Archives mensuelles : mars 2015

Le mot du 13 mars 2015

giboulée

            Le mot giboulée est étroitement associé au mois de mars, un mois où le compère le Temps a des sautes d’humeur. L’hiver finissant et le printemps naissant s’y affrontent : « Le soleil de mars / Donne des rhumes tenaces » ; « En mars, Quand il fait beau / … Prends ton manteau ! ».

            Qui se plonge dans les dictons populaires verra que ces propos sentencieux se contredisent joyeusement ; que le vent, le froid et la pluie y annoncent tantôt la disette, tantôt des récoltes abondantes… Même dans les proverbes, il n’y a plus de bon sens !

            A-t-on surveillé ce que la Saint-Vivien nous a proposé, mardi dernier ?…  Car « s’il pleut aux Quarante-Martyrs (= également le 10 mars), il pleuvra encore quarante jours ». Et s’il pleut pour la dictée de Tourcoing et la finale du Championnat du Maroc de langue française et d’orthographe (toutes deux le samedi 21 mars), ce ne sera pas bon signe : « S’il pleut pour le jour de saint Benoît (d’autres y voient la Sainte-Clémence !), il pleuvra trente-sept jours plus trois »

        Le bon saint Benjamin sera peut-être… maudit dès le 1er avril par les adorateurs du soleil si le distique suivant : « À la Saint-Benjamin (= le 31 mars) / Le mauvais temps prend fin » est démenti par des ondées, des averses, des giboulées…  Le réchauffement de la planète, que même les plus… frileux des météorologistes ont fini par reconnaître au bout de bien des années (!), semblerait devoir ne plus justifier, pour le mois d’avril, des dictons anciens comme « Il n’est gentil mois d’avril / Qui n’ait son manteau de grésil », « On n’est pas sorti de l’hiver / Qu’avril n’ait montré son derrière », « Il n’est point d’avril si beau / Qui n’ait neige à son chapeau », ni même « Celui qui s’allège avant le mois de mai / Certainement ne sait pas ce qu’il fait »

            Mais, si les grands froids qui marquaient les esprits – sans aller jusqu’à l’effroi – ont généralement disparu, le réchauffement climatique s’accompagne, on l’a vu, d’allevasses continues, de violentes radées, de draches très abondantes, qui noient pendant des heures, voire pendant des jours, des régions entières ou des zones réduites. Et des mois au caractère versatile comme mars et avril risquent fort de se montrer… « aversatiles », prodigues en « saucées », en giboulées, en averses !

            Si l’on doit voir beaucoup de gouttes en mars et avril, on n’y voit trop goutte, en revanche, quant à l’origine de giboulée… Le mot vient-il de l’occitan : giboulado,   gibourdano,  au  même   sens,  ou est-il à rattacher à gibier, gibeler, « s’agiter, s’ébattre » ?

            Tout  comme  dégelée  aujourd’hui  encore,   giboulée  a  eu l’acception de « volée de coups », de « série de coups qui tombent dru » (à l’image des giboulées, où « il tombe des hallebardes » !).

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Le mot du 12 mars 2015

funiculaire

            France 2 va diffuser à partir de la semaine prochaine une série policière tournée début 2014 au Tréport : les Témoins. Les deux premiers épisodes de ce thriller dont Thierry Lhermitte interprète le personnage principal ont été présentés en avant-première, à la mi-janvier, au cinéma du casino de la ville de Seine-Maritime sise à la frontière de la Somme.

            Créé en 1908, ce funiculaire (entièrement remis à neuf il y a quelques années) aux deux petites cabines de verre indépendantes permet, aujourd’hui, de relier en une minute et demie, et gratuitement, sur un trajet de 135 mètres, la ville basse  aux terrasses des falaises. Ce qui est tout de même plus agréable, quand on est un piéton chargé de provisions, que les sévères… 365 marches de l’escalier !

