Archives de Catégorie: De A à E

Le mot du 16 novembre 2016 (3)

Le nom de collectionneur du jour

 

Très jolis objets, les épis de faîtage sont collectionnés par les… spicafastigiphilistes.

 

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Le mot du 5 octobre 2016 (3)

Le calembour du jour

           « Dire le secret d’autrui est une trahison, dire le sien est une sottise. »

 

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A

Alinéa américain (l’)

« J’ai entendu parler d’ « alinéa américain », mais je ne comprends pas ce que cet alinéa pourrait avoir comme différence avec l’alinéa normal ? », s’interroge un enseignant alsacien…

C’est parce que l’on a en tête qu’un alinéa est une ligne forcément en retrait, qui commence un paragraphe… Rappelons que le mot est le plus souvent utilisé pour désigner, par extension, le paragraphe lui-même, la partie de texte comprise entre deux… alinéas.

En réalité, on pratique dans l’imprimerie deux sortes d’alinéas :

a) l’ « alinéa français », ou « traditionnel », qui, chaque fois, marque un renfoncement (d’un ou plusieurs cadratins), le texte étant composé en retrait au début de la première ligne;

b) l’ « alinéa américain », qui supprime le renfoncement et fait repartir « au fer » la ligne du nouveau paragraphe.

La seconde méthode offre l’avantage de gagner un peu de place, mais a l’inconvénient de parfois noyer l’alinéa dans le texte. Aussi est-il recommandé de pratiquer toujours, si possible, une « ligne creuse » (ne couvrant pas toute la justification) avant d’aller à la ligne pour un nouveau paragraphe.

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Antiquité (la plus haute)

Pourquoi les dictionnaires mettent-ils une minuscule à antiquité dans « la plus haute antiquité » alors qu’ils mettent une majuscule au même mot dans « la haute Antiquité » ?

Cette apparente contradiction repose sur une subtile distinction de signification donnée au mot antiquité… Dans le premier cas, on évoque des temps très très lointains, par un terme commun, par un nom commun. Dans le second cas, il s’agit du nom propre (avec majuscule, donc) s’appliquant à une période précise de l’Histoire : celle couvrant les civilisations anciennes, principalement l’Antiquité gréco-latine. La haute Antiquité est donc la période la plus ancienne de l’ère gréco-latine. 

Cette différence de traitement orthotypographique est défendable, mais un A majuscule dans les deux cas serait satisfaisant…

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Appartement(s) de fonction… ou de fonctions ?

« Dans les expressions appartement(s) de fonction, voiture(s) de fonction, faut-il laisser le dernier mot au singulier ou doit-on mettre le pluriel fonctions ? », nous demandent de jeunes journalistes de la PQR.

Sans hésitation, la réponse est : au singulier. Ces avantages (appartement, voiture, etc.) sont liés à LA fonction exercée.

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Arbuste ou arbrisseau ?

Une amie bretonne soucieuse de précision voudrait savoir s’il faut établir une nette distinction entre arbuste et arbrisseau

Ces deux termes embarrassent beaucoup de monde, à commencer par les lexicographes, si l’on en juge par les divergences relevées au sein des dictionnaires ! Est-il sûr que les botanistes eux-mêmes soient d’accord entre eux ?!…

Nous référant à des spécialistes des jardins, nous avancerons que l’arbuste est un végétal ligneux qui, au lieu de s’élever sur une seule tige, tend plutôt à former un buisson, et que l’arbrisseau est intermédiaire entre l’arbre et l’arbuste.

Les jardiniers appellent parfois « sous-arbrisseau » un arbuste peu élevé; en langage spécialisé, il s’agit en réalité d’une plante vivace de petite taille ayant des tiges lignifiées à la base mais herbacées à leur extrémité, et qui meurent tous les ans. Le « sous-arbrisseau » est dit « suffrutescent » (ou « chaméphyte »); ses tissus sont intermédiaires entre le ligneux et l’herbacé.

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Armistice ou capitulation

« Quelle est exactement la différence entre « armistice » et « reddition » ? Les termes ne sont-ils pas synonymes au sens de « paix » ? », demande une chargée de communication d’un musée.

