Archives mensuelles : août 2014

Le mot du 28 août 2014

ectoplasme

            Les mandats du Belge Herman Achille Van Rompuy – président du Conseil européen et président du sommet de la zone euro – et de la Britannique Catherine Margaret Ashton, baronne Ashton of Upholland – première vice-présidente de la Commission européenne et haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité – arrivent à leur terme en cette fin d’année 2014, et les médias commencent à évoquer les noms des possibles successeurs.

            À propos des deux sortants, un grand nombre des chroniqueurs politiques, des médias, auront eu recours, pour les dépeindre, au terme d’ectoplasme, pour fustiger leur insignifiance, leur insipidité, leur inconsistance. Les commentateurs auront-ils été excessifs dans leurs critiques, outranciers dans leurs railleries, trop violents dans le dénigrement ? C’est à chacun d’en juger…

            « Ectoplasme à roulettes » fait partie du riche vocabulaire du capitaine Haddock, qui n’exprime pas là, on s’en doute, une grande considération pour la personne visée, seulement capable d’être un « amiral de bateau-lavoir », autre expression très imagée du colérique et impulsif ami de Tintin.

            Ectoplasme n’a été accueilli dans les dictionnaires qu’au tout début du XXe siècle, que ce soit au sens, peu répandu, de « couche superficielle du protoplasme de la cellule » (biologie), ou sous l’acception plus usuelle d’ « émanation visible produite par un médium, se matérialisant sous des formes diverses » (si l’on en croit, bien sûr, les adeptes des sciences occultes !). Ectoplasme est plus couramment remplacé, dans le langage des usagers de la langue, par fantôme : simplification qui ne saurait satisfaire les métapsychistes !…

            Le préfixe grec ect(o)- signifie « au dehors », « qui est à l’extérieur », « qui va vers l’extérieur », tandis que –plasme, élément également tiré du grec, signifie « ouvrage façonné ».

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Le mot du 27 août 2014

parapluie

            Tous les médias ont glosé sur l’image de M. François Hollande prononçant sur l’île de Sein, sous une pluie battante, un discours commémorant le 70e anniversaire de la Libération. Sans parler des humoristes qui ont repris la bonne vieille plaisanterie à propos du mois d’août en Bretagne – « En Bretagne, en août, il ne pleut qu’une fois : du 1er au 31 ! –, nombre de commentateurs, voire nombre de Français, ont évidemment associé les averses qui trempaient le chef de l’État à la tempête qui secouait le gouvernement. L’avenir dira si le mini-remaniement n’aura été qu’une tempête dans un verre d’eau ou s’il entraînera à plus ou moins longue échéance de nouvelles crises internes au PS.

            Les reportages, pourtant, ont montré que l’un des gardes du corps du président de la République était muni d’un parapluie… On est conduit à en déduire que le chef de l’État n’a pas souhaité faire appel à l’assistance d’un porteur d’… en-cas. Eh oui ! Ce mot composé que tout le monde, aujourd’hui, comprend au sens de « sandwich », de « repas léger, tout préparé », a désigné autrefois une ombrelle qui pouvait servir de parapluie ! On a même dit : « un en-tout-cas » !

           Le locataire de l’Élysée a-t-il estimé que la solennité de la cérémonie (ou sa propre dignité) serait entamée par le recours à un cerbère armé… d’un pépin ou d’un riflard ? Ou d’un insuffisant tom-pouce, bien fragile alors qu’il tombait des hallebardes ?! Les deux premiers termes viennent du théâtre, semble-t-il bien. Riflard est entré dans la langue par antonomase sur le nom d’un personnage d’une pièce à succès du prolifique romancier, auteur dramatique… et académicien Louis-Benoît Picard : la Petite Ville (1801). Le dénommé Riflard, dans cette comédie, ne se séparait jamais d’un énorme parapluie noir !

          Même explication pour pépin, si l’on en croit des linguistes comme Albert Dauzat  : dans le vaudeville « grivois, poissard et villageois » Romainville ou la Promenade du dimanche (1807), des sieurs Charles-Augustin de Bassompierre Sewrin et René-André-Polydore Alissan de Chazet, un dénommé Pépin se présentait toujours en scène armé d’un gigantesque parapluie noir.

