Archives de Tag: « le Canard enchaîné »

Le mot du 14 mai 2016 (2)

La bourde du jour

            Relevée ce samedi 14 mai sur le site d’un des hebdomadaires français les plus lus, la bourde appartient à la catégorie des janotismes (ou jeannotismes)… Par référence à Jeannot, diminutif de Jean qui, avec Jean-Jean, a désigné, surtout au XIXe siècle, le type du benêt, du niais, du sot, on nomme janotisme une formulation maladroite qui donne une signification bizarre, curieuse, souvent ridicule et grotesque, et qui peut aboutir à des contresens.

En écrivant : « Nombreuses dégradations à Rennes à la suite de l’évacuation d’une salle municipale après douze jours d’occupation par les forces de l’ordre », l’auteur affirme donc que ladite salle a été occupée douze jours par le RAID et les CRS, ou par les gendarmes mobiles ! Contresens, évidemment, dû à un mauvais ordre des mots…  L’information exacte aurait dû être communiquée par : « Nombreuses dégradations à Rennes à la suite de l’évacuation par les forces de l’ordre d’une salle municipale occupée depuis douze jours [par des manifestants]. »

Des janotismes de ce type sont fréquents, et, dans sa rubrique « La presse déchaînée », le Canard enchaîné a souvent mentionné la récurrente phrase échappée à un rédacteur : « L’individu a été arrêté au volant de sa voiture par des gendarmes en état d’ébriété » !  Le coupable devrait offrir une tournée générale – en dehors des heures de service ! – à la brigade ainsi injustement dénigrée… et apprendre à mettre les mots dans l’ordre : « L’individu a été arrêté en état d’ébriété, au volant de sa voiture, par… ».

Le mot du 30 mai 2015

« Roland » 

          C’est   le   retour   de  «  Roland  »,  pour  une  quinzaine  de  jours,  dans  les  « étranges lucarnes » – ainsi André Fressoz, alias André Ribaud, journaliste, directeur du Canard enchaîné, désignait-il les écrans de télévision, notamment dans sa célèbre chronique-pastiche « La cour », de 1960 à 1969. « Roland », où l’on va voir, entre autres, « Rafa » (= Rafael Nadal, champion de tennis espagnol, pour ceux qui l’ignoreraient encore), « Djoko » (Novak Djokovic, un Serbe autre as actuel de la petite balle jaune), et « Roger » (surtout, prononcer « Rodgère »  : Roger Federer, champion suisse).

         Les barbares ès courts de tennis devraient enfin avoir compris : « Roland », c’est le stade de tennis Roland-Garros, situé à l’ouest de Paris, à la frontière du bois de Boulogne (… c’est-à-dire Paris) et Boulogne-Billancourt. Je devrais dire : « Boulogne », tellement le mot Billancourt est rayé de leur vocabulaire, d’une façon générale, par les journalistes. Pas seulement par eux : le passé prolétaire de la seconde composante de la ville la plus peuplée des Hauts-de-Seine ne fait pas chic, alors beaucoup jettent aux oubliettes cette partie du toponyme…

   Si l’adoption familière, bon enfant, d’abréviations, ou d’expressions savoureuses  comme de surnoms populaires,  ne saurait choquer en matière de sport, la façon dont certains emploient et prononcent « Roland » à tout bout de champ suscite le malaise. Spontanément, on songe au personnage ridicule et infatué de la Marie-Chantal inventée par le danseur Jacques Chazot dans les années 1960, et à une couche de la société pratiquant la connivence de privilégiés, l’entre-soi des « pipoles »… Certaines pratiques de la langue française, certains  de ses accents « sociaux », sont aussi révélateurs que le vocabulaire employé quotidiennement.

N. B. : le trait d’union à Roland-Garros pour ce lieu est obligatoire = quand on voit le stade, on ne voit pas le célèbre aviateur éponyme (mort dans un combat aérien en octobre 1918).

 

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La dictée « ludique » d’Asnières-sur-Seine, en dépit d’un contexte particulier, s’est déroulée, comme d’habitude, dans la bonne humeur et l’alacrité générale, samedi 30 mai. Et, comme d’habitude aussi, la catégorie des « champions et professionnels » s’est mise en valeur, notamment avec des familiers des podiums : Paul Levart s’est classé premier, avec l’unique zéro faute de la journée. Il a été talonné, dans l’ordre, par Daniel Malot et Pierre Dérat. Celui-ci accède à la troisième marche en ne devançant que d’un demi-point une autre grande championne des dictées : Solange Pascarel. De bons résultats ont été obtenus aussi en catégorie « amateurs ».

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La citation du jour :

            « Le tact est une qualité qui consiste à peindre les hommes tels qu’ils se voient. » (Abraham Lincoln.)

