En fait, il faut aller plus loin dans l’exposé de la signification d’étriquer… La notion première d’ « allonger » s’est associée à celle de « rétrécir », d’ « amincir », pour laisser place à l’acception de « rétrécir », de « rendre étroit », de « priver d’ampleur » : étriquer un habit, étriquer une pièce de théâtre, des fronces qui étriquent une robe. L’emploi pronominal, appliqué à des personnes, a été noté : ce ministre a vieilli, s’est engrisaillé, s’est étriqué…, et peut correspondre à un emploi propre (au physique) comme à un emploi figuré (au moral).

            L’étymon serait le moyen néerlandais striken, « étendre, s’étendre ».

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            Rappel prochaine dictée : samedi 20 et dimanche 21, Salon du livre « Plumes d’équinoxe » au Croisic (Loire-Atlantique). Thème : les deux conflits mondiaux.

            Dictée à 14 heures, à la mairie (salle du Soleil-Royal). Inscriptions de préférence sur le site de la ville, ou sur place le jour même (en fonction des places disponibles). Mairie du Croisic : 02 28 56 78 50.

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            En vous priant d’excuser le retard : la question-jeu-concours du mois sera mise sur le site en fin de journée.

Le mot du 15 septembre 2014

coup de pouce

            Les hommes et les femmes politiques « de profession » sont retors, finassiers, roublards, finauds, avisés, malins, futés, démagogues de nature ou par obligation (pour faire pièce à des concurrents moins recommandables, dont la « tchatche » de bateleur de foire séduit trop souvent, hélas, les électeurs)… Les meilleurs peuvent être fins, intelligents, sagaces, subtils.

            Il faut donc que le trouble soit bien grand pour que des gouvernants se déjugent à chaque instant, réfutent le vendredi ce qu’ils avaient dit le mardi, pour revenir à ce que certains d’entre eux avaient proclamé le jeudi de la semaine précédente… Il faut donc que le désarroi règne pour qu’un ministère, mais en moins amusant, suive les paroles enfantines d’Il était une fermière : « Trois pas en avant, trois pas en arrière, deux pas sur le côté, deux pas de l’autre côté ». Il faut donc (allons-y de l’anaphore, nous aussi) que les esprits soient déstabilisés pour ne pas se rendre compte que ces fluctuations incessantes donnent l’impression du chaos, de l’irrésolution, et que le recours tactique – dans le sauve-qui-peut, dirait-on – à des concessions, à des reculades dérisoires (voir ci-après) évoque à coup sûr les « grosses ficelles » démagogiques.

            Aux dernières nouvelles, un « coup de pouce » – l’expression est reprise constamment – serait donné, finalement (?), non pas aux petites retraites, comme cela a encore été annoncé dimanche 14 septembre, mais seulement à l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), et serait de l’ordre de… 5 euros par mois. À l’origine, « donner un coup de pouce » a été notamment utilisé au sens d’ « aider quelqu’un dans sa carrière, favoriser un avancement », de « pistonner ». Plus largement, on est passé à « aider »… Il n’est pas certain que ce coup de pouce de quelques euros (s’il est bien confirmé !), plus proche de l’aumône, puisse être un grand… coup de main.

Le mot du 13 septembre 2014

Grande-Bretagne

            Lorsque la « Reine vierge », Elisabeth Ire d’Angleterre, décéda en 1603, son cousin Jacques (James) VI, roi d’Écosse depuis 1567, accéda alors également au trône d’Angleterre, sous le nom de Jacques Ier. Les deux royaumes étaient réunis pour des raisons de liens de parenté… mais ce n’était pas politiquement officiel. Le double souverain  (VI et Ier !) franchit cependant un pas en s’autoproclamant, le 20 octobre 1604 : « King of Great Britain and Ireland ». La « Grande-Bretagne », au sens politique et administratif – d’où le trait d’union en français –, commençait à faire parler d’elle, et ce titre nouveau fut repris par certains des successeurs du roi. En 1707, par l’Acte d’union, les deux royaumes s’unissaient officiellement cette fois, devenant le « Royaume-Uni1 de Grande-Bretagne », et les deux Parlements fusionnaient.