      Entre autres sens, tom-pouce s’est implanté dans le vocabulaire pour désigner un petit parapluie de femme, pliable et à manche très court, pouvant être transporté dans un sac à main. Cette signification, de même que les autres acceptions (petit enfant, personne de très petite taille, nain, dahlia nain…) découle du nom de Tom Thumb, nain des contes anglo-saxons. Le fameux entrepreneur de spectacles Barnum exhiba dans son cirque, sous le nom de « General Tom Thumb » (traduit littéralement, en français, par « général Tom Pouce », sans trait d’union, généralement), le nain Charles Stratton (1838-1883), qui, dansant, chantant, jouant la comédie, acquit une notoriété mondiale. En 1845, ainsi, ce dernier obtint un grand succès, à Paris, au Théâtre du Vaudeville, dans une pièce de Dumanoir et Clairville : le Petit Poucet.

          Au sens de « personne de petite taille, nain », le mot s’est écrit parfois avec deux majuscules et un trait d’union, et des auteurs ont adopté au pluriel la graphie Tom-Pouces… Aujourd’hui, la graphie suivie est tom-pouce, et le mot est donné comme invariable.

         Rappelons que l’île de Sein, soit la commune d’Île-de-Sein, a été élevée au rang de compagnon de la Libération, est décorée de la croix de Guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. En 1940, accueillant quelque 400 des premiers Français arrivés à Londres pour continuer le combat, le général de Gaulle demande à chacun d’où il vient. Plus de 120 réponses sont identiques : « Je viens de l’île de Sein, mon général ». De Gaulle s’exclamera alors : « L’île de Sein est donc le quart de la France !? ». Répondant sans tarder à l’appel du 18-Juin, c’est en effet la quasi-totalité des Sénans hommes et adolescents qui s’embarquèrent pour Londres à bord de leurs bateaux. Le compositeur et interprète sénan Louis Capart a rendu hommage à son île natale dans une très belle chanson : Héritage sénan.

Le mot du 21 août 2014

tournée

        Des rédactions de nombreux médias – presse écrite, radios, chaînes télévisées – ont employé le mot tournée à propos du déplacement du président de la République, M. Hollande, dans l’océan Indien : à la Réunion, à Mayotte… Le Figaro.fr, ainsi : « François Hollande est arrivé aujourd’hui à la Réunion, première étape d’une tournée de trois jours… ». Mais le mot n’est-il pas, lui aussi, « déplacé » ?

            Un usager de la langue française, en 2014, comprend-il toujours tournée au sens de « visite officielle », de « déplacement professionnel » : tournée du facteur, tournée d’inspection, tournée pastorale, tournée du boulanger avec sa camionnette… ? « Professionnelles », également, les tournées électorales… qui s’accompagnent localement de tournées générales dans les bistrots de la circonscription !

            Pour les générations les plus jeunes, la première acception de tournée (… avec celle d’  « ensemble de consommations offertes ») est certainement celle de « suite de déplacements d’un artiste, d’artistes, de troupes d’artistes », telles les fameuses « tournées Herbert-Karsenty » qui dominèrent le milieu des « tourneurs » pendant plusieurs décennies. Cette signification prédominante semble donc s’appliquer, de même, aux visites effectuées par des responsables politiques à l’intérieur de leur propre pays ou à l’extérieur de leurs frontières. La notion d’ « hommes (et femmes) d’État » disparaît alors au profit du dérivé dépréciatif politiciens s’associant à « comédiens ».