            Funiculaire est un mot formé sur le latin funiculus, « petite corolle ». Le terme est employé adjectivement, en anatomie, pour qualifier ce qui a un rapport avec un cordon (hernie funiculaire) ou avec un segment de racine nerveuse passant entre les vertèbres, et, plus généralement, pour désigner ce qui fonctionne au moyen d’une corde, d’un câble.

            Le funiculaire de San Francisco est célèbre, ainsi que celui de Montmartre, à Paris. En jouant sur les mots, ce dernier a parfois été surnommé, ces dernières années, « le Montmartrois câblé » (câblé = « dans le vent », « branché »).

            En France, tout finit par des chansons, dit-on (voire, au restaurant, par… l’échanson, le sommelier ! ☺ ). Cela est assurément vrai à Naples, en Italie, d’où l’extraordinaire floraison du répertoire des « chansons napolitaines », des airs rendus fameux par les plus grands ténors italiens : Enrico Caruso, Tito Schipa, Luciano Pavarotti, entre autres. Parmi les « incontournables » de ce répertoire figure, au côté du célébrissime O sole mio !, le très allègre Funiculi, funicula (paroles napolitaines du journaliste Giuseppe Turco, musique de Luigi Denza, 1880), composé à la gloire du funiculaire du Vésuve qui venait d’être construit en 1879…

            Cette chronique se terminera sur un salut particulier adressé au Tréport, à Eu, aux communes de la vallée de la Bresle maritime. Les tombes au nom de Colignon du cimetière du Tréport et d’autres villes proches explicitent ce salut.

Le mot du 11 mars 2015

gérontin

            Pour écarter de leur route des rivaux, les postulants à telle ou telle haute fonction, à telle ou telle sinécure de la République, à tel ou tel mandat électif, dénoncent mezza voce l’âge avancé de certains de leurs concurrents…

            Certes, on entendra rarement, surtout si des micros sont présents, des amabilités comme « vieille barbe », « vieux birbe », « vieille baderne », « vieux fossile », « barbon »,  « vieux débris », « dinosaure »…, mais, en petit comité, les propos se lâcheront. Ouvertement, les remarques venimeuses sont enrobées de malignité narquoise, de rosserie rouée, de malice moqueuse : on salue la longévité de carrière, on rend hommage aux (sous-entendu : trop) nombreuses fonctions assurées par les « anciens ». À l’intérieur d’un même parti politique, par exemple, les « camarades », les « compagnons », les « collègues » en situation de rivalité useront, inspirés entre autres par l’abbé Troubert de Balzac (il faut lire le Curé de Tours !), d’allusions perfides à petites touches…

            Il y a quelque quarante ans, des médecins inventèrent le mot gérontin, qui, à l’époque, fut alors mentionné dans plusieurs recueils de « mots dans le vent ». Par ce vocable, les membres de la Faculté entendaient établir une distinction entre les personnes du troisième âge demeurant en pleine forme (en moyenne, jusqu’à soixante-quinze ans) et les « grands vieillards » (au-delà de quatre-vingts / quatre-vingt-cinq ans).

            Gérontin était formé de géronte et de la terminaison –tin, qui rappelait lutin, voire le nom propre Tintin, patronyme du héros de la BD dû à Hergé. Le vocable se voulait valorisant et allègre… mais il fut ressenti, au mieux, comme une blague sans intérêt, au pis comme un terme déplaisant où ressortait surtout géronte, mot très employé par les auteurs classiques pour qualifier un vieillard ridicule. Aux yeux de ses créateurs, familiers de termes médicaux comme gérontologue, gérontologie et gérontisme, gérontin n’avait évidemment pas de connotations péjoratives.

            Le compositeur et chanteur fantaisiste Henri Salvador fut jusqu’à la fin de sa longue vie un vrai gérontin. (Avec lui, on avait même droit au… « chant des gérontins » ; pardon, Alphonse Varney, Alexandre Dumas et Auguste Maquet, pour ce jeu de mots facile sur votre fameux Chant des girondins !)

            Georges Clemenceau (SANS accent aigu sur le premier !), appelé au pouvoir à… soixante-seize ans, en 1917, démontra que des seniors d’âge certain pouvaient, énergie et esprit caustique à l’appui, se montrer capables d’exercer de lourdes responsabilités.

