Archives mensuelles : mai 2014

Le mot du 31 mai 2014

 Noir, c’est noir…

            M. François Hollande a inauguré à Rodez, le vendredi 30 mai, en tant que président de la République, le musée Pierre-Soulages. Le peintre a donc, de son vivant, un musée à sa gloire, dans sa ville natale. Le coût définitif de ce bâtiment dédié à la couleur noire paraît… très obscur pour les contribuables de base, car les chiffres donnés ces jours-ci dans les médias divergent énormément. Il serait bon que les institutionnels fournissent eux-mêmes un bilan chiffré incontestable.

            Puisque nos « mots du jour » se veulent liés à l’actualité, on mentionnera que pour cette inauguration les fumigènes lancés par les forces de l’ordre pour maintenir à distance des manifestants représentant des catégories de Français en difficulté (ouvriers métallurgistes, intermittents du spectacle, agriculteurs…) ont ajouté de la couleur et de la fumée.

            Les interviews du type micros-trottoirs ont fait ressortir ˗ pour autant que, comme pour les sondages divers publiés à foison sur n’importe quel sujet, ils reflètent bien l’opinion publique ˗ un sentiment très mitigé sur l’aspect extérieur du musée, « métal rouillé » selon plus d’un visiteur.

            Quant aux œuvres présentées, elles suscitent depuis longtemps des controverses, et il est irréaliste de songer à rapprocher les points de vue. Pour les admirateurs de Vermeer, Rembrandt, Poussin, Toulouse-Lautrec, Boudin, Velasquez, Van Gogh, Fragonard…, les peintures de Soulages ne sont que de l’esbroufe pour snobs, de l’épate facile pour mondains argentés, etc. Pour les amateurs d’art dit contemporain, pour les passionnés de recherches nouvelles, l’œuvre de Soulages est le résultat d’un long et véritable travail et relève bel et bien de l’art, au sens absolu.

            Yasmina Reza a brillamment mis en scène cette confrontation, mais autour d’un tableau blanc (« une toile d’environ 1,60 m sur 1,20 m, de couleur blanche, avec de fins liserés transversaux blancs ») dans sa pièce à succès Art, interprétée par un trio exceptionnel : Pierre Vaneck, Pierre Arditi et Fabrice Luchini.

            À la mort de son vieil ami Claude Monet, en 1926, Georges Clemenceau aurait refusé que l’on mette un linceul noir sur le cercueil… Le Tigre se serait exclamé : « Non, non, pas de noir sur Monet ! Le noir n’est pas une couleur ! », et, après avoir arraché le funèbre drap, lui aurait substitué les rideaux fleuris de la chambre. Tout s’est-il déroulé exactement comme cela, surtout rideaux compris ? Il y a eu plusieurs témoins, sans doute, donc l’anecdote est plausible…

           Noir vient du latin niger, « noir », « sombre », « funèbre », « funeste »…

Le mot du 29 mai 2014

Zèbre

          Devant la faillite des pseudo-« élites » autoproclamées, l’écrivain Alexandre Jardin en appelle au peuple, aux citoyens « d’en bas », afin de résoudre la grave crise sociétale, sociale, économique qui affecte la France… Il se propose de réunir, de mettre en relation, de favoriser l’action de vrais « faiseux » qui se substitueraient aux… faiseurs, à ces « grands parleux, petits faiseux », comme disent les Ch’tis.

          Se référant à son personnage du « Zèbre »  ˗  interprété par Thierry Lhermitte dans le film réalisé ensuite par le regretté Jean Poiret  ˗,  qui se refusait à accepter le déclin de la passion entre son épouse et lui, l’écrivain lance le rassemblement « Bleu, Blanc, Zèbre », en en appelant aux « Zèbres » de tout poil, qui, loin d’être des veaux ou des moutons,  refusent eux aussi le déclin et la « p ensée unique » des politiciens de carrière.