            Si le référendum du jeudi 18 septembre sur l’indépendance de l’Écosse donnait la victoire au « oui », le maintien de l’emploi de Grande-Bretagne deviendrait, rigoureusement, impossible, même si Londres avançait que ce mot composé allait alors désigner l’association de l’Angleterre et du pays de Galles ! (D’ailleurs, les Gallois n’envisageraient-ils pas, à leur tour, de demander un référendum !?…) La dénomination de Royaume-Uni n’échapperait pas non plus à une remise en question : n’est-ce pas une abréviation pour « Royaume-Uni1 de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord » ?

            Le rejet du « oui » éviterait bien des soucis à énormément de personnes, notamment à celles qui s’occupent d’onomastique, de relations internationales, de politique… !

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1. Le trait d’union conventionnel à Royaume-Uni tout court devient contestable, de même que la majuscule à Uni, lorsque l’on dit « Royaume-Uni de… », mais, le mieux étant l’ennemi du bien, notre longue pratique de l’orthotypographie nous incite à déconseiller d’entrer dans des subtilités excessives, dans le byzantinisme mâtiné de chinoiseries certainement superflues aux yeux de la plupart des usagers du français…

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               Pour accompagner ma dictée du 20 septembre après-midi à la mairie du Croisic (Loire-Atlantique), dans le cadre du Salon du livre « Plumes d’équinoxe », le quotidien Presse-Océan publiera toute la semaine des questions-jeux de langue française que j’ai rédigées pour ses lecteurs.

Le mot du 11 septembre 2014

anathème

 

            Plusieurs confrères des médias estiment que M. Manuel Valls lance des anathèmes contre les « frondeurs » (voir « mot du jour » précédent) qui, même seulement en s’abstenant, se mettraient, selon lui, en dehors de la solidarité due au Parti socialiste, au président de la République et au Premier ministre… Lesdits « frondeurs », du moins les plus critiques d’entre eux, parlent, eux, de « trahison » des électeurs et des idéaux socialistes par MM. Hollande et Valls.

            Tout en multipliant les mises en garde, le locataire de Matignon se défend d’être « dans la menace » ou « dans le caporalisme ». Le ton est tout de même très ferme, du type semonce, réprimande, remontrance, condamnation… D’où l’emploi d’anathème (du latin chrétien anathema) par des journalistes et commentateurs.

          Quoique aujourd’hui synonyme, par extension, dans le vocabulaire général, de « réprobation énergique », anathème reste marqué par son appartenance au lexique religieux. Les acceptions d’autrefois se rattachant à l’Antiquité et à ses croyances sont bien oubliées : « offrande faite à une divinité » et « objet détruit, ou victime immolée, offerts en expiation à une divinité ». En revanche, la signification en usage dans la religion catholique – « sentence de malédiction à l’encontre d’une doctrine ou d’une personne jugée hérétique », « peine ecclésiastique consistant à excommunier publiquement quelqu’un en le maudissant » – n’est pas ignorée des usagers de la langue française…

            Frapper quelqu’un d’anathème, lancer l’anathème contre quelqu’un, sont donc des expressions fortes se rapportant à des mercuriales, à des admonestations sévères. Les derniers propos de M. Manuel Valls sont-ils bien dans ce registre, et annoncent-ils, en cas d’ « accident(s) » lors du vote de confiance du 16, des « retombées » sévères ?…

Le mot du 9 septembre 2014

frondeur

            Les députés contestataires, au sein du Parti socialiste, cachent de moins en moins leur malaise, leurs réticences, leur opposition, à la politique menée en France. Ils ne sont pas dans le persiflage, dans la raillerie, dans l’impertinence, dans la moquerie… Non, la contestation est plus sérieuse, plus argumentée, et l’on ne voit pas se mettre en évidence, semble-t-il, de vulgaires hâbleurs superficiels…

            Le terme de frondeurs a été adopté pour désigner ces élus qui ne veulent pas être des « godillots » et qui contestent, au nom de leurs valeurs, une ligne politique allant, à leurs yeux, de plus en plus vers le centre, voire le centre droit. Toutefois, ces élus ne veulent pas « casser la baraque », n’entendent pas faire chuter le gouvernement, mettre à bas un parti politique auquel ils appartiennent. D’aucuns les féliciteront de ne pas trahir leur parti, les loueront de se montrer « responsables » en surmontant leurs divergences. D’autres les railleront, en les accusant d’aller jusqu’au Rubicon… pour y pêcher à la ligne, et d’oublier les motifs de leur contestation devant les risques de dissolution de l’Assemblée nationale et de la perte de leurs propres sièges.