Eh non ! Pas du tout !  Et les services de l’Elysée n’auraient pas commis cette énorme bourde si, par exemple, ces fonctionnaires avaient suivi mes cours destinés aux futurs correcteurs, lecteurs-réviseurs, secrétaires de rédaction  et autres professions où l’emploi des mots justes est une obligation… Entre autres, justement, je mets en garde contre la confusion entre la Première Guerre mondiale, où intervint un armistice, le 11 novembre 1918, et la Seconde guerre mondiale, qui s’acheva par la capitulation du IIIe Reich, la reddition de l’Allemagne…

A la confusion entre ces termes marquant la conclusion des deux conflits mondiaux s’ajoute le fait qu’il y eut, en juin 1940, un armistice demandé par le maréchal Pétain après l’écrasement des armées françaises. Hitler imposa que cet armistice fût signé près de Rethondes, dans la forêt de Compiègne, là où les Allemands, en novembre 1918, avaient eux-mêmes signé l »armistice qu’ils avaient demandé.

Un armistice est une simple cessation, suspension, des combats; il n’a pas la valeur d’un traité de paix. De ce fait, tous les belligérants peuvent prétendre, à défaut de l’avoir emporté, ne pas avoir été vaincus… Généralement, la propagande outrée du camp en état d’infériorité, et qui est donc celui qui a demandé un armistice, ne résiste pas longtemps face aux dures réalités.

En mai 1945, il s’est agi de la capitulation de l’Allemagne vaincue, de la reddition sans conditions de toutes les troupes de la Wehrmacht.

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Prononciation d’ « asthme »

Faut-il, ou non, faire entendre le « t » dans ce mot ?, s’interroge un adhérent de Défense de la langue française.

Non : comme dans « isthme », on ne prononce pas le « th » dans le nom MASCULIN « asthme« .  –  En conséquence, Jean Richepin (« la Chanson des gueux », poème « Variations d’automne sur l’orgue de Barbarie ») a raison de faire rimer « asthme » avec un mot en « -asme » :

          Car la voix, jetant un sarcasme,

           Etouffe dans un accès d’asthme

           […]

Idem pour « asthmatique », naturellement.

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Attenant, e

J’ai trouvé dans un roman du xixe siècle l’expression « et les édifices y attenant ». L’auteur a-t-il eu raison de laisser l’invariabilité à « attenant » ?

Dans un texte ancien, on peut trouver en effet ce type de non-accord : « les édifices y attenant », « la grange y attenant », car autrefois « attenant » était le participe présent du verbe « attenir ». Depuis longtemps, ce verbe « attenir » (on écrivait aussi « atenir ») n’existe plus, de sorte que « attenant » s’est conservé uniquement comme adjectif, normalement variable. Il faut donc écrire, de nos jours : « les édifices y attenants », « la grange y attenante ».

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Aucun  (accord avec)

Lorsque « aucun » est répété, ne faut-il pas maintenir le verbe au singulier ?, s’interroge une de nos amies de Loire-Atlantique…

Mais oui, bien sûr : Plusieurs « aucun » additionnés égalant… zéro, l’accord du verbe se fait obligatoirement au singulier ! Ainsi, dans : « Aucun ouvrier, aucun employé n’est venu encore retirer son badge ».

L Un mauvais exemple est passé récemment dans un hebdomadaire, où l’on pouvait lire : « […] aucun contrôle, aucun recours ne seront possibles contre les abus ». Puisqu’il ne peut y en avoir aucun, l’accord au pluriel est intolérable, est illicite. IL FALLAIT écrire : « ne sera possible ».

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Aussi  ou  non plus 

Par courriel, un correspondant demande si la phrase : « Accessoirement, je ne refuse pas aussi de rendre quelques menus services personnels » est correcte

Non, cette phrase n’est pas correcte, parce qu’il faut se souvenir que l’adverbe « aussi » ne s’associe qu’à une proposition affirmative. Ici, il faut écrire : « Accessoirement, je ne refuse pas non plus de […].

B

 Babine (toujours au pluriel ?)

Pourquoi certains dictionnaires mentionnent-ils le mot babine en tant que nom féminin singulier alors que ce mot est toujours employé au pluriel ?, nous demande une étudiante en journalisme.