Le mot du 5 août 2014

démenti

           Alors que le Canard enchaîné, l’hebdomadaire satirique du mercredi, n’était pas encore en vente, le ministère des Finances a démenti mardi 5 une information qui sera sous les yeux des lecteurs à partir du lendemain…

            C’est en effet en ce 5 août que Bercy « dément formellement » auprès de l’Agence France-Presse les propos attribués par l’hebdomadaire daté du 6 août à Michel Sapin, ministre des Finances, au sujet des prévisions de croissance. Selon le Canard, le ministre aurait déclaré lors d’un séminaire du gouvernement, vendredi dernier, que « si l’on était au-dessus de 0,5 % de croissance à la fin de l’année ce serait très bien ». Prévision pessimiste à l’excès, ou réaliste et sincère, qui démentirait elle-même la prévision officielle jusqu’ici annoncée à 1 %. Les chiffres officiels portant sur l’estimation de la croissance (?) au deuxième trimestre ne seront connus que vers la mi-août.

            Selon la façon de tourner les phrases, et journalistes comme politiques y veillent, les uns pour transmettre avec fiabilité l’information, les autres peut-être pour jouer sur les mots en noyant le poisson, démenti n’aura pas la même acception. Ou bien cela signifiera que l’on dément que le ministre ait parlé devant tous ses collègues (que la prévision calamiteuse apparaisse, ou non, dans ses dossiers), ou bien l’on dément que M. Sapin, qui a bien pris la parole, ait tenu les propos pessimistes qu’on lui prête… La formulation du démenti ministériel du 5 août s’inscrit dans la dernière hypothèse.

            Au sens de « déclaration », démenti est du registre « sérieux », souvent du niveau solennel, officiel : on soutient qu’une affirmation est fausse. Par ailleurs, et par analogie, on parlera d’un désaveu apporté par la vie : « Les semaines à venir allaient infliger un terrible démenti à ses espérances… ». Le terme, employé par les commentateurs, sera neutre, du domaine du constat.

          Avec dénégation, le plus souvent employé au pluriel, la connotation devient nettement fâcheuse dans le ressenti des usagers du français : des dénégations sont considérées comme des protestations contestables, sont comprises comme des refus de reconnaître la vérité. Il faut donc être extrêmement prudent dans l’utilisation de ce vocable, pour éviter de confirmer ce glissement de sens qui n’a pas lieu d’être !

          L’infirmation n’est autre que l’action d’infirmer (un diagnostic, un raisonnement, formulés par autrui), et, en droit, l’annulation d’une décision, d’un jugement. Les propos d’un ministre peuvent être infirmés publiquement par un Premier ministre, par un chef d’État… mais ça fait désordre ! Quant à déni, c’est aujourd’hui un terme très en vogue utilisé pour désigner le refus de telle ou telle réalité ressentie comme pénible, douloureuse, dramatique, traumatisante…

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Certains lecteurs de ce site n’ayant pas encore pris l’habitude de consulter la rubrique « Agenda » (des dictées et autres événements), nous résumons ci-dessous cette actualité, en les priant, pour disposer de plus de détails complémentaires, de se reporter à ladite chronique.

Manifestement, d’après certaines réactions, il est nécessaire de répéter qu’en s’inscrivant comme ami du site (il suffit de donner son adresse électronique, en la tapant dans un des cadres prévus) chacun peut recevoir GRATUITEMENT, IMMÉDIATEMENT et SYSTÉMATIQUEMENT tout nouveau texte mis en ligne.

Il est utile également de rappeler, semble-t-il, que toute question de langue française posée est anonyme, et ne sera lue que par nous-même. J’enverrai la réponse sous 24 à 48 heures, en moyenne, à la personne qui l’aura posée.

 

L’actualité de l’agenda :

  • Participation importante, dont de nombreux « cadets », à la première dictée de Port-Leucate (Leucate, dans l’Aude), le 30 juillet, en hommage à l’écrivain et aventurier Henry de Monfreid. Devant ce résultat très positif, les responsables (mairie, médiathèque) envisagent immédiatement une édition 2015.
  • Dimanche 3 août, présidence d’honneur du très sympathique Salon du livre de Kercabellec (à Mesquer, en Loire-Atlantique), sous un chapiteau installé près des parcs ostréicoles.
  • Prochaines dictées : en la mairie du Croisic (Loire-Atlantique), le samedi 20 septembre après-midi, dans le cadre du Salon du livre « Plumes d’équinoxe » ; ce sera une première dans cette commune. À Bernay (Eure), le samedi 4 octobre : ce sera également une première. Puis, retour en Loire-Atlantique : 7e dictée de Piriac-sur-Mer, le samedi après-midi 18 octobre.