Le mot du 10 mars 2015

gazelle

            Le mot gazelle revient dans l’actualité au sujet de plusieurs compétitions sportives (athlétisme, automobilisme…) disputées par des femmes, dans le Maghreb, au cours de ces premiers mois de l’année.

            Comme l’indique Mme Henriette Walter, que j’ai le plaisir de rencontrer souvent dans des réunions et activités liées à la langue française, gazelle, nom qui désigne la plus rapide et la plus agile des antilopes, vient de l’arabe classique gazal (Henriette Walter, Pierre Avenas, Bonobo, gazelle et CieL’étonnante histoire des noms d’animaux sauvages, Points – « Le goût des mots »).

            Avant d’en arriver à gazelle, le français est passé, jadis, par gacele, gasele et gazel

        Superbe mammifère à longues pattes fines et à cornes cannelées très répandu en Afrique et en Asie, la gazelle est à distinguer de l’algazelle, autre antilope, dont le nom est beaucoup moins familier. La douceur des yeux de la première a justifié l’introduction dans le langage de l’expression « des yeux de gazelle ». On connaît sans doute moins les différents noms des « familles » de gazelles : gazelle de Grant, gazelle Dorcas, gazelle de Thompson, gazelle Dama…

         Dotée d’un physique particulièrement adapté à la course – ses interminables jambes lui permettaient de parcourir des distances avec d’autant plus de légèreté que d’efficacité –, d’où son surnom de « Gazelle », Marie-José Pérec (Pérec avec un accent aigu, pas comme le patronyme du fabuleux jongleur de mots que fut Georges Perec) accumula les titres internationaux : championne du monde, médailles d’or aux Jeux olympiques…

        M. Than, qui était à cette époque le secrétaire de la commission de terminologie et de néologie du ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, est le « père » de l’expression jeune pousse, qui fut ratifiée, il y a quelques années, pour supplanter l’anglicisme start up. Sa proposition fut préférée à sa concurrente gazelle, que certains avaient voulu lancer.

            Très évocateur, et porteur de connotations attirant la sympathie, gazelle a été repris par différents fabricants. C’est aussi le nom d’un hélicoptère militaire français, léger et à moteur unique, notamment utilisé pour des missions antichars.

            Dans le langage populaire, et venu par des expressions d’origine nord-africaine et africaine, le mot gazelle désigne une jolie fille, une « biche ». Si elles veulent garder leur taille fine, les « gazelles » s’abstiendront de se ruer trop souvent sur le dessert appelé « corne(s) de gazelle »*, délicieuse, mais calorique, pâtisserie d’Afrique du Nord, principalement du Maroc (kaab el ghzal), en forme de croissant, qui représente en fait une corne de gazelle.

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* Le pluriel, dans ce type de composés « nom + préposition + nom », qu’il y ait ou non  des traits d’union, est appliqué seulement au premier substantif, en principe (des cornes de gazelle).

Rappels pour les prochaines semaines :

Samedi 21 avril, à Tourcoing : dictée à la médiathèque André-Malraux. Le nombre de places est malheureusement limité par la capacité de la salle ; alors, ne pas attendre le dernier moment pour s’inscrire…

Samedi 11 avril, au lycée La Rochefoucauld (Paris-7e: premier concours de culture générale de Paris (deux catégories : juniors et seniors).