Eh bien, c’est parce que babine n’est pas « toujours » employé au pluriel, mais seulement « le plus souvent » au pluriel ! Rien n’interdit de dire ou écrire : « Le molosse avait la babine frémissante ». En revanche, on aura toujours le pluriel pour, entre autres,  « se lécher les babines »…

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bagad (pluriel de)

« Quel pluriel faut-il appliquer au mot breton bagad, qui désigne une formation musicale comparable au « piper band » écossais ? », s’interroge un conseiller municipal des Hauts-de-Seine.

Bagad est maintenant un mot bien connu de tous, notamment grâce au bagad de la marine nationale : le bagad de Lann-Bihoué, qui a enregistré de nombreux  CD. Le mot est entré dans les dictionnaires de référence contemporains, avec un pluriel « à la française » = des bagads.

Le pluriel breton (des bagadoù) peut être adopté dans un contexte particulier (revues consacrées à la Bretagne, programmes de concerts, de festivals, en Bretagne…).

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Bleu-nattier, bleu Nattier ou bleu nattier ?

« Comment doit-on écrire cette couleur ?… Que veut dire « nattier » ?… », demande une internaute de Paris.

Jean-Marc Nattier est l’un des grands peintres français du XVIIIe siècle. Spécialiste du portrait, il a représenté avec un talent unique les tissus, les soieries… Et l’on a particulièrement retenu une nuance de bleu délicat qu’il utilisa à maintes reprises.

On emploie donc « bleu Nattier » par ellipse, pour dire : « le bleu créé par Nattier », « du bleu utilisé par Nattier ». Dans cette formule, le patronyme reste un nom propre, et la majuscule est donc obligatoire, de même que l’invariabilité de bleu : des soieries bleu Nattier (qui sont DU bleu inventé par Nattier).

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Bovidé, bovin, boviné

« Y a-t-il une différence entre bovidé, bovin et boviné ? », nous demande un lycéen. 

Oui : seuls bovidé et boviné sont des acceptions scientifiques zoologiques, les bovinés formant une sous-classe des bovidés. Quant à bovin, il désigne exclusivement le produit du taureau domestique. Le buffle fait partie des bovinés, comme le boeuf, dans la classification zoologique; mais il ne se range pas parmi les bovins. On peut donc écrire : « Sri Lanka possède 2 millions de bovins et un million de buffles ».

NB : la femelle du buffle est dite bufflesse ou bufflonne.

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Verbe « bréher »

Existe-t-il réellement un verbe « bréher » ?, nous demande-t-on.

Il y a de quoi s’interroger, en effet, sauf si l’on est… maréchal-ferrant. Car « bréher » existe, et désigne le fait de fixer un fer au sabot d’un cheval. On dit beaucoup plus couramment : « ferrer un cheval » !

C’est peut-être le seul verbe se terminant en « -éher »… Sa conjugaison régulière donne : « je bréhe, nous bréhons; je bréhais, nous bréhions; je bréhai, nous bréhâmes; que je bréhe, que nous bréhions; que je bréhasse, que nous bréhassions; bréhe !, bréhons !; bréhant, bréhé… » !

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Buvoter : un verbe transitif indirect ?

Est-il interdit d’écrire « buvoter son apéritif » ?, nous demande un auteur de romans et de nouvelles.

« Buvoter » (un « t ») est donné comme un verbe intransitif, c’est-à-dire, dans la nouvelle terminologie, un verbe transitif indirect… Il en découle que son participe passé est invariable.

MAIS cela est contestable !  Etant donné que « buvoter » veut dire : « boire à petits coups », et que le verbe « boire » est… transitif direct (boire de la bière, un petit coup, un verre, une fine champagne…), on ne voit pas du tout pourquoi il serait interdit, parce que incorrect, d’employer « buvoter » transitivement !

Notre avis est qu’il est licite, parce que correct, de dire et écrire : « buvoter son demi de gueuze », « buvoter un apéritif »… Dans ce cas, naturellement, le participe passé devient variable : « Il flottait dans l’air les arômes mêlés des apéritifs que les anciens avaient buvotés tout en jouant aux cartes ».

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C

« Carlamania »

Faut-il mettre une majuscule à « Carlamania » ?, les correcteurs d’un quotidien régional sont divisés et posent la question…

L’engouement pour une personne ou pour une chose peut aller jusqu’à la passion, et dans ce cas on peut voir arriver dans les médias des mots se terminant en « -mania », cet élément exprimant une « folie »… (cf. « Nous sommes fous de théâtre, de Schubert, des films de Tati, de chocolat amer », etc.).