           L’acception de frondeur est donc parfaitement confirmée par ces constats : le frondeur regimbe par moments, grogne comme les soldats de la Vieille Garde napoléonienne, rouspète, râle, bougonne, proteste parfois véhémentement, se refuse à être un béni-oui-oui. Mais le frondeur, même le plus déterminé, ne s’engage pas dans une dissidence plus marquée, ne s’insurge pas plus franchement (à l’exception historique, bien évidemment, des combattants de la Fronde [1648-1653]). Il utilise un lance-pierre(s), une fronde, pas un fusil-mitrailleur ni un crapouillot, même au sens figuré !

            Le mot frondeur – substantif, mais aussi adjectif : un esprit frondeur – est daté, officiellement, de 1648 avec le sens de « soldat armé d’une fronde ». Lorsqu’il désigne les insurgés de la Fronde parlementaire, puis de la Fronde des princes, soulevés contre la pression fiscale et – ou – l’absolutisme royal, le terme reste un nom commun, sans majuscule.

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      3e dictée du Salon de l’écriture de la Mairie du VIIe arrondissement de Paris : devant la coïncidence de date (5 novembre) avec la 10e dictée Jules-Verne de Nantes, au conseil général de Loire-Atlantique (dictée fixée depuis plusieurs mois), la Mairie du VIIe étudie la possibilité d’un changement de date…  À suivre.

Le mot du 8 septembre 2014

Palais-Bourbon

            Rentrée parlementaire demain, à l’Assemblée nationale, pour une courte session supplémentaire (jusqu’au 19), une session de « rattrapage » qui doit permettre aux élus d’examiner et de voter (en principe) des textes laissés en souffrance à la fin de juillet. Le premier texte que les députés étudieront mardi 9 est la « loi sur le vieillissement », qui, même compte tenu du climat politique surchauffé, devrait sinon faire l’unanimité, du moins recueillir un assentiment assez large.

      Pour la première fois au sein de ces chroniques, il sera question d’orthotypographie, c’est-à-dire de cette composante de l’orthographe d’usage qui porte sur l’emploi raisonné, logique, des majuscules, des traits d’union, du caractère italique, des guillemets, etc. En appliquant des règles fondées sur des décennies d’usage, des règles dont chaque francophone devrait connaître l’essentiel. La plupart des familiers du présent site savent sans doute que je rédige dans chaque numéro de Défense de la langue française une chronique détaillée consacrée aux règles orthotypographiques..

          Assemblée nationale s’écrit avec une majuscule au substantif parce qu’il s’agit d’une assemblée unique à l’échelon du pays, et avec une minuscule à l’adjectif parce que celui-ci vient derrière le nom. Pour la même raison, on écrit : le Conseil constitutionnel, l’Académie française, les Années folles, « les Temps modernes », « les Précieuses ridicules », la Ville éternelle, la Ville rose…

       Les surnoms étant des noms propres, la majuscule à Hémicycle est obligatoire : « L’Hémicycle se remplissait peu à peu, et seuls quelques députés s’étant attardés à la buvette se hâtaient encore vers leur siège ». Comme on s’en doute, ce surnom est dû à la forme demi-circulaire de l’amphithéâtre de l’Assemblée nationale.

            Autre façon de dénommer l’Assemblée nationale : le Palais-Bourbon, avec une graphie entérinée par l’usage (deux majuscules et un trait d’union). Ce palais fut construit, au début du XVIIIe siècle, de 1722 à 1728, pour la duchesse Louise Françoise de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan. Ce dut donc un « palais de Bourbon », un palais appartenant à la famille de Bourbon… Il n’y avait aucune raison de mettre de majuscule à palais. Puis le de a disparu, et, comme souvent lorsqu’il y a disparition d’un mot de liaison, a été remplacé par un trait d’union. La graphie « palais-Bourbon » n’étant pas jugée régulière, c’est Palais-Bourbon qui s’est imposé.

Le mot du 6 septembre 2014

dissolution

          La situation socioéconomique et politique, en France, suscite chez les Français – nul besoin de sondages plus ou moins orientés de par la rédaction des questions, ou manipulés par tels ou tels médias, pour s’en rendre compte – soit l’apathie, le découragement et le désespoir, soit la colère, voire la haine. Ces sentiments, sauf chez des militants très convaincus de différents partis et mouvements, s’expriment partout : dans la rue, chez les commerçants, sur les lieux de travail…, et englobent la quasi-totalité des hommes et des femmes politiques. Car si l’on semble arriver à l’acmé du désamour entre la population et les professionnels de la politique ce divorce ne date pas seulement des deux-trois dernières années. Tout observateur neutre et attentif arrive certainement à ce constat.