            Il semble donc recommandé, du fait de l’évolution de la signification et de la hiérarchie des acceptions de tournée, d’employer visite (officielle), voyage (officiel), déplacement (officiel). Le souci de varier le vocabulaire ne doit pas conduire à recourir à des termes anciens qui pourraient être ressentis comme sarcastiques et persifleurs : perambulation, par exemple, qui, au-delà des sens premiers d’ « arpentage d’un terrain » et de « visite d’une forêt », est un synonyme de « promenade » et d’ « excursion ». De plus, un voyage officiel ne saurait être une excursion, une balade, une vadrouille, une baguenauderie…

le mot du 20 août 2014

civilisation

               Barbarie, atrocité, horreur, primitivisme, monstruosité, sauvagerie, bestialité, fanatisme, inhumanité… : l’actualité internationale est marquée par des faits et événements qui s’opposent aux notions de civilisation, de tolérance, d’humanisme, d’égalité entre les êtres humains, d’éducation, d’instruction et de culture…

            Même si elle n’échappe peut-être pas aux critiques et aux remarques, surtout vue a posteriori, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (Constitution du 24 juin 1793) – que l’on peut lire, par exemple, sur le site du Conseil constitutionnel – énonce des principes qui, eux, s’inscrivent dans la volonté d’établir et de maintenir une société civilisée, juste, éclairée, intelligente, sensée. C’est-à-dire une résolution incompatible avec la veulerie, l’avachissement et l’angélisme.

            Rappelons donc quelques-uns des articles, qui devraient pouvoir être ratifiés, et appliqués, dans le monde entier :

Article 3. – Tous les hommes sont égaux par la nature et devant la loi.

Article 6. – La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui : elle a pour principe la nature ; pour règle la justice ; pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait.

Article 7. – Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s’assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits.

Article 22. – L’instruction est le besoin de tous. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l’instruction à la portée de tous les citoyens.

Article 30. – Les fonctions publiques sont essentiellement temporaires ; elles ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs.

Article 31. – Les délits des mandataires du peuple et de ses agents ne doivent jamais être impunis. Nul n’a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens.

          L’imperfection des êtres humains et l’organisation de la société font sans doute que le mot civilisation ne désigne pas, dans la réalité, un univers parfait, ayant trouvé le juste équilibre entre liberté et égalité, entre droits et devoirs. Mais il s’agit sans doute d’un objectif utopique, irréaliste… Assurer le plus haut degré possible dans le domaine des relations pacifiques entre peuples et individus, dans le domaine du savoir, des connaissances, de l’éducation, des idées, des arts ; contribuer sans cesse au développement social, matériel et intellectuel, dans le respect des libertés individuelles, de LA liberté, tout cela est en revanche un combat possible en faveur d’un but à perfectionner sans relâche et s’appelant civilisation.

         Alors que le Secours populaire (mais ce n’est pas la seule association caritative à organiser de telles actions) emmène des milliers d’enfants à la plage, notamment, dans le cadre de sa Journée des oubliés des vacances, c’est l’occasion de mentionner une phrase de Romain Rolland souvent reprise comme « devise – programme » par cette association. Une phrase qui s’inscrit dans le souhait d’instaurer un monde humain et civilisé : « Hommes de demain, soyez plus heureux que nous. Plus heureux parce que meilleurs ; meilleurs parce que plus heureux. ».

Le mot du 18 août 2014

rhénan

          L’actualité se plaît à justifier le bien-fondé récurrent de nos « mots du jour » !☺ Le très spectaculaire, audacieux et… curieux braquage mené dimanche 17 août contre un convoi de voitures occupées par des Saoudiens se rendant à l’aéroport du Bourget justifie notre choix du 9 juin, c’est-à-dire braquage.

            Débarquement, évidemment évoqué dans le mot du 6 juin, est revenu dans l’actualité avec les importantes cérémonies rappelant l’autre débarquement, celui de Provence, mené par les troupes alliées à compter du 15 août 1944. La composante française, importante en nombre, et à laquelle viendront peu à peu s’intégrer des dizaines et des dizaines de milliers de FFI (résistants des Forces françaises de l’intérieur), est connue sous le nom de « Ire armée française » (après avoir été appelée « IIe armée » et « armée B »).

            Commandée par de Lattre de Tassigny, cette armée – qui, on l’a très souvent oublié, comprenait de nombreux pieds-noirs – et ses alliés vont remonter jusqu’aux Vosges, l’Alsace (libération de la poche de Colmar), puis vont s’enfoncer dans le Bade, le Wurtemberg, la Bavière, puis l’Autriche… Là s’achèvera l’aventure victorieuse. Dans son ordre du jour n° 8, de Lattre proclamera : « Vous venez d’inscrire sur nos drapeaux et nos étendards deux noms chargés d’histoire et de gloire française : Rhin et Danube ». Dès lors, l’insigne de la Ire armée française portera ces deux noms, au-dessus des armes de Colmar.  « Rhin et Danube » deviendra le surnom officiel de la Ire armée française. Une armée dont on vient donc de commémorer l’épopée.