          Peut-être zinzins aux yeux des cyniques, certainement pas zozos, ces « Zèbres » se veulent des citoyens actifs tentant d’apporter des réponses sérieuses, pragmatiques, et rapides. L’avenir avalisera ou contredira cet espoir…

          Pourquoi zèbre a-t-il pris le sens populaire, familier, de « type original », « excentrique »… voire « suspect, louche » (« Attention ! C’est un drôle de zèbre ! ») ? Il y a un rapprochement à faire avec zouave (« Arrête de faire le zouave ! », « C’est un curieux zouave ! ») : les zouaves détonnaient, voire détonaient (avec un seul « n »), même, avec leur uniforme exotique, très voyant, qui faisaient d’eux des individus qu’on remarquait ; les zèbres, avec leur alternance de bandes blanches, ou en tout cas très claires, et noires ou brunes, ont une apparence particulière, insolite, qui a suscité l’étonnement, l’ébahissement…

          Toujours engouées d’anglo-américanismes, les chaînes de radio et les chaînes de télévision se sont mises, alors, à nous rebattre les oreilles avec « do-thank », terme censé désigner la réflexion et les initiatives qu’Alexandre Jardin et ses amis appellent de leurs vœux.

          « Laboratoire d’idées » pourrait traduire la composante « réflexion », mais les « Zèbres » seraient passés aussi, semble-t-il, çà ou là, à des applications concrètes de certaines de leurs propositions, quand bien même seraient-elles limitées… « Initiatives civiques », « initiatives citoyennes », « entreprises civiques »… : le remue-méninges  ˗   et non le brainstorming  ˗  est ouvert !

Le mot du 28 mai 2014

Cessez-le-feu

          « L’heure est au cessez-le-feu, puisque je pars », aurait notamment déclaré, selon ses proches, M. Jean-François Copé, mercredi 28 mai, lors d’un comité politique élargi de l’UMP, qui sera donc une des dernières réunions où il sera intervenu en tant que président de ce parti… En tout cas, avant le 15 juin, date officielle de son retrait de cette fonction.

          Cessez-le-feu est un nom composé, avec deux traits d’union, qui est évidemment invariable puisque forgé sur la phrase impérative « Cessez le feu ! ». Les synonymes les plus proches sont : armistice, suspension des hostilités, trêve, pause, arrêt des hostilités. L’étude de ces synonymes (ou « mots de sens voisin ») comme les définitions passablement floues figurant dans les dictionnaires aux mots armistice et cessez-le-feu permettent aux utilisateurs de ces vocables, aussi bien qu’aux commentateurs, de jongler et de gloser à loisir sur la signification précise à accorder à ces termes.

          Il n’est nul besoin d’être doté d’un esprit attique, acéré, aiguisé, très fin, pour se persuader que chacun utilise, ou comprend, cessez-le-feu sous l’acception qui l’arrange : suspension provisoire, ou définitive, des hostilités. En bien des circonstances de l’Histoire, ce n’est pas sur l’instant présent que la vérité s’affirme.

L’Union des conseils de parents d’élèves (UCPE) du Maroc

Président national : M. Rachid Sadqui – Secrétaire nationale : Mme Nadira Slaoui

L’UCPE s’est constituée, en 1984, en tant qu’association nationale au Maroc, puis c’est en association indépendante qu’elle a cherché une affiliation à une fédération française. La démarche de l’UCPE et son attachement à une école de service public et aux idéaux laïques ont débouché en toute logique sur une affiliation avec la FCPE, première fédération de parents d’élèves en France. Ainsi, l’UCPE partie d’un grand mouvement de parents d’élèves français qui occupe une place prépondérante dans le mouvement européen des parents d’élèves et a accès à une information continue sur tous les problèmes de l’éducation nationale en France, en étant en relation avec tous les départements français.

L’UCPE organise notamment depuis dix ans une  «  Dictée du Maroc ». Ce concours national d’orthographe en langue française, dont toutes les épreuves sont, depuis le début, rédigées par Jean-Pierre Colignon, est un évènement ludique et culturel qui plaît de plus en plus. La participation y est sans cesse accrue, mêlant passion et bonne humeur.

Notre objectif, vers lequel convergent toutes les composantes de notre association, est de partager avec tous les intervenants la passion de la langue française, s’inscrivant ainsi dans le rayonnement de la langue de Molière.