Le mot du 9 mars 2015

figurant 

            Les médias concentrent de plus en plus leur attention sur les stars, sur les vedettes « kankables » (de l’anglais to bank, « rapporter de l’argent »). Cela concerne principalement le cinéma, où, censés attirer des foules de spectateurs, des actrices et acteurs en vue sont courtisés par les réalisateurs… et par les producteurs. Ce comportement finit par brider les scénaristes, par influencer les choix de distribution, par imposer à l’excès des comédiens et comédiennes au jeu parfois réduit à de sempiternelles mimiques rebattues…

             Par ailleurs, les énormes exigences financières des stars, ou les ponts d’or qu’on leur consent spontanément, accaparent les budgets, que ce soit au théâtre ou pour le grand écran. Exunt alors, trop souvent, les excellents seconds  ou troisièmes rôles tenus par de formidables acteurs, et qui donnent de la chair, et bien plus d’intérêt, à une histoire. (Ils sont rares, les longs-métrages de qualité reposant uniquement sur quelques acteurs exceptionnels, tel, assurément, le Limier, de Joseph L. Mankiewicz, avec Laurence Olivier et Michael Caine.) Quant aux petits rôles, qui, multipliés, pourraient assurer du travail à nombre de comédiens, ils sont réduits à la portion congrue…

            Il ne faudrait pas oublier les figurants et figurantes… Comme son nom l’indique, le figurant (la figurante) n’interprète pas un personnage, mais il (elle) le représente, il (elle) le figure. Les figurants… figurent donc dans une ou deux scènes, généralement sans prononcer la moindre parole, mais ne… figurent pas au générique, ni sur les programmes.

            Destinés à « faire nombre », à compléter un groupe, une assistance, une armée, une foule, les figurants sont donc des acteurs dits « de complément », qui sont rarement complimentés, puisqu’on ne leur donne pas l’occasion de se mettre en valeur, en évidence (surtout s’ils doivent porter un masque, une cagoule, etc. !). Au théâtre, le figurant est appelé « hallebardier », par allusion, dit-on, aux nombreux emplois muets de porteurs de hallebardes, de piques, de lances, au sein des tragédies classiques se déroulant dans l’Antiquité gréco-romaine ou bien au Moyen Âge.

          Si le figurant ou la figurante a, comme on dit, une « gueule » ou un physique intéressant, un réalisateur peut décider d’insister sur son visage ou sur toute sa personne. Ainsi, ces modestes acteurs pourront-ils « camper une silhouette », ce qui sera peut-être l’amorce d’une brillante carrière… Le stade suivant consisterait à leur confier le soin de lancer une ou plusieurs répliques, ce qui pourrait les lancer eux-mêmes. Dans ce cas, on dira qu’ils font de la « figuration intelligente ».

            Mais, ensuite, il ne faudrait pas que leur carrière tombe en… pannes, c’est-à-dire se résume à interpréter des rôles sans importance, peu gratifiants à tous points de vue : des « pannes » ou « panouilles », à l’image des personnages joués par Marcello Mastroianni et Jean Rochefort dans Salut l’artiste, d’Yves Robert.

      Au-delà du cinéma et du théâtre, figurants et figurantes, ainsi que les expressions comportant ces termes, ont été repris dans tous les milieux pour parler de personnes dont la présence relève de la décoration, qui se conduisent en potiches… ou qui ne se montrent pas très actives dans leur travail : « Alors, cette nouvelle secrétaire ?…  –  Oh ! Elle a fait beaucoup de cinéma les premiers jours ! Maintenant, elle fait de la figuration… »

            On a traduit par le Figurant le titre anglais, Spite Marriage, d’un des longs-métrages muets de Buster Keaton. Même en noir et blanc, le génial mime, comédien et cinéaste ne se cantonnait pas à un rôle incolore de figurant.

Le mot du 6 mars 2015

cautère

        Emprunté au grec kautêr, -êros, « fer brûlant », ou kalein, « brûler », via le latin, cautère désigne, en médecine, un instrument porté au rouge qui permet de brûler des tissus malsains – voire gangrenés –, et de nettoyer une plaie.

           La cautérisation peut également être obtenue grâce à des agents chimiques.

          Par extension, et au figuré, cautérisé(e) a été employé au sens de « rendu(e) insensible » : une conscience cautérisée. L’expression semble bien être sortie de l’usage… mais pas ce qu’elle exprime !

          Cautère a aussi été utilisé pour désigner la plaie ainsi traitée, mais cela semble tombé en désuétude… En revanche, et nous rejoignons ainsi l’actualité, le terme est fréquemment repris dans l’expression (c’est) un cautère sur une jambe de bois.