Lorsque le mot ainsi créé est forgé sur un nom propre, la majuscule est obligatoire ! Il faut donc écrire : la Carlamania, la Ségolomania, la Sarkomania, l’Obamamania, etc. On peut, de plus, mettre ces termes entre guillemets…

En revanche, à part quelques cas d’espèce, peut-être, lorsque ces termes sont bâtis d’après un nom commun ils s’écrivent sans majuscule, et il est préférable de les mettre entre guillemets : on note une « pizzamania » chez les bobos parisiens.

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 « Chaûry »  ?…

« A-t-on autrefois usé de la contraction dans les toponymes ?… Je n’ose croire que, dans une citation d’époque se référant à La Fontaine, on ait écrit « Chaûry » pour « ChâteauThierry » !!  Initiative personnelle du scribe pour aller plus vite ?… »

Il est pourtant exact qu’autrefois, en France, la contraction toponymique entrait dans les actes officiels ! Ainsi, en Bretagne, l’élément « Ker » était remplacé par un « K » majuscule rayé par une barre de fraction.

Le cas que vous mentionnez nous est connu : dans le contrat de vente, en 1676, de la maison de Jean de La Fontaine, il est écrit : «  […] seize en la rue des Cordeliers dudict Chaüry ».

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« Ciseau » (à la place de « ciseaux ») ?

« Peut-on dire « un ciseau » pour désigner une « paire de ciseaux »

Non, ce n’est pas possible… Un ciseau est un instrument utilisé pour couper, pour tailler dans le bois, la pierre, etc. Il est tout à fait incorrect de dire : « Donne-moi le ciseau, que je découpe un article dans le journal ! ». Il faut obligatoirement dire : « Donne-moi la paire de ciseaux », ou : « Donne-moi les ciseaux ».

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 « Comparaître » construit avec l’auxiliaire « être » ?

« Peut-on conjuguer le verbe comparaître avec l’auxiliaire être? », demande un de nos correspondants.

Littré établissait une distinction, et sans doute s’appuyait-il sur les usages qu’il avait notés à son époque :  »  Comparaître se conjugue avec l’auxiliaire avoir s’il s’agit d’exprimer l’acte de comparution : « Il a comparu devant le tribunal et a été acquitté ». Il se conjugue avec l’auxiliaire être s’il s’agit d’exprimer l’état de comparution : « Cette femme est comparue devant le tribunal, et en ce moment même on l’interroge ».  « 

Cette nuance qui remonte à plus d’un siècle n’est peut-être pas complètement abolie, mais ne nous ne l’avons trouvée dans aucun article de presse contemporain…

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Complément de nom (accord du)

Un correspondant de Bruxelles voudrait savoir s’il faut écrire « des chefs d’États » ou bien « des chefs d’État »…

La graphie correcte – parce que logique – est  « des chefs d’État » : chacun de ces hauts personnages est à la tête d’un seul pays. De même, un chauffeur de taxi ne conduit qu’un taxi à la fois, ce qui justifie l’orthographe de « un (des) chauffeur(s) de taxi ».

On a donc logiquement, par exemple : « des chefs d’État africains », mais : « les chefs des États africains »…

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« Convoler » signifie-t-il exclusivement « se remarier » ?

« J’ai lu, dans un ouvrage de difficultés du français, que convoler ne pouvait s’employer qu’au sens de « se remarier » ? Est-ce exact ?…

Vous avez dû consulter un ouvrage ancien, ou bien une ancienne édition d’un livre qui, entre-temps, a été révisé… Dernière hypothèse : l’auteur est un puriste rigoriste refusant toute évolution de la langue !

Avec P.-V. Berthier, nous indiquions déjà, dans notre Dictionnaire du français pratique, qui remonte à plusieurs lustres, que convoler s’emploie, dans le style plaisant, même pour un premier mariage.

Autrefois, juridiquement, c’est vrai, convoler a signifié très précisément : « se remarier ». L’expression usuelle « convoler en justes noces » n’était donc employée qu’à propos de personnes qui se mariaient pour la seconde fois (ou plus !)…

Nous n’en sommes plus là depuis pas mal d’années, et il est tout à fait correct de dire que « Céline et Eric ont convolé [en justes noces] samedi dernier, à Saint-Germain-en-Laye ». Et « convoler en secondes noces » n’est plus un pléonasme !