Ce concours national a contribué à la réalisation de plusieurs connexions :

  • Une connexion géographique : les candidats de nombreuses villes du royaume participent avec ardeur et émulation aux épreuves régionales.
  • Une connexion générationnelle : ce concours réunit des minimes, des cadets, des juniors et des seniors amateurs et professionnels.
  • Une connexion interculturelle : notre manifestation crée une synergie entre les élèves des établissements français au Maroc et les élèves des établissements d’enseignement public et privé.

La « Dictée du Maroc » s’intègre ainsi parfaitement à la Semaine internationale de la Francophonie, et conforte ainsi l’excellence de nos liens avec la langue et la culture françaises. C’est cet enthousiasme renouvelé et indéfectible de toutes les composantes qui en cimente la pérennité.

Au-delà des activités statutaires, l’UCPE est partie prenante, aussi bien au Maroc qu’en France, dans le débat sociétal autour de l’école et de la jeunesse. Dans ce cadre, elle participe aux colloques et journées thématiques sur les thèmes suivants :

– La notion de coéducation : la place des parents.

– L’école : sa conception, sa mission, un projet pour la société et le citoyen de demain.

–  La formation des jeunes : égalité des chances ou égalité de droit ?

–  Évaluation et orientation : le jeune doit être acteur de son orientation.

–  La formation professionnelle est-elle une voix choisie ou une orientation par défaut ?

– L’aide aux élèves en difficulté : une obligation de l’État, et non une générosité.

–  L’enseignement français à l’étranger : une continuité de service public à l’étranger. Quelle contribution de l’Etat français ?

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 « Réussir son orientation scolaire et professionnelle », tel a été le thème choisi par UCPE pour son colloque national qui a eu lieu à Marrakech à la mi-mai 2014.

M. Rachid Sadqui, le président national de l’UCPE, a ainsi souligné : « Le thème de ce colloque a été choisi pour donner aux jeunes et à leurs familles des éléments de réponse aux nombreuses questions que pose l’orientation scolaire et professionnelle, sujet d’actualité, qui se trouve plus que jamais au premier plan des préoccupations des parents. Ainsi, l’objectif de ce colloque est de nous aider à y voir plus clair dans les différents enjeux que comportent les choix d’orientation et de nous aider à construire des projets d’orientation réussie pour nos enfants tant au niveau du collège qu’en classe terminale, ou encore l’orientation professionnelle, permettant par là même à nos enfants de découvrir des voies auxquelles ils n’auraient peut-être pas pensé. »

C’est un sujet crucial pour les parents et les élèves, et une immense source de stress pour les familles.

Ainsi, l’orientation scolaire est avant tout une question de connaissance de soi, de ses envies, de ses capacités et ses aspirations. Quand on cherche à s’orienter, l’important est donc de se poser les bonnes questions afin de savoir « qui on est » et ce que l’on « veut devenir ». Tout en évitant les préjugés sur les différentes filières et les influences extérieures, et en apprenant surtout à se montrer « réaliste ».

Le colloque de l’UCPE a été rehaussé, et ses objectifs atteints, par la présence d’un grand nombre d’invités et d’experts marocains, français et américains, qui sont venus apporter leurs éclairages et répondre aux nombreuses interrogations des parents et des élèves présents.Cet événement fait partie de la vie de l’enseignement français au Maroc, qui concerne 30 000 élèves des établissements français au Maroc, tous statuts confondus.

 UCPE : 37, rue Ali Bnou Abi Taleb

               Quartier du Parc, 20000 Casablanca

               ucpenationale@yahoo.fr


              

Les trois questions ludiques du 26 mai 2014

1. Charade : mon premier est un rongeur, mon deuxième est un nombre, mon dernier se boit. Mon tout a des chaînes.

2. Charade : mon premier peut être associé à magnétique et à courses, mon dernier se rapproche de la mini-jupe et du cache-sexe. Mon tout se boit.

3. Devinette : si Henri IV jouait aux dominos, si Louis XIII était un as du Monopoly et si Napoléon III faisait du cyclisme, quel était le passe-temps favori de Charles V : le ski ? l’enduro ? le golf ? le football ou le tennis ?

Réponse fin juin.

Association des Amis d’Alphonse Allais (AAAA)

L’Association des Amis d’Alphonse Allais, créée en 1934 par quelques érudits journalistes, a pour vocation de promouvoir l’œuvre, l’image et l’esprit de cet immense écrivain humoriste de la seconde moitié du 19e siècle.