            Comme on peut l’imaginer, appliquer un cautère sur une jambe de bois désigne une action ridicule, parce qu’inopérante, inefficace… Les membres de l’opposition, sinon des sympathisants ou alliés politiques déçus, dénoncent régulièrement le « robinet d’eau tiède » d’un chef d’État, d’un président du conseil, d’un ministre…, qui « bottent en touche » dès qu’un problème important surgit, et se contentent d’un discours lénifiant et d’engagements (sic) creux.

            L’inefficacité est la même quand les coups de menton à la Mussolini, les discours véhéments et les grands effets de manches sont constamment, ou presque, suivis de reculades… Là encore, la montagne accouche d’une souris, et les demi-mesures, ou « mesurettes » sans portée réelle, justifient  le recours fréquent à l’expression susmentionnée. On suggérera toutefois à des commentateurs professionnels soucieux de varier leur vocabulaire, et, ainsi, de captiver l’attention du grand public, de recourir de temps à autre à des variantes moins rebattues.

            Ainsi, est-ce qu’une phrase comme : Votre décision aura autant d’effet qu’un moxa sur une jambe de bois ! »  ne serait pas plus attrayante tout en en disant autant ?  En effet, un moxa est un bâtonnet ou une petite branche d’armoise – plante herbacée, l’armoise (ou « plante d’Artémis ») offre différentes vertus médicinales, selon ses variétés – qui, dans la médecine traditionnelle chinoise, est brûlé au contact de la peau afin d’obtenir des résultats comparables à ceux de l’acupuncture. Appliquer ce bout de bois sur une jambe du « même métal » a la même efficacité que notre fameux cautère !

Le mot du 5 mars 2015

fanatique

           « Ce qu’il y a de pire, chez le fanatique, c’est la sincérité », a dit l’écrivain, auteur dramatique et humoriste Oscar Wilde. Le zèle aveugle manifesté par les fanatiques est en effet généralement inspiré par un enthousiasme passionné. Inspiré est le mot qui convient, d’ailleurs, puisque l’étymon latin fanaticus signifiait « serviteur du temple » et « personne inspirée ». Il s’appliquait aux prêtres d’Isis ou de Cybèle, entre autres, parce que ces derniers manifestaient bruyamment leur dévotion.

            À l’origine, le fanatique est donc une personne qui s’imagine inspirée par l’esprit divin. Une acception étendue a fait de ce mot un terme qui qualifie un individu adepte passionné d’une religion, d’une doctrine, de superstitions, d’une philosophie ; un vocable qui désigne quelqu’un excessivement féru d’une discipline, d’un sport, ou admirateur inconditionnel d’une vedette de la chanson ou d’une star du cinéma…

            Dans le langage familier courant, fanatique est abrégé en fan ou en fana, qui ne sont pas employés de façon interchangeable. On est fana de rugby, de boxe, de musique baroque, de la peinture cubiste, etc., alors qu’on est fan du PSG, de Johnny Hallyday, de Mylène Farmer, ou, à Brest, des Goristes. En entendant des critiques contre leurs idoles, les fanas… tiquent !

            Le substantif fanatisme a évolué presque de la même façon que fanatique, mais au sens étendu son emploi demeure réservé aux excès de passion ressentis comme anormaux : il est peu usuel de parler du fanatisme des admirateurs de Marion Cotillard ou d’Eddy Mitchell.

            Les excès peuvent aussi être du côté de ceux qui jugent autrui sans aménité (et plus ou moins sincèrement, notamment en politique). Attention, dit l’écrivain et journaliste américain Ambrose Bierce, l’auteur du fameux Dictionnaire du diable, à ne pas traiter de fanatique « celui qui s’obstine à soutenir une opinion qui n’est pas la vôtre ».  Mais pour Winston Churchill le fanatique est le plus souvent « quelqu’un qui ne veut pas changer d’avis et qui ne veut pas changer de sujet ».