            Rhénan(e) est le gentilé (ou l’ethnonyme, si l’on préfère) lié à Rhin et à Rhénanie. Rappelons au passage que les gentilés sont soit des noms propres à majuscule, quand ils désignent des personnes (des Rhénans), soit des adjectifs, sans majuscule, alors (les villages rhénans). Le mot se retrouve dans le nom de la Symphonie n° 3 en mi bémol majeur op. 97 de Robert Schumann : la « Rhénane ». Attention à la prononciation : il s’agit bien d’un « é », et non d’un « è », donc il faut dire « ré-nane ». Nous avons entendu, sur une radio dédiée à la musique, un écrivain prononcer comme s’il s’agissait d’une « reine Anne » !

            Les familiers de la batellerie connaissent bien les locutions gabarit rhénan et gabarit grand rhénan : par allusion à la taille du Rhin, ces termes qualifient des canaux à grand gabarit et les bateaux de transport de marchandises de grandes dimensions pouvant circuler sur ce type de canaux. Les péniches du type « Rheine Herne Kanaal » (RHK) font 80-85 mètres de longueur sur 9,50 mètres de large ; elles peuvent transporter une cargaison de 1 000 à 1 500 tonnes. Celles du type « grand rhénan » (classe V a)  vont de 95 à 115 mètres sur 11,40 mètres, et peuvent transporter de 1 500 à 3 000 tonnes !

            Ce « mot du jour » se terminera sur le salut respectueux que nous adressons aux derniers anciens de « Rhin et Danube », dont certains ont repris il y a quelques mois un petit texte de nous pour appuyer auprès de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, leurs doléances (encore un « mot du jour », du 4 août !) à propos de la bien moindre considération dont pâtissait le débarquement de Provence en comparaison de celui de Normandie.

Le mot du 16 août 2014

fossé

          Le pape François a, au cours d’une messe célébrée en Corée du Sud (et non en « Sud-Corée », n’en déplaise aux adorateurs du franglish) dénoncé le fossé croissant entre riches et pauvres, y compris à l’intérieur d’un même pays. Faisant allusion au courage et à l’esprit de charité qui furent le propre de martyrs coréens qu’il béatifiait, le souverain pontife a déclaré : « Leur exemple à beaucoup à nous dire, à nous qui vivons dans des sociétés où, à côté d’une immense richesse, la pauvreté extrême croît silencieusement, où le cri du pauvre est rarement écouté […]. »

          Les proverbes et expressions liés à fossé ne sont guère usités de nos jours : Ce qui tombe dans le fossé est pour le soldat : « ce qu’on a laissé tomber est pour celui qui le ramasse » ; Au bout du fossé la culbute : un proverbe qui semblait peu compréhensible à Littré lui-même ainsi qu’à beaucoup de linguistes ! Pourquoi y aurait-il une culbute alors que l’on serait déjà dans un creux, un fossé !? Faut-il y voir une façon elliptique de dire : « au bout du terrain, il y a [forcément] le fossé, donc la culbute » ? Sauter le fossé est plus évident, c’est prendre une forte résolution, « franchir le pas », voire « brûler ses vaisseaux »… Quant au grand fossé, c’est, clairement, la tombe, le tombeau.

            Ponson du Terrail et d’autres romanciers-feuilletonistes prolifiques ne prenaient pas le temps de relire leur copie – que les éditeurs avaient sans doute le tort de ne pas faire passer par le filtre bienfaisant de correcteurs professionnels. D’où d’impayables et hilarantes bourdes telles que : « Elle avait la main froide d’un serpent » ; « « Ah ! », dit don Manoel en portugais » ; « Victorine continua sa lecture en fermant les yeux » ; « Cette femme avait […] une taille svelte et souple qu’une main d’homme eût emprisonnée dans ses dix doigts ». Et, si les œuvres bien oubliées de l’auteur dramatique Adolphe Dumas n’assurent pas son souvenir, cet écrivain reste connu pour son… inénarrable « hareng saur » : « Je sortirai du camp, mais quel que soit mon sort / J’aurai montré, du moins, comme un vieillard en sort. ».