Elle organise des manifestations médiatisées et produit des publications (livres, CD, DVD) et des spectacles en s’appuyant sur la forte notoriété d’un collège de personnalités regroupées dans l’« Académie Alphonse Allais » dont elle assure l’administration.

Elle gère également le musée Alphonse Allais de Honfleur (plus petit musée du monde), lequel conserve les objets et inventions insolites du Maître : le crâne de Voltaire enfant, une tasse à thé à anse à gauche fabriquée pour un empereur Ming gaucher, un aquarium à verre dépoli pour poissons timides, un vrai morceau de la fausse croix du Christ, les fameux confettis noirs pour veuves, une casserole carrée pour empêcher le lait de tourner, etc.

Enfin, elle est jumelée avec la République de Montmartre et est membre de la Fédération des Maisons d’Ecrivains et des Patrimoines Littéraires.

Par ailleurs, l’Association des Amis d’Alphonse Allais assure la promotion de jeunes humoristes qui exercent leur talent dans l’esprit de l’illustre auteur.

Coordonnées : Association sans but lucratif (loi 1901) Siège social : La Crémaillère – 15, place du Tertre – 75018 Paris

Résidence secondaire : Mairie dHonfleur (14600)

Président : Philippe Davis/ Tél. 06 85 91 87 83 / E-mail : phdavis@numericable.fr

Adresser la correspondance à Philippe Davis – 11, RUE DE LETANG 78150 Rocquencourt

Site internet : www.boiteallais.com

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L’Académie Alphonse Allais a été créée en 1954 à l’initiative de Henri Jeanson. Le premier académicien intronisé fut Eugène Ionesco.

Après délibérations d’un jury d’académiciens, les intronisations à l’Académie Alphonse Allais font l’objet d’une cérémonie officielle à Paris (en son siège de la place du Tertre) ou à Honfleur, ville natale d’Alphonse Allais.

Le collège des Académiciens s’enrichit ainsi chaque année de personnalités en vue, appartenant au monde des arts et de la culture : théâtre, cinéma, littérature, peinture et dessin, sculpture, mais aussi journalisme et chronique de presse écrite, télévisée et radiophonique.

 L’académie remet chaque année le Prix littéraire « Alphonse Allais ».

Le mot du 22 mai 2014

 Bourde

            « 1 200 quais dans les brumes » : une fois de plus, c’est grâce au Canard enchaîné (numéro daté 21 mai 2014) que les Français ont été informés. En l’occurrence, informés d’une invraisemblable, stupéfiante, scandaleuse et fort coûteuse erreur : de nouvelles rames de trains express régionaux (RER), commandées au nombre de presque 2 000, se sont révélées trop larges pour circuler sans souci sur le réseau ferré de l’Hexagone !…

            Le terme familier bourde, employé par un certain nombre de médias pour qualifier cette monumentale bévue, est manifestement inadapté eu égard à la gravité des faits. Car les quais de centaines de gares vont devoir être rabotés et, à certains endroits, ce sont les rails qui devront être espacés pour éviter des accidents (« À Lyon, il a fallu déplacer des rails à l’entrée d’une gare, car un train aurait pu en casser un autre », dixit le Canard).

            Il est trop tôt, semble-t-il, pour démêler les responsabilités totales ou respectives de la SNCF et de Réseau ferré de France (RFF) : la première ayant, sauf erreur, défini le cahier des charges d’après les informations données, sauf erreur aussi, par le second, puisque telle est la répartition des tâches. La facture, selon les chiffres comme d’habitude flous donnés par les médias se précipitant à la poursuite du Canard enchaîné, varient de 50 à 80 millions d’euros, voire plus.

            La plupart des synonymes de bourde venant à l’esprit semblent bien tièdes, eux aussi, pour parler de cette abyssale ânerie qui n’a rien d’une peccadille : impair, boulette, bêtise… Les citoyens et contribuables ne seront sans doute pas en peine, en cette période de difficultés, pour trouver d’autres mots.