        La sombre actualité nous montre avec évidence et cruauté que les fanatiques, au sens propre, sont des individus… fanatiquement exaltés, mus par un zèle démentiel qui les rend inaptes à l’intelligence, au raisonnement, à la sensibilité et à la tolérance. Mais ces enragés racistes, fascistes et machistes sont capables de fanatiser des foules ignares, incultes, crédules,  des brutes épaisses et barbares.

            Ennemis déterminés de la liberté, des libertés, de la tolérance, de la culture et de la civilisation, ces illuminés vivent dans un monde qui se situe à des millénaires du siècle des… Lumières (au XVIIIe siècle, fanatisme s’opposait à philosophie). Espièglerie de la langue française : les « illuminés » sont des obscurantistes !

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Rappel rapide, aujourd’hui, des prochains événements :

  • 21 mars, à Casablanca : finale du 11e Championnat du Maroc de langue française et d’orthographe
  • 21 mars, à Tourcoing : dictée (à la médiathèque André-Malraux)
  • 11 avril, à Paris-7e: premier concours de culture générale (au lycée La Rochefoucauld)
  • 18 avril, à Tours : dictée.

 

Le mot du 4 mars 2015

ganache

            Alors que nous sommes encore à un mois de Pâques, les boulangeries, les pâtisseries, les épiceries, les supérettes… regorgent de chocolateries de toutes tailles et de toutes formes. Dominent, toutefois, les friandises reprenant les sujets traditionnels : œufs, cloches, poules, lapins, poissons…

            Parmi tous les trésors de gourmandise réalisés par les chocolatiers figure la ganache,  obtenue en associant chocolat fondu et crème fraîche. Plusieurs recettes existent, en voici une pour obtenir une truffe-ganache au beurre qui devrait vous valoir l’admiration de vos parents et amis : dans une casserole, porter 500 ml de crème fraîche à ébullition, avec un peu de sucre ; incorporer 100 g de beurre, puis ajouter 500 g de chocolat (chocolat couverture, ou mi-amer noir), et mélanger jusqu’à obtention d’une pâte lisse. Verser dans des moules préalablement placés au réfrigérateur et laisser prendre à température ambiante. Démouler, servir… et déguster.

            On ne voit pas quel rapport il y aurait entre ce mot ganache, d’origine inconnue, dit-on, et son homographe régional (Lyon) qui désigne de l’alcool de noix additionné d’arquebuse. Pas plus qu’avec l’autre homonyme homographe désignant, chez le cheval, la région latérale de la tête, entre la joue et les bords inférieur et postérieur du maxillaire inférieur ; pour faire simple, disons la  mâchoire. Un cheval dont il est dit qu’il est « chargé de ganache » a donc une mâchoire épaisse…

            Dans le langage populaire du XIXe siècle, ce ganache-là était synonyme de « tête ». Cette mâchoire trop épaisse, trop forte – une « mâchoire de cheval » –, est considérée comme un signe de bêtise, d’inintelligence. Et dès le XVIIIe siècle on a traité de « ganache », voire de « vieille ganache », une personne souvent âgée et considérée comme bête, bornée, stupide… Il est rarissime de voir ce terme, avec cette acception, associé à une femme.

            On a appelé chaise ganache une sorte de fauteuil capitonné, peut-être parce que ce sont principalement les personnes âgées, un peu diminuées, qui s’y carrent, qui s’y cantonnent… Ou bien parce que, quel que soit son âge, on devient obtus, idiot, stupide, quand on passe trop de temps dans un fauteuil. Aujourd’hui, ganache équivaudrait à « patate de canapé », qualificatif très employé de nos jours à propos des personnes figées des heures durant devant leur  écran  de  télévision.  Des  personnes  qui,  comme     disent   les   « djeuns », « comatent » devant les sitcoms et autres programmes lénifiants.  