            Se rangeant sous la bannière de Ponson, quelques écrivains et journalistes n’hésitent pas à écrire audacieusement que la Grande Muraille [de Chine] est un… « fossé » qui fut dressé pour protéger la frontière nord du Céleste Empire contre les tentatives d’invasion !

           

Le mot du 12 août 2014

narcisse

            Au sein du lexique du « nouveau frenching », selfie est en « pole position » : cet autoportrait pris avec un smartphone et abondamment diffusé sur les réseaux dits abusivement « sociaux » s’impose dans tous les médias… Oui, « autoportrait », et à double titre, car même si l’on se prend en photo au côté de « personnalités » plus ou moins médiatisées, représentant ou non de vraies valeurs, on s’autophotographie et l’… objectif est généralement de promouvoir sa propre personne.

            Que faut-il voir dans ce comportement, dans ce tic, dans cette addiction ? Un simple phénomène de mode pas bien critiquable, et que seuls d’atrabilaires misanthropes condamneraient ?… Une certaine puérilité, de l’infantilisme et de la niaiserie ?… Du narcissisme ?… Nous laissons à chacun le soin de répondre, voire, pourquoi pas, de nous faire part de son opinion. En tout cas, cette actualité permet de se pencher sur l’étymologie et sur les acceptions de narcisse.

            Narcisse est un personnage de la mythologie grecque au cœur d’une légende. Comme le plus souvent en ce qui concerne la mythologie gréco-romaine, on se retrouve devant de multiples versions qui mettent en échec le chercheur le plus scrupuleux tentant de dégager « la » bonne variante. À défaut, on prend comme référence la version qui recueille l’assentiment d’une grande majorité d’écrivains. S’agissant de Narcisse, on retient donc la version proposée en détail par le poète latin Ovide (43 av. J.-C. – 17 ou 18 apr. J.-C.) dans ses Métamorphoses (Livre III). Ovide s’étant évidemment inspiré de divers auteurs grecs pour élaborer une synthèse…

            Narcisse, fils de la nymphe Linope, serait né en Béotie (attention à ne pas confondre avec La Boétie !). Consulté par Linope, le devin Tiresias aurait prédit : « Narcisse vivra très vieux, s’il ne regarde pas son image ». En grandissant, le fils de Linope devient un adolescent, puis un jeune homme, d’une beauté exceptionnelle, qui se montre insensible à l’amour. Il rejette les nombreuses avances dont il est accablé ! Une des personnes ainsi repoussées – il ne semble pas que ce soit la nymphe Écho – en appelle à l’Olympe, et c’est la sombre Némésis, déesse de la Juste Colère (des dieux), qui décide de punir Narcisse…

            Alors qu’il s’abreuve un jour à une source, Narcisse va tomber follement amoureux… de son reflet, de sa propre image ! Ne pouvant détacher son regard d’un visage qu’il ne peut atteindre, il serait resté là à dépérir, jusqu’à la mort. (Selon d’autres versions, il se serait noyé en tentant de rejoindre cet « autre lui », ou bien se serait suicidé de désespoir devant cette situation insoluble.) Sur le lieu de sa mort seraient alors apparues une ou plusieurs fleurs auxquelles on donna son nom. Le narcisse est aussi appelé coucou et jonquille.      

            Le nom propre est également devenu un nom commun variable pour désigner des personnes infatuées d’elles-mêmes, qui sont éprises de leur apparence physique : « Quelques narcisses possédaient bien de petits miroirs de poche dont ils se servaient en grand mystère. Mais Joanny n’était pas de ceux-là. » (Valery Larbaud, Fermina Márquez.)

