Archives mensuelles : juillet 2018

Le mot du 14 juillet 2018 (2)

Le demi-repentir du jour

 

 

 

Tout en approuvant complètement l’intervention de son collègue et ami Jacques Dumeunier à propos de « roi des Belges »,  Gérard Chevalier me reproche d’avoir entériné sa graphie États-Généraux, avec deux majuscules et un trait d’union…

Il est de fait que j’ai hésité à maintenir cette graphie, qui n’est ni celle des dictionnaires généraux ni celle des historiens, en principe.  Puis j’ai « laissé filer »… Je suis donc coupable de complaisance à l’égard du premier de ces deux amis et ex-confrères.

Cependant, je ne rejoins pas Gérard Chevalier sur sa ligne intangible « états généraux », avec deux minuscules sans trait d’union.

Le prof d’histoire que j’ai failli être a  lu beaucoup de livres, de Mémoires, de thèses et de revues historiques, notamment sur la Révolution.  Je pourrais écrire des pages et des pages sur les différences orthotypographiques observées chez les historiens et chroniqueurs, avec des choix découlant assurément, chez certains, de leurs opinions politiques.  Que faut-il choisir ?  Les jacobins, les montagnards, les feuillants, les brissotins…,  en romain dans le romain, sans majuscules, ou bien, avec capitale, les Jacobins, les Montagnards,  mais les « enragés », les « Enragés », les « enragés », entre guillemets, éventuellement en italique, parce qu’ils ne formaient pas vraiment un  parti, mais une faction extrémiste ?…   Les « Indulgents » ou les « indulgents », ou bien les indulgents ?… Le Club des jacobins, le Club des Jacobins, le club des jacobins,  le club des Jacobins ?… On trouve toutes ces graphies, employées respectivement par tel ou tel historien de renom.

Mettre au point, corriger un ouvrage sur la période révolutionnaire exige donc d’un correcteur-réviseur un grand soin dans les unifications orthotypographiques.

 

En ce qui concerne les états généraux de 1789, compte tenu de leur importance et de leur rôle unique dans l’histoire de France, je suis pour la majuscule d’unicité à États  :  les États généraux.

 

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Le mot du 14 juillet 2018 (3)

Les questions du jour (et les réponses)

 

 

           « Bonjour, Monsieur Colignon, 

           Je vous serais reconnaissant de bien vouloir me renseigner à propos de majuscules dans les expressions suivantes :

         1°  Les Guerres de Religion, ou les guerres de Religion, ou les guerres de religion ?

         2° Ce soldat mort au Champ d’Honneur,  ou au  Champ d’honneur, ou au champ d’honneur ?

        Avec tous mes remerciements. Cordialement. »

 

On écrit, s’agissant de l’histoire de France notamment   :   les guerres de Religion,  avec minuscule au terme générique et majuscule au terme spécifique. Le générique est figé au pluriel, probablement parce que l’on a eu en tête les différents épisodes de ces affrontements. Certains auteurs, minoritaires, ont adopté guerres de Religions, avec le déterminatif au pluriel, considérant qu’il fallait au moins deux clans, deux religions, pour qu’il y ait guerre(s)…  Mais le singulier s’est imposé, peut-être, ou sans doute, parce que l’on a estimé que catholiques et protestants formaient deux Églises, mais pas deux religions…

 

L’expression au champ d’honneur  est figée sans aucune majuscule, et au singulier (sur le champ de bataille).

 

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Le mot du 14 juillet 2018 (1)

La bourde du jour

 

          « Bonjour, Monsieur,

          Voici la dernière perle en date : sur RTL, ce matin, à deux heures, la journaliste en charge du flash d’actualité nous a annoncé la nouvelle suivante : “88,3 % des bacheliers ont été reçus”.

         Je suppose qu’il doit exister un concours tacite entre tous les intervenants de la presse parlée et que l’auteur de la plus grosse absurdité doit gagner un lot. Ce ne sont même plus des fautes de français, ce sont carrément des fautes de logique. C’est grave, on a l’impression que tout part à vau-l’eau. »

 

 

            Oui, en écoutant la radio et la télévision, on pourrait écrire chaque jour un livre-bêtisier sur les fautes et bévues de toute nature commises sur les différentes chaînes…  Y compris sur celles où des narcisses se gargarisent à longueur de journée de leurs taux d’écoute.