            Peut-être issu du provençal borda, « mensonge », bourde a autrefois signifié « conte forgé pour abuser de la crédulité de quelqu’un ». Georges Duhamel l’emploie encore sous cette acception dans sa Chronique des Pasquier (« Le Désert de Bièvres ») : « Nous voudrions plaisanter. Trouver à dire quelque bourde. » Le terme a pris ensuite la signification aujourd’hui usuelle : « erreur grossière due à l’ignorance ou à l’étourderie », qui est bien faible pour parler d’une lourde faute.

Majuscule / minuscule

Bible (la) / bible (une)

                Quelles que soient les convictions de chacun, s’agissant du domaine des religions, des usages orthotypographiques se sont imposés au fil du temps, usages que tout le monde, quasiment, respecte. Tout d’abord, les noms français ou francisés des livres sacrés des religions monothéistes restent ˗ exception à la règle générale ! ˗ en caractère romain et sans mise entre guillemets : la Bible, le Coran, la Torah ; une traduction controversée de la Bible, jurer sur la Bible, la sainte Bible…

            Les titres des versions, des recueils et des livres se composent, de même, en romain sans guillemets : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, la Genèse, le Deutéronome, la Septante, la Vulgate, les Proverbes, l’Évangile selon saint Marc, la Nouvelle Alliance… « Dans sa seconde Épitre aux Corinthiens, saint Paul leur apporte le salut des Églises d’Asie… »

            Les emplois génériques ne méritent pas de majuscules. On doit donc écrire : les livres sapientiaux, les livres prophétiques, les épitres bibliques, etc.

            « Le pasteur mit la bible sous son bras » : quand le mot désigne explicitement un objet, c’est-à-dire le livre, un volume, il perd, en quelque sorte, son caractère sacré et devient un terme profane. Dès lors, il n’a plus droit à la majuscule (des bibles reliées en maroquin rouge ; « Il a calé la table de la cuisine avec une vieille bible »). Cette distinction mentionnée dans la quasi-totalité des dictionnaires généraux de référence et dans les « dictionnaires de difficultés » doit donc amener un auteur rigoureux ou un correcteur scrupuleux à écrire : « Il passait de longues heures plongé dans sa bible » et : « Il passait de longues heures plongé dans la Bible ». Idem : « Dans le tiroir de chaque table de chevet des chambres de cet hôtel se trouve une bible » et : « Dans le tiroir de chaque table de chevet des chambres de cet hôtel se trouve la Bible » ; « Je me suis acheté une bible » et : « Je me suis acheté la Bible »…

            Toutefois, estimant qu’en certains cas la distinction est bien ténue, donc contestable, des lexicographes tolèrent ou préconisent le maintien de la capitale : « Cette bible (ou Bible) de 1880 a été composée en garamond corps 8 » ; « Avec les années, cette bible (ou Bible) a pris quelques roussissures… ».

            Le mot bible est un nom commun lorsqu’il est employé au sens d’ « ouvrage faisant autorité » : « Sa bible, c’est le Littré ! ». Puisque c’est alors un nom commun, l’accord au pluriel s’impose : « Elle a deux bibles pour le jardinage : L’Encyclopédie des harmonies végétales et Un jardin pour les quatre saisons ».

            Mais, quand c’est l’idée de comparaison avec le livre fondamental qui domine, la majuscule doit être observée : « Quel auteur osera se lancer dans la rédaction de la Bible impartiale de la Révolution et de l’Empire !? ».

            Dans papier bible, bible est un substantif mis en apposition, ou, comme on veut, un nom devenu un adjectif. Ce terme s’écrit donc sans majuscule, et reste invariable, parce qu’il s’agit d’une tournure elliptique pour dire « papier résistant et opaque quoique d’une faible épaisseur, et particulièrement employé pour l’impression de livres qui, telle UNE bible (ou : LA Bible), doivent comporter beaucoup de pages sous un petit volume » : des papiers bible.

            Dans l’argot des voleurs de la Belle Époque, le mot bible a été utilisé, le plus souvent au pluriel semble-t-il, pour désigner des papiers de peu de valeur pour le pickpocket qui s’est emparé d’un portefeuille, et qui s’exclame… incrédule : « Pas le moindre biffeton ! Que des bibles !… »

Les sigles

Sigles « purs et impurs », acronymes et Cie

            La graphie de ce type d’abréviations que, généralement, on appelle les sigles ne cesse de susciter les interrogations des personnes qui sont amenées à les utiliser couramment. C’est le cas, notamment, des journalistes, des secrétaires de rédaction, des correcteurs et réviseurs, soucieux, en principe, de rigueur et de précision. D’où le grand nombre de questions qui nous sont posées de façon récurrente, parce que se plonger dans ce domaine avec la volonté d’établir des règles qui seraient à la fois simples et scrupuleuses, et convenant à tout le monde, relève de l’utopie.