Le mot du 9 août 2014

crash

          La succession d’accidents aériens entraînant l’écrasement au sol de plusieurs avions a évidemment frappé l’opinion, même si, au regard du nombre des liaisons assurées chaque jour, il serait justifié de parler d’un pourcentage infime. Mais la brutalité de ce type d’événements et le fait qu’il n’y ait le plus souvent aucun rescapé accentuent, grossissent, l’émotion ressentie. Celle-ci étant accentuée par les innombrables reportages consacrés aux causes et aux conséquences d’un crash.

            Des défenseurs de la langue française continuent de condamner l’emploi de l’anglicisme crash, et, a (sans accent !) priori, nous pouvons les comprendre. Toutefois, il faut bien constater que les équivalents français précis ne sont pas nombreux, et qu’ils comportent plusieurs mots : que dire, à part écrasement au sol ?! Certes, chute d’un avion, accident en vol… laissent presque forcément entendre qu’il y a eu écrasement fatal.

            Pour ne pas multiplier les répétitions, pour « faire court » dans les titres, les sous-titres, dans les incrustations à la télévision, il ne faut pas rejeter l’emploi de crash (pluriel « à la française » : des crashs ; prononciation : « crache »). Le vocable a, de plus, l’avantage d’être neutre, de ne pas préjuger imprudemment de la cause, de la raison, de l’écrasement au sol…

            Attention à l’orthographe et aux confusions possibles avec krach ou crack !

Le mot du 5 août 2014

démenti

           Alors que le Canard enchaîné, l’hebdomadaire satirique du mercredi, n’était pas encore en vente, le ministère des Finances a démenti mardi 5 une information qui sera sous les yeux des lecteurs à partir du lendemain…

            C’est en effet en ce 5 août que Bercy « dément formellement » auprès de l’Agence France-Presse les propos attribués par l’hebdomadaire daté du 6 août à Michel Sapin, ministre des Finances, au sujet des prévisions de croissance. Selon le Canard, le ministre aurait déclaré lors d’un séminaire du gouvernement, vendredi dernier, que « si l’on était au-dessus de 0,5 % de croissance à la fin de l’année ce serait très bien ». Prévision pessimiste à l’excès, ou réaliste et sincère, qui démentirait elle-même la prévision officielle jusqu’ici annoncée à 1 %. Les chiffres officiels portant sur l’estimation de la croissance (?) au deuxième trimestre ne seront connus que vers la mi-août.

            Selon la façon de tourner les phrases, et journalistes comme politiques y veillent, les uns pour transmettre avec fiabilité l’information, les autres peut-être pour jouer sur les mots en noyant le poisson, démenti n’aura pas la même acception. Ou bien cela signifiera que l’on dément que le ministre ait parlé devant tous ses collègues (que la prévision calamiteuse apparaisse, ou non, dans ses dossiers), ou bien l’on dément que M. Sapin, qui a bien pris la parole, ait tenu les propos pessimistes qu’on lui prête… La formulation du démenti ministériel du 5 août s’inscrit dans la dernière hypothèse.

            Au sens de « déclaration », démenti est du registre « sérieux », souvent du niveau solennel, officiel : on soutient qu’une affirmation est fausse. Par ailleurs, et par analogie, on parlera d’un désaveu apporté par la vie : « Les semaines à venir allaient infliger un terrible démenti à ses espérances… ». Le terme, employé par les commentateurs, sera neutre, du domaine du constat.

          Avec dénégation, le plus souvent employé au pluriel, la connotation devient nettement fâcheuse dans le ressenti des usagers du français : des dénégations sont considérées comme des protestations contestables, sont comprises comme des refus de reconnaître la vérité. Il faut donc être extrêmement prudent dans l’utilisation de ce vocable, pour éviter de confirmer ce glissement de sens qui n’a pas lieu d’être !

          L’infirmation n’est autre que l’action d’infirmer (un diagnostic, un raisonnement, formulés par autrui), et, en droit, l’annulation d’une décision, d’un jugement. Les propos d’un ministre peuvent être infirmés publiquement par un Premier ministre, par un chef d’État… mais ça fait désordre ! Quant à déni, c’est aujourd’hui un terme très en vogue utilisé pour désigner le refus de telle ou telle réalité ressentie comme pénible, douloureuse, dramatique, traumatisante…

***

Certains lecteurs de ce site n’ayant pas encore pris l’habitude de consulter la rubrique « Agenda » (des dictées et autres événements), nous résumons ci-dessous cette actualité, en les priant, pour disposer de plus de détails complémentaires, de se reporter à ladite chronique.