Comme le dit l’internaute qui m’a envoyé ce courriel,  il faut déplorer les fautes de fond, les fautes contre le raisonnement, contre la logique, les fautes qui bafouent le simple bon sens…

            …  On ne fera pas de commentaire(s) sur le « score » mirifique de 88,3 %, digne d’élections électorales dans certains pays,  proclamé par l’Éducation nationale au bac 2018. On mentionnera seulement que les tests impartiaux PISA de l’OCDE ne donnent pas une telle image du niveau moyen  –  plutôt « moyen », en effet  –   des scolaires français quant aux savoirs fondamentaux, depuis des années… Mais on relèvera le non-sens de la phrase : ce ne sont pas 88,3 % des… bacheliers qui ont été reçus au bac !

La bonne formulation est évidemment : «  88,3 %  des inscrits, des candidats, ont été reçus au bac… ».  

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Le mot du 13 juillet 2018 (3)

Les réponses aux questions du jour

 

Plusieurs internautes me demandent des précisions historiques sur le titre de « roi des Belges » (cf. « Mot du jour » précédent)…

 

C’est par décret du Congrès national du 29 janvier 1831 que les Belges ont choisi d’adopter le titre de « roi des Belges » pour le futur souverain du jeune État belge, plutôt que le titre de « roi de Belgique ». Cette dénomination avait pour but de faire référence au caractère constitutionnel de la charge royale en Belgique : le roi serait élu par le Congrès national,  délégué  du peuple belge.

Le  Congrès  national  s’inspira  de  la dénomination adoptée par Louis-Philippe Ier, arrivé sur le trône en France à la suite de la révolution de juillet 1830.  Peut-être aussi parce que ce titre de « roi des Français » avait, déjà, été porté par Louis XVI, on l’a dit, de 1791 à 1792, dans ce qui fut une très provisoire « monarchie constitutionnelle »…

Le premier roi des Belges fut Léopold Ier  (Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld), élu par le Congrès le 4 juin 1831. Veuf depuis 1817, Léopold Ier  épousa en 1832, en secondes noces, Louise d’Orléans, fille de Louis-Philippe.

 

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Le mot du 13 juillet 2018 (2)

La bourde de culture générale du jour

 

Les vrais correcteurs-réviseurs professionnels non seulement s’attachent à maîtriser le mieux possible la langue française, c’est une évidence, mais aussi à se cultiver en tous domaines. Tout en sachant bien que personne ne peut être omniscient, que personne n’est infaillible.

Cette démarche leur permet donc d’être rigoureux, précis, exacts, fiables (sauf bévue toujours possible, bien sûr) dans la vérification des textes et dans la transmission des informations.

 

Jacques Dumeunier, ainsi, déjà mentionné plusieurs fois sur ce site, a parfaitement raison de critiquer l’emploi fautif, politiquement et historiquement,  de « roi de Belgique » dans les médias à l’occasion de la venue d’Albert II à la demi-finale France-Belgique de la Coupe du monde de football…  Je reproduis ci-dessous son récent courriel, qui ne saurait susciter de critique :

 

 

           « « Roi de Belgique »  ou  « roi des Belges », quelle importance ?!…   Si, justement.

          C’est un contresens à la fois politique et historique.

         Le fait de désigner un monarque constitutionnel par le nom de son peuple, et non de son pays, est une tradition qui  vient de la Révolution française. Au début de la Révolution, Louis XVI est encore roi de France, un roi absolu de droit divin,  «  par la grâce de Dieu ». Mais dès octobre 1789 les Etats-Généraux devenus Assemblée nationale le désignent sous le titre  de roi des Français. Terme repris par la Constitution du 3 septembre 1791, dont l’article 2 dit : « Le seul titre est roi des Français ». Ce qui signifie que le roi détient son pouvoir du peuple, et non plus de Dieu. Il gardera ce titre  jusqu’à  l’abolition de la monarchie, en septembre 1792.