Déjà, on constate que les linguistes, les lexicographes, les grammairiens donnent dans les dictionnaires et dans leurs autres ouvrages des définitions sensiblement différentes du mot sigle… Pour autant, il n’y a pas lieu de couper les cheveux en quatre : l’obligation de faire court, de faire simple, conduit évidemment des auteurs à ne pas entrer dans toutes les subtilités.

Sans pouvoir traiter non plus ici de tous les cas d’espèce, nous dirons que, dans l’usage courant contemporain, l’on désigne par sigle (parfois : « sigle pur ») un groupe de lettres initiales utilisé pour remplacer de façon utilitaire, pratique, commode, l’expression complète, jugée trop longue, de différents organismes, institutions, associations, etc., dont les noms sont fréquemment employés : SNCF, ONU, OTAN, UNESCO, RATP, URSSAF… Cette acception « simplifiée » s’applique donc à l’ensemble de ces groupes de lettres, qu’ils s’épèlent comme s’il y avait des points abréviatifs (SNCF, OLP, CHU, HLM, SPA, OUA…) ou qu’ils se prononcent comme un mot ordinaire (ONU, ENA, OPEP…).

Mais les spécialistes appellent aussi acronymes ceux de ces sigles qui « se prononcent » : UNESCO, UNITA, INRA (« in’ra »), ASSEDIC… Ce qui est fâcheux, parce que porteur d’ambiguïtés : acronyme, au sens que nous dirons premier, s’applique aux abréviations formées de lettres qui ne sont pas toutes des initiales : AFNOR (Association française de normalisation), USINOR (Union sidérurgique du nord de la France), RIMa (régiment d’infanterie de marine), CEDEX (courrier d’entreprise à distribution exceptionnelle)… Des groupes de lettres qui, eux aussi, se prononcent.

Le plus souvent, les termes « grammaticaux » sont exclus des sigles et acronymes, et il en va de même parfois pour des substantifs et des adjectifs : on écrit bien SNCF, et non « SNDCDFF », pour « Société nationale des chemins de fer français » ; URSSAF, et non « UDRDCDSSEDAF », pour « Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales ». Vouloir traiter différemment ces « sigles impurs » et les « sigles purs » où chaque mot est représenté (EDF ˗ voire EdF ˗pour « Électricité de France ») relève d’une méticulosité excessive. Et ne parlons pas des sigles se situant entre les deux, où… certains des mots grammaticaux sont mentionnés dans le groupe de lettres (UNEDIC1 : Union nationale pour l’emploi dans l’industrie et le commerce) !

La disparition (qui n’est pas une obligation !) des points abréviatifs dans les sigles et les acronymes a certes simplifié la tâche de tout un chacun, mais a éliminé des graphies rigoureuses porteuses d’informations et de précision. On peut le regretter sans être pour autant misonéiste : certaines personnes, par exemple, peuvent croire qu’AFNOR (rigoureusement : A.F.NOR.) est en réalité « A.F.N.O.R. » (« Association française pour des normes obligatoires et réglementées »). Par souci d’esthétisme et/ou pour devancer d’éventuels quiproquos, et, aussi, parce que ces sigles ou abréviations de deux lettres s’épèlent, on peut, à bon droit, maintenir les points dans : les J.O., F.O., des O.S., la C.E., une B.A. …

« LA » question !…

Mais la question qui nous est posée de façon récurrente porte sur la façon d’écrire les sigles et les acronymes : SNCF ou Sncf ?, UNESCO ou Unesco ? FFF ou Fff ? ONU ou Onu ?…

Il n’existe pas de règle, mais des usages élaborés çà et là, des conventions orthotypographiques destinées à assurer l’unification des textes au sein d’un journal (ce que l’on appelle, dans la profession, les « marches maison »), d’une maison d’édition, d’une administration… Les choix peuvent être contradictoires, car la pertinence s’appuie sur des raisonnements distincts, mais les uns et les autres respectables dès lors qu’ils sont rationnellement motivés.

