Archives de Catégorie: A lire au jour le jour

Le mot du jour du dimanche 22 juillet 2018 (2)

La remarque linguistique du jour (et la réponse)

 

 

Philippe Le Pape,  président de la délégation de Touraine de Défense de la langue française, me fait part, pointe d’humour à l’appui, de la remarque suivante :

          « Cher ami,

          J’ai entendu, à plusieurs reprises, des journalistes dire dans les médias : « Le président reste mutite dans l’affaire Benalla ». Si le nom mutité existe, il n’y a à ma connaissance aucun adjectif. De plus, la mutité est liée à un problème médical. Le président aurait-il une subite lésion des organes de la phonation ? L’adjectif approprié me semble donc être tout simplement l’adjectif muet. On devrait donc dire : « Le président reste muet sur l’affaire Benalla ».

          Dire par contre que le président reste sans voix serait un problème électoral !

         Bien amicalement. »

 « MUTITÉ, subst. fém.

MÉD. Incapacité de parler (par défaut d’acquisition ou perte du langage parlé) due soit à une surdité congénitale, soit à l’absence de développement, à une lésion des organes de la phonation, ou des centres nerveux du langage. »

 

Tout en rappelant que mon site est strictement apolitique,  mais en ajoutant que la politique est forcément liée au vocabulaire, aux mots comme aux expressions, etc., je réponds ceci :

Si mutité existe bien (et vaut sept points au Scrabble, en dehors des possibilités de lettre ou de mot pouvant doubler, tripler…),  on cherche en vain un adjectif mutite dans les dictionnaires  généraux faisant référence. En revanche, il existe muet(te) et mutique, comme chacun le sait, sauf ces journalistes dont vous parlez.

Il peut y avoir chez eux un embarras, une gêne, devant l’emploi de muet comme dans celui de mutique…  Pourquoi ?…  Mutique relève en principe du domaine médical (comme cet hypothétique « mutite », qui devrait rejoindre la « bravitude » de Ségolène Royal)  :  est mutique un sujet qui s’enferme dans le mutisme.  Ce dernier mot a plusieurs définitions, par exemple dans le Larousse en ligne : « attitude de quelqu’un qui reste silencieux », « comportement silencieux de quelqu’un sur un sujet » et « absence d’expression verbale, en particulier d’origine psychiatrique ».  Mais, dans ce cas, ils devraient être aussi plus que gênés par ce mutite à acception indéniablement d’essence médicale : le mutite est un mutique !

Toujours pour Larousse, la mutité,  liée à muet(te), est l’impossibilité de parler, à la suite de lésions des centres nerveux ou des organes de la phonation, de troubles psychiatriques ou d’une surdité dans l’enfance.  Mais l’on n’est pas toujours muet par impossibilité physique de parler  :  est muet un « sujet qui refuse de parler, qui s’abstient volontairement de répondre ».  Muet convient donc parfaitement, comme silencieux.

…  Je soupçonne Philippe Le Pape de se préparer à rétorquer : «  un président qualifié par certains de « jupitérien », ou traité de « monarque »,  n’est pas un… sujet ».

 

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Le mot du 22 juillet 2018 (1)

Le petit point d’orthographe du jour

 

acajou n. m.

Ce nom d’arbre prend un s au pluriel : des acajous.

Employé par ellipse comme adjectif de couleur, le mot reste invariable : des cheveux acajou, parce que cela est une abréviation pour « des chevelures d’une couleur comparable à celle de l’acajou ».

 

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La question du 21 juillet 2018 (1)

La question du jour (et la réponse)

 

            « Que doit-on écrire ?…  « Le zeste de 1 citron »  ou « le zeste d’1 citron » ?…

            Merci. »

 

            La forme normale,  dans un texte courant, est  :  le zeste d’un citron.  Dans le contexte particulier de livres ou de recettes de cuisine,  on écrit fréquemment  :  le zeste de 1 citron.

Il est incorrect d’écrire « d’1 citron ».

 

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Le mot du 20 juillet 2018 (1)

La question du jour (et la réponse)

 

 

« Faut-il écrire « fleur de la passion »  ou « fleur de la Passion » ?…   Merci. »

 

Il n’est pas besoin de consulter beaucoup de dictionnaires pour comprendre l’hésitation de l’internaute  :  Larousse et Robert, déjà,  sont en désaccord…  Le PLI prône Passion, avec une majuscule ; le Petit Robert opte pour le p minuscule.

Étant donné l’origine du nom : la Passion (= la crucifixion) du Christ, la graphie avec majuscule  est justifiée. La passiflore ou fleur de la Passion a été ainsi dénommée parce qu’on a voulu y voir la couronne d’épines dans le cœur de la fleur, les apôtres dans les pétales,  le marteau servant à enfoncer les clous dans le pistil, alors que les étamines teintées de rouge à la base représenteraient les cinq plaies.

La graphie à recommander est donc  :  fleur(s) de la Passion, d’où fruit(s) de la Passion.

 

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Le mot du 19 juillet 2019 (1)

L’anagramme du jour

 

Il faut sans cesse rappeler qu’anagramme est un mot féminin… :  des anagrammes étonnantes.

Dans un de ses billets rédigés,  il y a  plusieurs décennies,  pour un quotidien du centre de la France, le libertaire pacifiste Pierre-Valentin Berthier (journaliste, écrivain, poète, correcteur à l’érudition hors du commun) avait bâti  son texte sur une anagramme…  Comme d’habitude, il y faisait paraître son personnage fétiche : Godelure.