            La paronymie entraîne beaucoup d’erreurs, comme chacun sait, et il n’est pas rare d’entendre ou de lire « noces de ganache » ou « noces de Ganache » au lieu de noces de Gamache. C’est dans le Don Quichotte de Cervantès qu’il est question des noces d’un riche paysan du nom de Gamache. Ces noces sont l’occasion d’un festin incroyable, d’une débauche de nourriture : « il y avait là de quoi nourrir une armée », et c’est pourquoi noces de Gamache est passé dans le langage pour désigner un repas pantagruélique, soit un gaspillage insensé de nourriture.

     Gamache est aussi un nom commun, ou, plutôt, il existe plusieurs homonymes  homographes  :  a)  longue  guêtre  de  chasse  (de  l’italien  gamba, « jambe », dit-on) ; b) variété de pomme ; c) fauvette à tête noire.

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Dictée de Tourcoing (samedi 21 mars) : tout est prêt d’ores et déjà, à la médiathèque, pour accueillir les inscrits.

(Pendant ce temps, le même jour, les 500 finalistes du 11e Championnat du Maroc de langue française et d’orthographe s’affronteront, à Casablanca, sur les QCM et dictée que, comme d’habitude, j’ai rédigées à leur intention.)

Le premier concours de culture générale de Paris (7e arr.) se prépare activement… Quels seront, chez les juniors et chez les seniors, les Pic de La Mirandole 2015 ?… Réponse le 11 avril au lycée La Rochefoucauld.

Le mot du 3 mars 2015

apartheid

            Regrettable faute de français – en usant d’une impropriété, ou d’une ambiguïté aboutissant à un faux sens –, ou uniquement bourde politicienne, l’emploi du mot apartheid par M. Manuel Valls a suscité nombre de commentaires…

      Si l’on met à part les critiques partiales, systématiques,  émanant sempiternellement d’adversaires politiques qui s’emparent  du moindre prétexte pour critiquer les écrits ou les propos des « concurrents », il est vrai que le message de l’actuel Premier ministre est équivoque. Le double sens a-t-il été voulu, ou s’agit-il d’une maladresse ?…

        Par apartheid, on peut comprendre « politique d’apartheid », soit une démarche antidémocratique imposant, par exemple, de façon plus ou moins claire et volontaire, des regroupements de populations émigrées dans certaines zones du territoire, dans certaines villes.  Mais apartheid peut très bien désigner aussi le comportement antidémocratique de certaines populations se refusant à respecter les lois, us et coutumes du pays qui les accueille, et qui se réfugient, en créant des espaces de non-droit, dans un communautarisme sectaire…

            Si M. Valls a commis un impair, il s’agirait donc d’une gaffe… « Manuel le gaffeur » rejoindrait alors le club des gros maladroits éventuellement déclencheurs de catastrophes, un club principalement constitué de héros de la bande dessinée ou du dessin animé. Au premier rang desquels il faut citer l’incontournable – comme on dit aujourd’hui – Gaston Lagaffe, né du génie du Belge André Franquin.

            En politique, intérieure ou internationale, les gaffeurs et les gaffeuses ont généralement le génie, eux, avec leurs « doreurs de pilule » (spin doctors) et entourage proche, d’allumer sans tarder des contre-feux qui attireront l’attention ailleurs…  Car il n’est pas certain qu’ils partagent l’opinion de l’écrivain Jules Supervielle : « Quand on est riche, toutes les gaffes sont permises ; elles sont même recommandées si l’on veut avoir le sentiment de sa puissance ».

            Emprunté à l’ancien provençal, gaffe, nom féminin, désigne une perche munie d’un ou de deux crocs, qui sert à manœuvrer une embarcation tout comme à accrocher un poisson difficile à remonter à bord. Certains lexicologues avancent que, la perche servant, entre autres, à franchir un gué, on aurait alors nommé « gaffe » la maladresse du piéton englué dans un gué boueux…

             On  pourrait  dire  aussi,  sans doute,  que,   à   l’image  du  poisson   gaffé,   « accroché, empêtré », qui ne sait comment échapper au pêcheur, le gaffeur est ainsi nommé parce qu’il se retrouve englué, piégé, par ses boulettes, ses bourdes, ses bévues, ses impairs.