La démarche censée être la plus simple à appliquer consiste à mettre entièrement en capitales les sigles (purs ou impurs) qui s’épèlent (SNCF, AFP, FFF, CGT) quel que soit le nombre de leurs lettres, et à ne mettre en capitale que la première lettre des sigles qui se prononcent (Onu, Unesco) et la première lettre de tous les acronymes non composés uniquement d’initiales (Afnor, Benelux, Cotorep…).

Comme les sigles et les acronymes abondent dans les textes, notamment en presse, certains souhaitent « alléger » l’orthotypographie et éviter l’accumulation de « pavés » de mots en capitales. Ce souci est compréhensible, mais nous nous refusons à suivre les quelques extrémistes qui prônent dans tous les cas l’unique capitale initiale : la Sncf, l’Ump, la Fff, le Bit, le Cnrs, le Psg…

Il s’est donc dégagé peu à peu un usage dominant, observé par une grande majorité des médias : on met entièrement en capitales les sigles (épelés ou se prononçant) et les acronymes jusqu’à quatre lettres (ONU, ANPE, RATP, FFTT, SAMU…). Au-delà, seulement une capitale à la première lettre (Unicef, Assedic, Dgccrf, Unesco, Cnsmdp…). Certains optent pour s’arrêter à trois lettres, et non à quatre : Ratp, Fftt, Samu. Nous avons quelque réserve au sujet des sigles qui doivent s’épeler, et qui pourraient bien demeurer entièrement en capitales, quelle que soit leur longueur.

La graphie UNÉDIC, avec un accent aigu, est inadmissible ! Comment le PLI peut-il accueillir, en seconde forme, ce monstre ?!

V

Veto (opposer son)

Le cabinet d’un ministre nous demande si « opposer son veto » est toujours une expression fautive…

La langue évolue et  –  ce faisant  – les étymologies sont de plus en plus perdues de vue. Voyez donc la complète transformation de signification des deux expressions coupes claires et coupes sombres, venues de la sylviculture, des Eaux et Forêts… Aujourd’hui, une majorité de personnes sont persuadées que coupes sombres a toujours désigné des coupes importantes, sévères (alors qu’en réalité il s’agit de coupes peu importantes, laissant les bois et taillis sombres, au contraire des coupes claires, qui, en sylviculture donc, désignent des coupes importantes, aboutissant, par exemple, à la création de… clairières) ! Et qui irait, en 2014, condamner l’emploi de saupoudrer de sucre, alors que l’on ne devrait saupoudrer que du… sel (sau) !

Rigoureusement, « opposer son veto » est un « superbe » pléonasme (= « opposer son « je m’oppose (en latin) »  « ,  du même genre que « secousse sismique » (= « secousse qui secoue ») !

Rien n’empêche de continuer à… s’opposer à un pléonasme, même s’il est considéré comme de plus en plus anodin. Les solutions de rechange ne manquent pas : « faire opposition », « mettre son veto », « opposer un refus catégorique », etc.

Pour l’instant, veto s’écrit toujours sans accent aigu sur le « e », mais on prononce « véto ».

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Vieillarde (emploi de)

Une jeune amie hésite à employer « vieillarde », qui, pourtant, existe bien dans la langue…

Beaucoup de mots qui figurent dans les dictionnaires sont à utiliser avec doigté, avec finesse, avec souplesse, avec prudence aussi. Si vieillard est généralement employé de façon neutre, que le mot soit au singulier ou bien au pluriel, il n’en va pas de même de son féminin, vieillarde. Ce dernier mot, en effet, n’est utilisé qu’avec une nuance méprisante, péjorative. Dans quelque texte que ce soit, il faut donc être conscient que le vocable est dépréciatif, voire plus !

Si l’on veut éviter d’exprimer une telle nuance négative, il faut dire (en fonction des degrés de respect ou d’amicale familiarité) : « une femme âgée, une femme très âgée, une bonne vieille, une petite vieille, une vieille dame… (On ne dit pas : « une grand-mère vétuste » ! Attention, aussi, par ailleurs, à la différence de sens entre « sénescent(e) » et « sénile » !)