         C’est de là que vient que le roi constitutionnel de l’État belge est « roi des Belges », et non pas « roi de Belgique ». 

         L’équipe de Belgique, où joueurs flamands, wallons et  issus des anciennes colonies africaines se sont côtoyés pour mener un jeu de feu*, a perdu, certes, mais, de grâce (de Dieu), laissons à leur roi son vrai titre ! »

 

 *Remarquable équipe de Belgique, en effet, qui n’a pas tout à fait réussi sa demi-finale…

 

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Le mot du 13 juillet 2018 (1)

La bourde du jour

 

Plus énergique que Carole Gaessler (cf. « Mot du jour » d’hier) : Bernadette Chamonaz !  Cette dernière, sur France Inter, ce matin, a annoncé, elle,  que « douze mille forces de l’ordre » étaient mobilisées pour assurer la sécurité de ceux et celles qui viendront dimanche dans les « fan zones », comme on dit et écrit…  Cette formulation désopilante, ou navrante, ne laisse guère de doute : des équipes cynophiles aux chevaux de la garde républicaine, la quasi-totalité des effectifs à deux pieds, à quatre pattes et à quatre jambes (N.B. : pour les chevaux, on dit « jambes ») de ce que l’on appelle les « forces de l’ordre »  sera (ou seront, comme on veut) sur le pied de guerre.

Un meilleur emploi de la langue française (la maîtrise de son vocabulaire de base) aurait  dû conduire à dire : « douze mille membres des forces de l’ordre », « douze mille policiers », etc.

 

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Le mot du 12 juillet 2018 (1)

La bourde du jour

 

Carole Gaessler, sur France 3, ce soir, nous a informés que les « fan zones » seraient protégées dimanche prochain, pour la finale de la Coupe du monde de football, par « quatre mille forces de l’ordre » !  Allez savoir de quoi se compose cette grande armée de x milliers d’hommes et de femmes ?!  De  quatre mille brigades,  compagnies,  sections, escadrons… ?

L’information précise, découlant de l’emploi d’un vocabulaire correct, eût été assurée en disant simplement : « quatre mille policiers » !

 

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Le mot du 11 juillet 2018 (1)

Le point d’orthographe du jour

 

abc  n. m.  inv.

            Bien connaître l’abc de la profession ;  c’est l’abc du métier.  S’écrit avec trois lettres minuscules collées, et reste en caractère romain dans un texte en romain ;  ne se guillemette pas.

Le mot du 9 juillet 2018 (1)

L’acception ancienne du jour

 

            En relisant des textes de l’ami Fernand Guériff, qui fut l’historien de Saint-Nazaire et de la presqu’île guérandaise, musicologue et compositeur, je retrouve le texte d’une chanson populaire locale : Filles qui avez des serviteurs.

Détaché de toute explication, ce titre sera sans doute compris, en 2018, au sens de « filles, femmes, des couches sociales aisées, qui avez des domestiques, du personnel de maison, des employés de maison… ».  Contresens !…  Serviteurs signifie ici « chevaliers servants », « amoureux » :

Filles qui avez des serviteurs (bis)

Faites-leur porter vos couleurs.

L’écarlate et aussi le bleu (bis)

C’est la couleur des amoureux.

 

La méconnaissance des significations passées, vieillies, peut entraîner des quiproquos plus ou moins graves… Ainsi, lorsque des personnes âgées, s’appuyant sur des acceptions qui figuraient dans les dictionnaires édités quand elles étaient jeunes, emploient « grec » au sens de « voleur », d’ « escroc », de « filou rusé »…  suscitant l’incompréhension ou la méprise chez des interlocuteurs plus jeunes.  « C’était un « grec » »  étant compris au sens de « c’était un Grec ». (Anecdote authentique : j’ai été témoin de la scène.)

 

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Le mot du 8 juillet 2018 (1)

Le nom de collectionneur(-euse) du jour

 

Les collectionneurs de stylos publicitaires sont des stylopubligraphiles.

 

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