      Au sens de « surveiller, veiller », gaffer découle certainement d’une métaphore, via « accrocher du regard ».  L’emploi, de niveau populaire, de ce gaffer se retrouve dans l’argotique gaffe au sens de « gardien », de « surveillant de prison », ainsi que dans la très usuelle expression « Fais gaffe ! » (= « Fais attention ! »), beaucoup plus employée que l’infinitif gaffer (= faire attention).

            Celui qui « fait gaffe » – qui surveille les autres… et lui-même – ne peut pas être celui « qui fait des gaffes » !

            On   souhaitera  à   M.   Manuel  Valls,  en  adoptant  le langage des marins, d’ « avaler sa gaffe »  (mourir)  le plus tard possible, en lui recommandant de se « tenir à longueur de gaffe » (= à bonne distance) des fâcheuses gaffes.

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 Rappels de rendez-vous conviviaux :

 

Samedi 21 mars,  dictée de TOURCOING, à la médiathèque André-Malraux, 26, rue Famelart, à 14 heures. Le nombre des places étant limité par la capacité de la salle, l’inscription est obligatoire. 

Tous renseignements et inscriptions : 03 59 63 42 50,   et http://www.tourcoing.fr/mediatheque

 

Samedi 11 avril : création du  concours de culture générale de Paris-7e, au lycée La Rochefoucauld, à 14 heures.

Renseignements et inscriptions : 01 45 55  28 05, et contact.uciap7.com

 

Samedi 18 avril : dictée de TOURS, dans l’amphithéâtre de la D.D.E.C.,  33, rue Blaise-Pascal (tram : arrêt « Gare »), à 14 h 30.  Le nombre de places étant limité par la capacité de la salle, il est recommandé de s’inscrire.

Renseignements et inscriptions : 06 83 24 65 33, et communication.dlf.tours@orange.fr

Le mot du 2 mars 2015

zadiste

        L’opposition d’écologistes au projet d’un barrage dans le Tarn, projet soutenu par les agriculteurs, a popularisé le terme de zadistes, forgé sur le sigle ZAD (= « zone à défendre »,   selon le point de vue de ceux qui occupent le terrain et combattent l’idée de construction d’un barrage permettant la constitution d’une réserve de 1,5 million de mètres cubes utilisable principalement pour l’irrigation de terres agricoles).

            L’utilisation de sigles n’entraîne absolument pas de façon systématique de majuscules lorsque l’on donne le développé.  Bien évidemment, puisque, par exemple, SNCF traduit « Société nationale des chemins de fer français », soit la raison sociale de cette entreprise, c’est-à-dire un nom propre, la majuscule à Société est obligatoire. (Mais il est grotesque – et erroné – d’écrire, par une bouffissure graphique : « Société Nationale des Chemins de Fer français » !)

            Les noms communs dérivés de sigles n’ont pas droit à la majuscule initiale : ce  ne  sont  pas  des  noms  propres…  Il  n’y a  aucune  raison  de  vouloir  écrire « Zadiste(s) », avec une capitale.  Pas de majuscule non plus à  jocistes (membres de la Jeunesse ouvrière chrétienne) ni aux jacistes (membres du mouvement de la Jeunesse agricole catholique,  qui se fondra dans les années 1960 dans le Mouvement rural de jeunesse chrétienne [MRJC] ).

     Cas particulier : si la variante érémiste  employée pour désigner un(e) bénéficiaire du RMI (revenu minimum d’insertion) s’écrit sans majuscule, il est impossible d’adopter l’autre variante sous la forme « rmiste ». Deux options sont retenues dans l’usage : ou bien RMIste(s) ou bien RMiste(s).

 

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Rappel des dates des dictées à venir :  à Sèvres (92), au CIEP, le samedi 7 mars ; à Tourcoing (59) (création d’une dictée), le samedi 21 mars ; à Asnières (92), le samedi 30 mai.

Et création d’un concours de culture générale, le samedi 11 avril, au lycée La Rochefoucauld (Paris-7e).