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« Voter, dit Godelure, devrait être assorti d’une condition…

–  Laquelle, Godelure ?

–  Exercer un droit de veto sur les élus. Le citoyen devrait pouvoir censurer son mandataire si celui-ci manque aux promesses qu’il lui a faites pour obtenir son suffrage. Toute promesse reniée entraînerait ainsi la déchéance de l’élu infidèle. Veto n’est-il pas l’anagramme de vote ? »

Fonder sur une anagramme un code de déontologie politique… Godelure ne doute vraiment de rien !

Pierre-Valentin Berthier.

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N.B.  :   Pierre-Valentin Berthier et son épouse ont été pendant des lustres, jusqu’à leurs décès,  des amis proches.

 

 

Le mot du 18 juillet 2018 (3)

Le point d’orthotypographie du jour

 

faubourg  n. m.

Pas de majuscule :  le faubourg Saint-Denis, le faubourg Saint-Germain. Dans un contexte particulier, la majuscule peut être acceptée, au sens absolu, pour désigner sans ambiguïté un quartier précis où se déroule un roman, une intrigue : les enfants du Faubourg, ou la population de quartiers ouvriers : Le Faubourg grondait depuis deux jours, et les grèves s’étendirent.

 la rue du Faubourg-Saint-Honoré

             Habiter, à Paris, rue du Faubourg-Montmartre

 

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Le mot du 18 juillet 2018 (2)

Le « doublement » du jour

 

Il peut arriver que la même notion soit exprimée en français à la fois par un mot venu du latin et par un autre sorti du grec.  C’est le cas, par exemple, de multilingue et de polyglotte.  Cependant, l’usage leur assigne presque toujours une destination spécifique; ainsi, l’on pourra dire d’un texte est multilingue, c’est-à-dire écrit en plusieurs langues, mais on devra plutôt dire d’une personne qu’elle est polyglotte, c’est-à-dire qu’elle en parle plusieurs. De même, sous-cutané et hypodermique ont étymologiquement  le même sens ; le premier vient du latin (cutis, « peau »), le second du grec (hypo, « au-dessous »; derma, « peau »); mais, si l’on dit volontiers « une piqûre sous-cutanée« , on parlera en termes propres  d’une « seringue hypodermique ».  Une nuance s’établit ainsi dans l’emploi des synonymes.

 

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Le mot du 18 juillet 2018 (1)

Le mot-valise du jour

 

Victor Hugo a créé dans les Misérables, pour qualifier Thénardier, aubergiste peu scrupuleux mais non dénué de prétention intellectuelle, le mot filousophe.  Le terme, qui n’a pas fait école, pourrait désigner un aigrefin pédant, un carambouilleur porté à enrober sa malfaisance d’une idéologie qui l’excuserait.

Ce mot-calembour est formé du substantif filou, paronyme des deux premières syllabes de philosophe, et de la finale –sophe,  empruntée à ce dernier vocable.  Le mécanisme de ce jeu de mots a fait florès, depuis, sous le nom de mots(s)-valise(s)

 

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Le mot du jour du mardi 17 juillet 2018 (1)

Le point d’orthotypographie du jour

 

galerie   n. f.

Lorsque le mot galerie désigne un passage couvert pour piétons, il s’écrit avec une minuscule initiale :

Circuler dans les galeries royales Saint-Hubert, à Bruxelles, qui se composent de la galerie du Roi, de la galerie de la Reine et de la galerie des Princes.

 

  • Quand le mot désigne un magasin d’art tenu par un galeriste, minuscule également :

Amateur d’art moderne, Pécuchet alla de la galerie Baluchard à la galerie des Trois-Étoiles.

Mais majuscule dans des dénominations du type suivant :

Les œuvres de Cédric Mulot sont exposées à la Nouvelle Galerie phocéenne, près du Vieux-Port.

 

  • Dans les noms de firmes, de sociétés, de grands magasins, la majuscule s’impose de plus en plus, même quand galerie(s) a été considéré, à l’origine, comme un nom générique, banal, de commerce précédant un nom propre :

les Galeries Lafayette Haussmann

les Galeries Sandeau et Cie

 

Majuscule à Galeries, évidemment, dans :

les Nouvelles Galeries du Ponant

les Grandes Galeries occitanes

 

♦  galerie des Glaces (la)

Minuscule au terme générique galerie, majuscule au complément déterminatif, dans le nom de cette magnifique grande galerie du château de Versailles.

 

©  Jean-Pierre Colignon, Dictionnaire orthotypographique moderne, Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ), 2018 (parution  fin août).

 

 

 

 

 

 

Le mot du jour du lundi 16 juillet 2018

Le mot du « poilu » de 14-18

 

jarretière  n. f.

Ils sont donc de l’ « ordre de la jarretière », ces tambours et clairons de 14-18 pourtant non britanniques !  Car, par comparaison avec la décoration d’outre-Manche, on appelle « jarretière » la bande bigarrée qu’ils portent au col et sur leurs manches…

            « Honi soit qui mal y pense », bien sûr ! (Oui : un seul n à honi dans la devise historique d’origine !)

(Extrait du Petit Abécédaire de la Grande Guerre, Jean-Pierre Colignon, Le Courrier du livre.)