Au féminin, on redouble le « t » dans le féminin de vieillot  : vieillotte.

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Ville Lumière (la)

« Faut-il un trait d’union à Ville Lumière, et ce dernier mot ne doit-il pas être au pluriel ? », nous demande un ancien stagiaire.

Non, il n’y a pas de trait d’union dans le surnom (ou dans l’antonomase, comme on veut) Ville Lumière désignant Paris. Cette dénomination n’a pas de lien avec le siècle des Lumières, le XVIIIe siècle, ainsi appelé par référence aux philosophes (Voltaire, Rousseau…), mais aussi aux encyclopédistes (Diderot, d’Alembert…). Ville Lumière (deux majuscules) fait allusion à l’électricité qui, le soir et la nuit, fit de la capitale française la ville la mieux éclairée, la plus illuminée, du monde…

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 Ville Lumière ou Ville lumière

            Un excellent amateur de dictées s’interroge sur le nombre de majuscules à accorder au surnom attribué à Paris depuis, quasiment, que la capitale de la France a marqué l’Histoire en devenant une des toutes premières grandes villes de la planète, voire la première, à être vivement éclairée à l’électricité. (Certains font remonter le surnom à l’extension générale de l’éclairage au gaz…)

C’est une question qui relève du domaine de l’orthotypographie, des règles orthotypographiques établies, au fil des décennies, surtout par des générations d’imprimeurs, de typographes et de correcteurs. Ces professionnels, de par leurs métiers, ont eu à résoudre par la logique, par le raisonnement, des centaines et des centaines de cas d’espèce portant notamment sur l’indication des majuscules. Les plus aguerris d’entre eux ont donc acquis en ce domaine un savoir très pointu s’appuyant sur la réflexion et le travail de leurs aînés.

Quelle que soit leur érudition, la plupart des lexicographes n’ont pas acquis un savoir identique en ce domaine bien particulier. C’est pourquoi les praticiens de la presse, de l’édition et de l’imprimerie déplorent assez souvent les lacunes, les manques de rigueur, les défauts d’unification, observés même au sein des dictionnaires, notamment chez certaines maisons d’édition…

Il s’agit ici d’un surnom, et on précisera tout de suite – parce que ce rappel n’est manifestement pas inutile auprès d’un grand nombre de personnes  – que les surnoms sont des noms propres, d’où des majuscules obligatoires : le Petit Caporal, le Chevalier sans peur et sans reproche, la Haute Assemblée, la Grande Guerre, la Grande Boucle, l’Hexagone

L’indication des majuscules dépend des catégories grammaticales des termes qui forment les surnoms et de la position respective des noms et des adjectifs : il y a deux majuscules à Grande Guerre (= la guerre de 1914-1918) parce que l’adjectif précède le nom ; il n’y a qu’une majuscule à Ville rose (= Toulouse), parce que ce surnom est constitué d’un substantif suivi d’un adjectif. Même chose, donc, pour les surnoms Ville éternelle et Ville sainte.

            Mais il est obligatoire de mettre deux majuscules à Ville Lumière, parce que ce surnom est formé de deux substantifs.

30 juin 2014.

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Vitupérer contre

« On me dit que vitupérer contre est incorrect, parce que vitupérer serait exclusivement un verbe transitif. est-ce vrai ? »

La langue française est une langue bien vivante, qui évolue constamment… Ce qui était fautif hier devient correct aujourd’hui, avant de devenir peut-être obsolète demain… C’est dans l’ordre des choses, et ainsi va la notion de « bon usage », qui ne saurait être figée.

Effectivement, vitupérer contre fut autrefois critiqué, condamné, et même encore naguère…. Aujourd’hui, il est parfaitement licite de dire, d’après les ouvrages contemporains : « Vitupérer contre le gouvernement d’incapables, contre les injustices, contre les impôts excessifs… ».  Bien sûr, vitupérer tout court reste très correct.

Personnellement, je respecte  – en principe  – une différence d’emploi : a) vitupérer devant des noms désignant des personnes (vitupérer ses voisins) ; b) vitupérer contre devant des noms de choses, concrètes ou abstraites (vitupérer contre les voitures polluantes)