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 « Côte d’Argent » (origine de cette dénomination)

On sait que « Côte d’Azur » est un nom créé par le préfet, puis député Liégeard  –  le fameux préfet « aux champs » dépeint par son ami Alphonse Daudet  -, mais sait-on qui a inventé le nom de « Côte d’Argent » ?

Tout comme Côte d’Azur, Côte d’Emeraude, Côte d’Albâtre, etc., Côte d’Argent s’écrit avec deux majuscules, sans trait d’union, et ne se guillemette pas (la mise en caractère italique, ici, est dû au fait que ces mots sont des mots autonymes, cités comme exemples).

C’est un journaliste bordelais, Maurice Martin, qui, en 1905, a créé cette appellation touristico-géographique, parce que, sur cette côte aquitaine qui va de la pointe de Grave à Hossegor et Capbreton, « … la vague éternelle, tantôt calme et tantôt courroucée, vient déposer sa frange argentée au pied des dunes immaculées ».

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« courtisane » = féminin de « courtisan » ?

Le mot courtisane peut-il être employé comme féminin de courtisan, alors qu’il a une acception autre ?…

 Eh bien, non : si courtisane est bien le féminin de courtisan quand ce mot est employé comme ADJECTIF   (« des démarches courtisanes » : c’est-à-dire empreintes de flatterie et de servilité), il n’en va pas de même quand courtisane est utilisé comme nom. Comme on le sait, les deux noms ont un sens différent. Un courtisan est quelqu’un qui appartient à la cour d’un souverain, ou à l’entourage d’un personnage puissant; une courtisane est une femme très légère, voire, carrément, une prostituée (en principe, d’un rang social élevé, mais l’emploi du mot « ratisse » plus large…).

Le courtisan prostitue sa dignité, la courtisane ses charmes…

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« Coûter » (Accord du participe passé de)

Je ne comprends pas bien pourquoi le participe passé de « coûter » ne s’accorde pas toujours avec le complément qui le précède… Pouvez-vous me l’expliquer, SVP ?

C’est qu’il ne faut pas confondre des compléments d’objet direct avec des compléments circonstanciels…

On accorde selon la règle en usage quand le complément est direct : « Les efforts que ce travail énorme nous avait coûtés » [ce travail avait coûté QUOI ? des « efforts », complément d’objet direct placé devant le verbe, d’où l’accord sur ce COD]. Mais l’on ne doit pas accorder quand le complément figurant devant le verbe est un circonstanciel :

« Les 400 000 euros que ce pavillon nous a coûté » [ce pavillon a coûté COMBIEN ? « 400 000 euros », complément circonstanciel (CC), d’où l’invariabilité du participe].

Autre exemple, avec une phrase associant les deux cas : « Les 4 000 euros qu’avaient coûté l’ensemble [d’un carillon de huit cloches] avaient été versés par les paroissiens ».

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crachoter : verbe transitif ?…

« Les dictionnaires que j’ai consultés donnent crachoter intransitif, c’est-à-dire uniquement employé au sens absolu, sans complément. Ne pourrait-on pas, cependant, l’employer transitivement : « crachoter des bêtises », par exemple ? », nous demande un scénariste-dialoguiste.

Effectivement, l’usage fait de crachoter un verbe se construisant au sens absolu : « ce vieillard crachote constamment »; « ce vieil appareil de radio crachote »…

Il semble difficile, par exemple, d’admettre « crachoter des noyaux de cerises », même en se montrant compréhensif à l’égard d’un auteur qui voudrait « élargir » le langage. Car, littéralement,  la signification serait : « cracher souvent, et peu à la fois, des noyaux » …  On admettrait plus facilement, pensons-nous : « Il crachotait avec difficulté quelques mots ». Pourquoi pas ?…

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Cri de la poule

On m’a dit qu’il existait un verbe spécifique employé pour parler du cri de la poule qui vient de pondre… Est-ce vrai, ou bien s’agit-il d’une plaisanterie ?!…, demande une internaute de Libourne (Gironde).