Manifestement, d’après certaines réactions, il est nécessaire de répéter qu’en s’inscrivant comme ami du site (il suffit de donner son adresse électronique, en la tapant dans un des cadres prévus) chacun peut recevoir GRATUITEMENT, IMMÉDIATEMENT et SYSTÉMATIQUEMENT tout nouveau texte mis en ligne.

Il est utile également de rappeler, semble-t-il, que toute question de langue française posée est anonyme, et ne sera lue que par nous-même. J’enverrai la réponse sous 24 à 48 heures, en moyenne, à la personne qui l’aura posée.

 

L’actualité de l’agenda :

  • Participation importante, dont de nombreux « cadets », à la première dictée de Port-Leucate (Leucate, dans l’Aude), le 30 juillet, en hommage à l’écrivain et aventurier Henry de Monfreid. Devant ce résultat très positif, les responsables (mairie, médiathèque) envisagent immédiatement une édition 2015.
  • Dimanche 3 août, présidence d’honneur du très sympathique Salon du livre de Kercabellec (à Mesquer, en Loire-Atlantique), sous un chapiteau installé près des parcs ostréicoles.
  • Prochaines dictées : en la mairie du Croisic (Loire-Atlantique), le samedi 20 septembre après-midi, dans le cadre du Salon du livre « Plumes d’équinoxe » ; ce sera une première dans cette commune. À Bernay (Eure), le samedi 4 octobre : ce sera également une première. Puis, retour en Loire-Atlantique : 7e dictée de Piriac-sur-Mer, le samedi après-midi 18 octobre.

Le mot du 4 août 2014

doléances

          4 août 2014… 4 août 1789 : dans une certaine exaltation euphorique, et surtout prenant en compte la « Grande Peur » menaçante qui s’est répandue à travers le pays, les députés de l’Assemblée nationale constituante votent à l’unanimité ce que l’on a pris l’habitude de désigner par l’ « abolition des privilèges » (vaste programme : abolition des privilèges des classes : noblesse et clergé ; abolition des privilèges des provinces, des villes et des corporations… !). À chacun d’estimer si, dans la France de 2014, il n’y a plus de privilèges de classes ni de corporations, entre autres, et s’il n’y a plus d’injustices ni d’inégalités…

          Louis XVI, en 1788 – pour contenir la colère qui monte dans le pays – convoque les états généraux. Les électeurs, dans les communes, dans les quartiers, dans les paroisses, sont appelés à remplir des « cahiers de doléances », c’est-à-dire à exprimer leurs souhaits, leurs revendications. Diminution et répartition plus équitable des impôts, diminution des droits seigneuriaux, uniformité des poids et mesures, reviennent constamment, évidemment mêlées à d’innombrables réclamations d’ordre très local. Les quelque… 60 000 cahiers recueillis seront condensés au niveau des bailliages, puis à l’échelon national, à raison de 12 cahiers pour chacun des trois ordres. Il en sortira une synthèse globale.

        Doléance, mot féminin plus usité au pluriel qu’au singulier (ce qui démontre qu’il ne manque pas de matières à se plaindre…), vient du vieux français douliance, « tristesse, affliction », lui-même lié au vieux verbe douloir, « souffrir ». L’acception de « souffrance », « état douloureux incitant à se plaindre », s’est effacée devant la signification de « plainte orale ou écrite exposant un malheur, une détresse, une infortune », ou exposant un grief afin d’obtenir compensation, réparation.

          Le mot, au pluriel, est aussi employé avec une connotation péjorative, ou bien humoristique, à propos de jérémiades incessantes et abusives, de plaintes abondantes et rabâchées…

         Ces jours-ci, les médias – ainsi le Monde du 4 août, sous le titre « Les doléances de François Hollande à Angela Merkel »reprennent le mot au sujet des plaintes de la France devant le non-engagement des autres pays européens sur la scène internationale.