         Sur les causes, les motifs, les explications, les raisons, etc., de cette situation, chacun(e) doit avoir ses idées, son sentiment, ses convictions… Il n’est pas question d’entrer dans ce débat : les « mots du jour » sont des chroniques neutres qui s’attachent à noter, à mettre en évidence, les mots et expressions que l’actualité impose. Et l’un des mots qui reviennent le plus souvent dans les écrits et dans les propos ces jours-ci est : dissolution. Il faut entendre : « dissolution de l’Assemblée nationale », et retour aux urnes des électeurs.

            En une acception rare et abandonnée, dissolution a désigné la mort (« Ses derniers moments ont été exempts de ces souffrances qui accompagnent si souvent notre dissolution », Mérimée). Ou « seulement » un affaiblissement marqué, voire l’anéantissement, des forces physiques ou des facultés d’une personne (« la plus horrible de ces souffrances sans danger est une dissolution complète de la volonté », Balzac). Ces significations de dissolution, comme les nombreuses autres acceptions, découlent du latin dissolutio, « séparation, destruction, disparition, désagrégation ».

            En droit civil, on a les dissolution de société, dissolution de mariage, dissolution de communauté. En droit constitutionnel, nous avons notre « mot du jour » : la dissolution par laquelle l’autorité met fin, avant le terme légal, au mandat d’une assemblée délibérante. Cette procédure, quand elle vise une Assemblée nationale, est généralement soumise, dans un grand nombre de pays, à des règles strictes définies par la Constitution. Parfois au point de bloquer le système, quand le droit de dissolution ne peut jouer sans l’assentiment des parlementaires… peu désireux de renoncer à leur siège et à ses avantages.

       Si une dissolution aboutit le plus souvent à une séparation, à une désagrégation, il est un cas où le mot désigne quelque chose qui répare, qui permet de ressouder ! Quel cycliste ou cyclotouriste de naguère n’a jamais eu recours à la bonne vieille dissolution à la très forte odeur (solution sursaturée de caoutchouc dans le benzène ou le sulfure de carbone), qui permettait, par collage, de réparer les pneus et les chambres à air !

Le mot du 4 septembre 2014

crédibilité

            Au-delà du Landerneau des médias qui vont s’en repaître pendant des semaines, probablement, l’ouvrage de Mme Trierweiler a déclenché une « fièvre acheteuse » chez un grand nombre de Français. Faut-il dénoncer un voyeurisme méprisable qui ne donnerait pas une haute idée des citoyens de ce pays ?… Il doit bien y avoir, parmi ces nombreux acheteurs, des personnes respectables, des femmes et des hommes par ailleurs lecteurs, espérons-le, de Zola, de Balzac, de Maupassant, trois auteurs qui ont dépeint avec talent et une grande véracité la comédie humaine…

          Faut-il taxer d’  « indécence » l’ex-compagne du président de la République, une femme qui semble être sous l’emprise du ressentiment, de la rancune, de l’aigreur, de la rancœur… ? D’où ce « déballage » que beaucoup jugent inconvenant, indigne, répugnant. À la vue des réactions qui se déversent de tous côtés, on constate cependant qu’un certain nombre de Français, de Françaises sans doute, estiment que c’est un « retour à l’envoyeur », comme dit la langue populaire, justifié par la façon dont Mme Trierweiler a été « congédiée » par son compagnon élyséen.

            On souhaite que ce brûlot publié alors que le climat socio-politique est… délétère (voir le précédent « mot du jour » ! ☺ ) ne relève que du « débinage » vachard, et non du mensonge. La crédibilité de l’auteure en serait, sinon, définitivement atteinte.

            Mais il est grave pour l’image de M. Hollande que l’on trouve crédible le fait qu’il se serait livré, en privé, à des plaisanteries faciles et à des jeux de mots éventuellement calamiteux sur les pauvres, sur les « sans-dents »… si l’on en croit Mme Trierweiler. La crédibilité du locataire de l’Élysée, elle, est d’ores et déjà plus qu’atteinte, depuis des mois – tous les sondages, toutes les enquêtes, tous les micro-trottoirs le montrent. L’avenir et l’Histoire diront si les Français auront été injustes, ou non, à son égard.