Non, on ne vous a pas « monté un bateau » : il existe bien un verbe dont l’acception est : « crier, en parlant de la poule qui vient de pondre ». Ce verbe figure dans Littré, Bescherelle, Quillet… Il s’agit de crételer, qui se conjugue comme suit : la poule crételle, crétela, crételait, crétellera, crétellerait (comme appeler, donc). Le participe passé reste invariable.

D

« dadais » (féminin de)

« Je ne trouve pas de féminin à dadais… Est-ce normal ?… »demande, sérieusement, un humoriste de nos amis.

S’il existe bien, par exemple, un féminin  –  peu usité  – de preux, à savoir preuse, on chercherait en vain, semble-t-il, un féminin de dadais… A moins qu’un jongleur de mots, un auteur burlesque, un oulipien… ou un dadaïste (mot qui contient dadais !!) n’ait eu un jour la tentation de créer « dadaise » ! 

 Non, dadais est exclusivement masculin et ne se dit qu’en parlant d’un jeune homme, d’un adolescent…

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Delawares (les)

« En français, peut-on dire et écrire « les Delawares » ? », s’interroge une internaute parisienne…

Oui, il est licite d’écrire « un Delaware, des Delawares », pour parler des membres de la puissante confédération indienne algonquine vivant dans ce qui correspond à l’est des Etats-Unis actuels. Aujourd’hui, les Delawares résident notamment dans les Etats de New York, de Pennsylvanie et du… Delaware.

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E

« Eclairer sa lanterne » : expression correcte ?

« Peut-on accepter l’expression « éclairer sa lanterne » ? N’est-il pas plus correct de dire « allumer sa lanterne » ? », demande un internaute de Lorraine.

La logique conduit en effet à se dire que la lanterne doit être allumée. Ensuite, elle peut alors éclairer, ce qui est le propre d’une lanterne…

Mais la stricte logique ne prend pas en compte les nuances de la langue, les glissements de sens, les métaphores, etc.

La fable de Florian le Singe qui montre la lanterne magique a pour conclusion :

     « Il n’avait oublié qu’un point,

        C’était d’éclairer sa lanterne. »

Ici, on ne peut contester que l’auteur veut dire « allumer sa lanterne »…

Donc, « éclairer sa lanterne » peut équivaloir à « allumer sa lanterne ». On peut y voir l’idée d’allumer de façon plus intense encore ladite lanterne, afin que celle-ci permette de mieux voir, d’avoir un meilleur jugement sur les choses et les gens…

Consacrée par l’usage, l’expression est licite; on ne saurait la critiquer…

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Empire mongol (l’)

« Doit-on mettre une majuscule à « empire » quand il s’agit de l’empire mongol ? », nous demande une correctrice débutante.

La règle est de mettre une majuscule au mot empire quand il est suivi d’un adjectif, et quand l’ensemble désigne ou a désigné un Etat, l’ensemble de ses colonies,  ou un groupe d’Etats : l’Empire ottoman, l’Empire français, l’Empire austro-hongrois, l’Empire britannique, l’Empire romain d’Occident, l’Empire allemand, l’Empire russe, etc.

L’Empire mongol peut être assimilé à ces Etats…, donc la majuscule se justifie.

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« etc. » (l’abréviation d’)

« Faut-il bien un point derrière le « c » d’ « etc. », nous demande un haut fonctionnaire, ou est-ce une erreur ? »

Il faut bien un point… abréviatif, puisque cette abréviation ne comprend pas la dernière lettre (« a ») du mot complet (et cetera, ou : et caetara). En revanche, il n’y a aucune raison de vouloir mettre un point derrière bd, abréviation qui contient bien la dernière lettre de boulevard !

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Étymologie

Certes, ma question ne porte pas sur un vocable français, mais je me permets quand même de vous demander si vous connaissez l’origine du mot italien « barbagliata », qui désigne un mélange de café et de crème. Ce mot viendrait d’un nom propre de personne…

Question pointue, mais intéressante ! Effectivement, voici un exemple de nom commun (féminin) formé à partir d’un nom propre, d’un patronyme. La « barbagliata » est, très exactement, un mélange de café, de crème et de chocolat, créé au XIXe siècle au café du Théâtre, devant la Scala, à Milan, par l’imprésario Domenico Barbaja (d’où son nom), protecteur de Donizetti, de Bellini et de Rossini (… lequel lui ravit les faveurs de la cantatrice espagnole Isabella Colbran, qu’il épousa plus tard).